Candidats de jeux, invités de débats : Qui est payé à la télévision ?

GROS (ET PETITS) SOUS Des centaines de visages défilent sur les écrans de télévision chaque jour. Mais parmi eux, lesquels sont rémunérés pour apparaître sur le petit écran ?

Clément Rodriguez

— 

Un plateau de télévision (illustration)
Un plateau de télévision (illustration) — ERIC DESSONS/JDD/SIPA
  • Non, toutes les personnes qui apparaissent à la télévision ne gagnent pas des dizaines de milliers d’euros par mois (pas toutes).
  • Comment les choses se passent-elles pour les candidats de jeux de culture générale, de téléréalité et les experts dans les débats ? Sont-ils rémunérés pour leur participation ?
  • On peut établir trois catégories de personnes : ceux qui ont un contrat, ceux qui sont défrayés et ceux qui repartent les mains vides.

Flavie Flament va faire son retour à la télévision, sur M6, après dix ans d'absence. Durant la promotion de L’atelier, la présentatrice a glissé que dans les années 2000, sur TF1, son salaire était de 40.000 euros par mois… Régulièrement, les informations sur les salaires de stars de la télé font bondir. Pourtant, tout le monde n’est pas payé à la télé. Au début de la saison, alors que Laurent Ruquier voulait rafraîchir On n'est pas couché (au sens propre avec un nouveau décor, et au sens figuré avec de nouveaux chroniqueurs), l’émission avait fait parler d’elle avant même que le premier numéro soit diffusé. En cause : Frédéric Beigbeder, qui devait être le premier intervenant de l’année, a décliné l’invitation au dernier moment quand il a découvert... que c’était bénévole. La saison dernière, c’est Marina Foïs qui avait insisté sur le fait qu’elle n’était pas rémunérée pour jouer au Burger Quiz, contrairement au début des années 2000, sur Canal+.

Jeux de compétition, de culture générale, téléréalités, nombreux sont les programmes durant lesquels des candidats anonymes passent de l’autre côté de petit écran. Parmi eux, certains gagnent un véritable jackpot, comme Kevin qui est reparti de N’oubliez pas les paroles avec 410.000 euros en poche en juillet 2018, ou  Christian Quesada qui a remporté la somme record de 809.392 euros dans Les 12 coups de midi. Le populaire Paul, quant à lui, a empoché 691 522 euros de gains, dont 471 850 euros en cash et non soumis à l’impôt. Si ces candidats emblématiques repartent les mains (et le compte en banque) pleines, ce n’est pas le cas de tous ceux qui ont droit à leur quart d’heure de célébrité.

Ceux qui ont un contrat

Parmi les anonymes qui montrent leur visage à la télévision, ceux qui sont les mieux payés sont, sans aucun doute, les candidats de téléréalité. Que ce soit dans Koh-Lanta, Les Marseillais vs Le reste du monde, ou encore Les Anges, les participants sont liés à la production par un contrat de travail. Mais le secret des chiffres qui entourent ces documents est généralement bien gardé. Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour établir une grille des salaires, comme leur notoriété. Dans Les Anges, on ne payera pas au même prix un candidat inconnu et un candidat qui a déjà fait Secret Story. Le son de cloche est le même pour Les Marseillais, dont le salaire se situe entre 7.000 et 13.000 euros selon Florence Fayard, la productrice de l’émission. Interrogée par Gala il y a quelques mois, elle indiquait qu’une prime à l’ancienneté faisait partie des conditions du contrat. Une fourchette similaire est appliquée pour les aventuriers de Koh-Lanta, qui toucheraient entre 7.000 et 10.000 selon Dylan, un ancien candidat, et ce peu importe la date de leur élimination.

