Comment Netflix aborde « l’affaire du petit Grégory » dans sa série documentaire

STREAMING Les cinq épisodes de « Grégory » sont mis en ligne ce mercredi sur Netflix

Fabien Randanne

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Christine et Jean-Marie Villemin autour d'un portrait de leur fils Grégory.
Christine et Jean-Marie Villemin autour d'un portrait de leur fils Grégory. — Netflix
  • « Grégory », série documentaire en cinq épisodes, réalisée par Gilles Marchand, sur « l’affaire du petit Grégory » est mise en ligne sur Netflix ce mercredi.
  • Elle retrace dans l’ordre chronologique les faits qui ont entouré l’assassinat de Grégory Villemin, 4 ans, en octobre 1984, dans les Vosges.
  • Dans son ensemble, cette série documentaire est sobre. Elle se concentre sur les faits et les témoignages de différents protagonistes de l’affaire (enquêteurs, avocats et journalistes) et est construite autour de nombreuses archives.

Un visage enfantin souriant. Le portrait de Grégory Villemin, est gravé dans l’inconscient collectif français depuis trente-cinq ans. Le soir du 16 octobre 1984, quelques heures à peine après sa disparition, le garçonnet de 4 ans était retrouvé mort dans La Vologne. Des cordelettes liaient ses pieds, ses mains et enserraient son cou sur lequel avait été rabattu son bonnet. Instantanément, ce coin a priori paisible des Vosges est devenu le décor d’un fait divers qui, depuis, tient en haleine les Français, au rythme des rebondissements de l’enquête et des coups de théâtre tragiques.

Tout semblait avoir été dit sur ce fait divers qui a fait couler autant d’encre qu’il est passé d’eau sous les ponts de la rivière vosgienne. L’enfant sacrifié sur l’autel des rancœurs des adultes, les histoires de détestations familiales et leurs cortèges de menaces anonymes, le « petit juge » Lambert qui bâcle l’enquête, les journalistes qui se transforment en vautours avides d’informations sensationnelles… Il y a tout cela, entre autres choses, dans la série documentaire Grégory, mise en ligne ce mercredi sur Netflix. Mais celle-ci évite l’écueil du déjà-vu et se révèle passionnante de bout en bout.

« Racket », errements et préjugés

Réalisée par Gilles Marchand (scénariste de Harry, un ami qui vous veut du bien) construite en cinq épisodes d’environ une heure, elle permet d’entrer dans les détails et de laisser une grande place aux témoignages d’enquêteurs, d’avocats ou de journalistes. Parmi eux, celui de Jean Ker, grand reporter de Paris Match, qui raconte, en sachant parfaitement ménager ses effets, la manière dont il a couvert les événements, au plus près de Christine et Jean-Marie Villemin. Les parents de Grégory avaient fini par lui accorder leur plus totale confiance. On est glacé quand il décrit, le plus simplement du monde, comment il a mis la main sur les photos de famille du couple endeuillé – « un racket, comme on dit dans le métier ». On est suspendu à ses lèvres quand il narre sa rencontre avec Bernard Laroche, cousin de Jean-Marie Villemin, peu avant qu’il fasse figure de suspect.

Le documentaire revient sur les faits, dans leur déroulement chronologique. Une manière de mieux recomposer le puzzle, parfois complexe, et de remettre en perspective, dans leur contexte, les différentes pistes étudiées. Il aborde les manquements à l’éthique journalistique, les errements de la justice, mais aussi – et c’est assez rare pour le signaler – les préjugés sexistes dont a été victime Christine Villemin dont l’attitude et la garde-robe ne convenaient pas, aux yeux de certains, à celles que l’on attend d’une mère éplorée.

De la pédagogie pour le public international

Composé majoritairement de témoignages face caméra et d’images d’archives, Grégory se concentre sur le factuel. Hormis une musique – composée par Yuksek – trop omniprésente même si elle assure une intensité dramatique constante et une reconstitution de la chambre de l’enfant pour une poignée de plans symboliques, la série documentaire de Netflix se distingue par sa sobriété et les touches d’humanité qu’elle parsème ci et là.

Les spectateurs et spectatrices qui connaissent bien le fait divers apprécieront les éléments rares égrainés d’un épisode à l’autre, dont les conversations enregistrées à l’époque par Jean Ker avec ses différents interlocuteurs. Les autres profiteront d’un exposé clair des faits, des soubresauts de l’enquête et des différentes séquences judiciaires. Un souci pédagogique inhérent au projet : cette série documentaire est tout autant destinée au public français qu’à une audience internationale qui n’a peut-être jamais entendu parler du petit Grégory et n’est pas forcément capable de situer les Vosges sur une carte… Au tour des abonnés de Netflix dans plus de 190 pays de se passionner pour ce fait divers hors-norme qui pour l’heure s’écrit en points d’interrogation et de suspension : plus de trente-cinq ans après les faits, personne n’a encore été reconnu coupable de l’assassinat de Grégory Villemin.