Pourquoi « Quotidien » met en ligne l’intégralité des images de la perquisition du siège de La France insoumise

MEDIAS Mardi, Alexis Corbière a accusé l’émission de TMC d’avoir diffusé un montage « politique » de la perquisition du siège de son parti en octobre 2018

Fabien Randanne, avec AFP

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Jean-Luc Mélenchon (à g.) face à des policiers, le 18 octobre 2018, devant le siège de La France insoumise. L'image provient d'une capture d'écran d'un sujet diffusé le 10 septembre 2019 dans «Quotidien».
Jean-Luc Mélenchon (à g.) face à des policiers, le 18 octobre 2018, devant le siège de La France insoumise. L'image provient d'une capture d'écran d'un sujet diffusé le 10 septembre 2019 dans «Quotidien». — Capture d'écran TMC
  • Le 18 octobre 2018, une perquisition houleuse s’est déroulée dans les locaux de La France insoumise à Paris.
  • En conséquence, Jean-Luc Mélenchon et d’autres membres du parti sont convoqués la semaine prochaine devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour « actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation ».
  • Alexis Corbière, porte-parole de La France insoumise, a accusé mardi « Quotidien » d’avoir diffusé un reportage sur cette perquisition dont le montage serait orienté.
  • L’émission de TMC réagit en mettant en ligne à 18h sur les réseaux sociaux l’intégralité des 45 minutes d’images tournées lors de cette perquisition.

L’équipe de Quotidien, le talk-show de TMC, a mis en ligne ce mercredi, à 18h, sur YouTube, l’intégralité des 45 minutes d’images tournées lors des perquisitions au siège de La France insoumise l’an passé. Pourquoi ? Explications.

Une perquisition houleuse

« La République, c’est moi ! » Cette phrase, hurlée à un policier par Jean-Luc Mélenchon, a été largement relayée dans les médias. La scène se déroule le 18 octobre 2018 devant la porte du local de La France insoumise (LFI) à Paris. Les forces de l’ordre sont là pour mener une perquisition dans le cadre d’enquêtes préliminaires sur l’emploi d’assistants parlementaires européens et sur d’éventuelles irrégularités dans les comptes de campagne de la présidentielle de 2017.

Dans la cohue se trouve une caméra de Quotidien. Cette dernière immortalise la fameuse phrase du leader du parti de gauche qui se retrouvera dans le reportage ensuite diffusé dans l’émission de TMC. Alexis Corbière, député et porte-parole de LFI, apparaîtra aussi dans le sujet, en pleine altercation avec les forces de l’ordre. Ces tensions ne seront pas sans conséquences puisque Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière et d’autres responsables du parti sont convoqués, le 19 et 20 septembre, devant le tribunal correctionnel de Bobigny pour « actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire, rébellion et provocation ».

Les reproches d’Alexis Corbière à « Quotidien »

Mardi, à la fin de la conférence de presse de rentrée du groupe LFI, Alexis Corbière s’est exprimé spontanément sur le procès à venir. « Nous nous rendrons sur place, tous sans exception y compris bien entendu au premier rang Jean-Luc Mélenchon pour obtenir une relaxe, tout simplement, a-t-il déclaré. Le porte-parole a affirmé qu’un « choix d’images a été fait ». Un peu plus tôt, sur le plateau de LCI, il a accusé Quotidien d’avoir effectué un montage « politique ». « Pour un homme comme moi, c’est une humiliation, la manière dont on nous traite. C’est une humiliation de sélectionner les images et de montrer Jean-Luc Mélenchon que en colère, qui subit une injustice et de me montrer moi », a tonné Alexis Corbière qui estime que « tout ça a eu des conséquences politiques dans les urnes ».

La réponse de « Quotidien »

Mardi soir, Quotidien a répondu aux reproches d’Alexis Corbière en diffusant des images tournées lors de la perquisition et qui n’ont pas été gardées dans le montage du reportage. On découvre ainsi l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon qui, en gravissant les escaliers, lance : « Enfoncez-moi cette porte ! On va voir si on va m’empêcher d’entrer dans mon local… » On voit également que, quelques instants après son « La République c’est moi », le chef de LFI a chuchoté au même policier qui lui faisait face : « Ne vous inquiétez pas, personne n’est violent ici ». Alexis Corbière, lui, avait dit « Pas de violence » avant de s’énerver en voyant un policier plaquer un militant au sol. Yann Barthès, l’animateur de Quotidien, a conclu en annonçant que l’intégralité des images, sans commentaire ni montage sera mise en ligne ce mercredi à 18h.

Une mise en ligne attendue

« Tant mieux ! », a réagi Alexis Corbière mardi soir après l’annonce de Yann Barthès. Le député estime qu’« aucune de ces images nouvelles ne sont accablantes ». « On me voit dire “Pas de violence” avant qu’un policier ne jette au sol des militants [LFI]. Pourquoi ces images n’avaient-elles pas été montrées plus tôt au public ? », a-t-il ajouté.

« Depuis un an Quotidien joue le jeu de la police politique. Ce sont ses images qui servent de base à nos accusateurs. Depuis un an ils cachaient ces moments où Alexis Corbière et moi rassurons les policiers », a écrit Jean-Luc Mélenchon, également sur les réseaux sociaux. Des accusations auxquelles Quotidien a répondu ce mercredi après-midi : « Non, (…) nous n’avons pas caché pendant un an les images diffusées [mardi]. Nous les avons diffusées, il y a quelques mois. Il faut regarder plus assidûment [l’émission]. » Des journalistes de Quotidien ont quant à eux fait dans le teasing avant la mise en ligne de l’intégralité des rushes. « Croyez-moi, ça vaut le coup de la regarder de la première à la dernière seconde », avance le reporter politique Paul Larrouturou. « C’est plus palpitant que La Casa De Papel et c’est gratos », promet de son côté Julien Bellver, spécialisé dans les médias.

« Il aurait été honnête de montrer dès le début ces images »

Mercredi soir, La France insoumise a tenu a réitéré ses propos, lors d'une conférence de presse. « Les images diffusées ce soir par Quotidien montrent une réalité bien différente de ce qui avait été montré auparavant », a déclaré Alexis Corbière, ajoutant : « À plusieurs reprises, on voit Jean-Luc Mélenchon et d’autres d’entre nous discuter avec les policiers et dénoncer leur méthode. On voit aussi que nous disons ne pas vouloir perturber la perquisition. »

« Il aurait été honnête de montrer dès le début ces images plutôt que d’imposer une lecture faussée des évènements », a poursuivi le député de la Seine-Saint-Denis. « Quotidien a monté des images médiatiques pour faire du buzz. C’est leur métier. Mais ce n’est pas du journalisme », a renchéri Bernard Pignerol, proche de Jean-Luc Mélenchon.