Il a fallu que les candidats de téléréalité se battent pour pouvoir obtenir un contrat de travail. Il y a plus de dix ans, les participants à L’île de la tentation entre 2003 et 2007 saisissent les prud’hommes pour requalifier en contrat de travail le règlement participant qu’ils avaient signé. « On va considérer qu’on n’est pas simplement dans l’enregistrement de leur vie quotidienne, mais ils prennent part à des activités qui sont imposées et expriment des réactions qui sont imposées », explique Nathalie Nadaud-Albertini, sociologue des médias. Auparavant, la production affirmait que leur participation à ce type de programme était faite « sur leur temps personnel, que c’était un divertissement et que ce n’était pas pénible » ajoute la sociologue.

Ceux qui sont défrayés

Dans Bienvenue chez nous, aucun contrat d’ordre financier ne lie les propriétaires de maisons d’hôte à TF1. Alors qu’ils sillonnent les routes de France à voiture pour noter les prestations de leurs confrères, deux solutions s’offrent à eux au moment du trajet. « Ils utilisent soit leurs propres véhicules, soit des voitures prêtées par la production. S’ils utilisent leur véhicule, les frais de route sont pris en charge », précise la production de l’émission. Loin de chez eux pendant plusieurs jours, les propriétaires ne peuvent recevoir d’invités sur leur lieu de travail pendant le tournage. Pour couvrir ce manque à gagner, la société de production met la main à la poche puisque « les candidats sont dédommagés pour compenser le fait qu’ils ne travaillent pas. » À noter toutefois que le paiement des chambres dans le cadre de l’émission se fait bien avec le propre argent des candidats.

Même chose du côté des jeux tournés en studio. Que ce soit N’oubliez pas les paroles, Tout le monde a son mot à dire ou Questions pour un champion, la gestion des quiz de culture générale est globalement la même. « Pour tous les jeux qui nécessitent un déplacement sur Paris, on fait un défraiement, on paie juste les frais, comme leurs billets de train. Ils ne sont pas rémunérés en tant que tels », indique-t-on du côté d’un bureau de presse. Les brocanteurs en herbe d’Affaire Conclue, eux, ne sont défrayés que de leurs frais de transport, le tournage ne nécessitant pas de rester une nuit à Paris.

Hors des plateaux scintillants de télévision, davantage de frais sont couverts pour les agriculteurs qui recherchent leur moitié dans L’amour est dans le pré. Lorsqu’ils viennent au speed dating, tels des candidats de jeux classiques, les participants à l’émission de Karine Le Marchand sont défrayés de leurs frais de transport et d’hébergement, mais ce n’est pas tout. « On met tout en place pour qu’ils prennent part à l’émission sereinement, explique une personne qui travaille pour la production. Quand ils n’ont personne pour les remplacer à la ferme, on emploie quelqu’un pour le faire à leur place. » Une fois les prétendants arrivés, la production prend également en charge un « chariot de courses type » pour ne pas faire un trou dans le budget des agriculteurs.

Ceux qui repartent les mains vides

À la télévision, ce qui est vrai pour certaines ne l’est pas forcément pour les autres. Car tous les visages que vous voyez sur votre petit écran ne sont pas obligatoirement rémunérés. C’est le cas en particulier dans les émissions de débat où les intervenants sont, la plupart du temps, des journalistes, des professeurs ou bien encore des scientifiques. Autant d’experts en leur matière qui ne touchent pas un centime dans C dans l'air, l’émission de France 5, contactée par 20 Minutes. Caroline Mécary, avocate qui a claqué la porte de L’heure des pros de Pascal Praud (CNews) où elle était une invitée récurrente, avait confié à Télé Loisirs, fin septembre : « Moi je n’ai jamais été payée, contrairement à d’autres intervenants et chroniqueurs. J’y suis allée par pures convictions. Je pensais que je pouvais porter la contradiction face à des développements globalement très à droite. »

La frontrière est ainsi floue entre invités, spécialistes, parfois récurrents, et chroniqueurs des émissions de débats. Dans le cas des invitations sans rémunération, le « contrat » tacite estime qu’en retour de leur expertise, les invités du plateau s’offrent une belle exposition médiatique devant plus d’un million de téléspectateurs.