« His Dark Materials » : Ce qu’il faut savoir sur l’univers de la série tirée de la trilogie « À la croisée des mondes »

FANTASY Animaux qui parlent, féminisme… On vous explique tout ce qu’il faut savoir sur cette nouvelle série-événement, tirée de l’œuvre culte de Philip Pullman.

Anaïs Bordages

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Dafne Keen campe l'héroine de «His dark materials».
Dafne Keen campe l'héroine de «His dark materials». — BBC/HBO

Pour beaucoup de fans ayant grandi dans les années 1990, la sortie de la série À la croisée des mondes (dès ce mardi sur OCS) est un événement aussi attendu que redouté. Car adapter la trilogie culte de Philip Pullman, publiée entre 1995 et 2000, n’est pas une mince affaire : le monde du cinéma s’y est déjà attelé en 2007, et la réception du premier film était tellement mauvaise que les deux suivants n’ont finalement jamais vu le jour. Après tout, difficile de retranscrire à l’écran toute la complexité de cette œuvre de fantasy qui contient à la fois des animaux qui parlent, une héroïne féministe de 12 ans et une critique sévère et complexe de la religion organisée.

Pour cette nouvelle tentative, ce sont les prestigieuses chaînes HBO et BBC qui s’y collent, avec un casting alléchant (James McAvoy, Ruth Wilson, Dafne Keen), et le cinéaste Tom Hooper à la réalisation. Et que les fans soient rassurés : contrairement au film, cette adaptation télé est très réussie. Beaucoup plus fidèle au matériel d’origine, elle parvient pour l’instant (nous n’avons vu que les quatre premiers épisodes) à en retranscrire les éléments les plus sombres et les plus compliqués. Petit guide pour bien saisir les clés de cet univers.

Les dæmons, la meilleure invention de Philip Pullman

Première chose à savoir : dans l’univers des livres et de la série, chaque humain est accompagné d’un animal qui parle. On les appelle « dæmons » (prononcer « démons »), et ces derniers sont bien plus qu’un acolyte ou un animal de compagnie. Les dæmons sont en fait une manifestation physique de l’âme des personnages. Pour cette raison, ils ne peuvent pas être séparés de leur humain, et le fait de s’éloigner physiquement provoque chez eux une immense douleur.

Les dæmons des enfants peuvent changer de forme (celui de Lyra, l’héroïne, apparaît le plus souvent comme une hermine), mais celle-ci se fixe définitivement lorsque le personnage atteint l’âge de 18 ans. Généralement, on peut deviner la nature et la personnalité d’un personnage grâce à son dæmon : par exemple, les personnes menaçantes ou mal intentionnées ont souvent des dæmons un peu inquiétants, comme un serpent ou un scarabée. Celui de Mrs. Coulter (Ruth Wilson) est un singe à la fois très beau et potentiellement dangereux, exactement comme elle.

Avec le concept des dæmons, Philip Pullman a trouvé une manière simple (et souvent très mignonne) d’illustrer les questions compliquées au cœur de sa trilogie, comme la douleur du passage à l’âge adulte ou encore la dualité de la nature humaine. Et si vous avez peur des effets spéciaux un peu maladroits, sachez que le résultat à l’écran est vraiment réussi.

Une œuvre sur la religion

Pour une trilogie que l’on considère destinée aux enfants, À la croisée des mondes contient des thèmes extrêmement riches et sérieux, et présente notamment une vision très sombre de la religion chrétienne. Lors de l’écriture, Philip Pullman s’est en effet inspiré du Paradis perdu de John Milton, poème qui retrace la Chute d’Adam et Ève. Sauf que, pour faire court, Philip Pullman opère dans sa trilogie une inversion de la Genèse, où Lyra est présentée comme une « nouvelle Ève » héroïque, et où le péché originel est en fait décrit comme ayant un impact positif sur l’humanité.

Quant à l’Eglise de cet univers, également appelée le Magisterium, elle est une figure néfaste, autoritaire et toute-puissante. Elle possède même un organe de répression particulièrement dangereux, qui possède des espions disséminés un peu partout. L’œuvre de Philip Pullman, un « athée militant », peut ainsi être lue comme une critique de la religion organisée, et des dérives qui surviennent lorsqu’une institution a tellement de pouvoir qu’elle ne peut plus être remise en question. Cette vision très provocatrice a valu à l’auteur de nombreuses critiques : lors de la sortie des livres, des groupes religieux américains l’ont accusé d’avoir créé un ouvrage dangereux et «antichrétien», polémique qui a ressurgi lors de la sortie du film (alors que ce dernier occultait presque totalement la dimension religieuse des livres).

Une trilogie féministe

L’autre aspect que Philip Pullman cherche à déconstruire, c’est la place de la femme dans notre culture patriarcale. Dans les codes narratifs traditionnels de la littérature fantasy, l’« élu » est souvent un garçon. Ce n’est pas pour rien que les héros les plus connus du genre s’appellent Harry Potter et Frodon Sacquet. Récemment, la série Game of Thrones a habilement subverti cette idée, notamment lors de la bataille contre le Roi de la Nuit (spoiler : ce n’est pas Jon Snow mais Arya, une jeune fille, qui a fini par éliminer la plus grande menace de la série). Mais dans À la croisée des mondes, l’héroïne est clairement Lyra, dès le début de l’intrigue. En gros, c’est un peu comme si Arya Stark avait été l’héroïne principale de Game of Thrones. Comme si ça ne suffisait pas, on trouve aussi dans cet univers des sorcières, figures féministes par excellence. Même l’antagoniste, Mrs. Coulter, est une femme puissante et complexe. Ajoutez à cela le fait que Lyra est une version revisitée d’Ève, et vous obtenez un récit de fantasy subtilement féministe. Mais ne vous inquiétez pas, malgré ses thèmes un peu grandiloquents, la série (comme les livres) n’oublie jamais d’être divertissante.