« Jamais sans toi Louna » : Rod Paradot, acteur à fleur de peau dans le téléfilm de TF1

PORTRAIT Dans « Jamais sans toi Louna », diffusé ce lundi soir sur TF1, le comédien de 23 ans incarne un jeune père de famille accusé à tort d’actes de maltraitance et faisant tout pour récupérer la garde de sa fille

Fabien Randanne

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Rod Paradot dans «Jamais sans toi Louna».
Rod Paradot dans «Jamais sans toi Louna». — Julien Cauvin/Léonis/TF1
  • Le téléfilm « Jamais sans toi Louna », inspiré d’une histoire vraie, est diffusé ce lundi à 21h05 sur TF1.
  • Rod Paradot incarne un père de famille accusé à tort de maltraitance.
  • Avec ce rôle, le comédien de 23 ans – déjà auréolé d’un César et d’un Molière – devrait se révéler à un plus large public.

Les larmes lui montent aux yeux alors qu’il parle. « Quand je découvre les excroissances, que je dois les prendre en photo, que je vois mon gamin… » Rod Paradot laisse la phrase en suspens car il tente de contenir son émotion. Ce jeudi d’août, le comédien de 23 ans présente aux journalistes Jamais sans toi Louna et relate la scène qui fut la plus difficile à tourner pour lui. Les excroissances étaient factices et il n’a pas d’enfant, mais s’il est à deux doigts de pleurer, c’est parce que ce téléfilm, diffusé ce lundi sur TF1, est inspiré d’un fait réel.

En 2012, Yoan et Sabrina Bombarde, accusés à tort de maltraitance, ont perdu la garde de leur bébé de 3 mois. Les déformations et hématomes constatés sur son petit corps n’étaient pas dus à des coups, mais à une maladie génétique rare. Les médecins ont refusé d’effectuer les prises de sang qui auraient permis de poser le diagnostic et de disculper les parents. Ceux-ci ne récupéreront leur fillette que plus de trois ans plus tard.

« Comment tu fais pour avoir cette force-là ? »

Dans la fiction de TF1, Rod Paradot incarne le personnage inspiré de Yoan Bombarde. Il y campe un jeune papa au caractère sanguin menant un combat acharné pour faire entendre sa vérité. L’empathie qu’il éprouve pour lui est totale. « La scène qui m’a marqué est celle de l’interrogatoire interminable. Le fait d’être dénigré, remis en question pour savoir si tu es un bon parent… Je me suis vraiment mis à leur place et je me suis demandé comment ils ont fait pour ne pas prendre le keuf et l’étrangler, glisse l’acteur avec une pointe de colère dans la voix. Tu as tellement d’émotions qui viennent en toi à ce moment-là, comment tu fais pour rester calme, pour avoir cette force-là ? »

Rod Paradot avait « vraiment envie de défendre ce personnage ». Alors il fait corps avec lui. La force émotionnelle émanant de Jamais sans toi Louna doit beaucoup à cette sensibilité à fleur de peau.

Ce rôle et son exposition en première partie de soirée sur la première chaîne feront connaître au grand public ce comédien qui, encore à l’aube de sa carrière, est souvent comparé à Patrick Dewaere. Sans doute parce que, comme son aîné, il avance sur le fil entre une impulsivité brute et une fragilité désarmante.

En 2016, il reçoit le César du meilleur espoir masculin pour La Tête haute d’Emmanuelle Bercot – ses premiers pas au cinéma. Trophée en main, voix chevrotante, il émeut l’assistance, pourtant réputée glaciale, qui répond à ses mots part des « oh » attendris. « Je dois remercier… Mais attention, quand je dis "je dois", ce n’est pas parce que je suis obligé mais parce que j’en ai envie », prévient-il avec la candeur de ses 19 ans, avant de saluer sa mère – « c’est elle qui tous les jours croit en moi » – mais aussi sa CPE (conseillère principale d’éducation)…

« J’ai eu peur, je me demandais si je le méritais »

Car si le jeune homme, fils d’un plombier et d’une fonctionnaire, s’est retrouvé devant la caméra au côté de Catherine Deneuve, puis sur les marches du Festival de Cannes et sur la scène des Césars, c’est suite à un casting sauvage. Il était alors élève en CAP menuiserie quand il a été repéré par la directrice de casting Elsa Pharaon. « Je ne m’y attendais pas du tout. Quand j’étais plus jeune, j’ai pensé un tout petit peu à faire des sketchs, des trucs un peu humoristiques à la Jamel Debbouze (…) mais je ne me suis jamais projeté. C’est juste arrivé comme ça et c’est vrai que c’est assez ouf parce qu’effectivement je ne sais pas si c’est ce que j’aurais fait au final. Je pense que j’aurais plus été dans l’animation ou un truc dans le genre… », racontait-il à Yard au printemps.

S’il a confié à Elle avoir « cramé » le cachet reçu pour La Tête haute, Rod Paradot garde en partie les pieds sur terre. Après ce premier tournage, il va travailler dans un McDo. « Ce n’était pas ce que je voulais faire dans ma vie si le cinéma ne marchait pas, mais c’était juste pour moi, pour me dire "Je peux travailler si j’ai envie" », affirmait-il à Allociné lors de la sortie de Luna d’Elsa Diringer l’an passé. Entre les lignes, on comprend qu’il redoute que sa carrière d’acteur s’arrête prématurément. « Oui, je suis comédien aujourd’hui mais je peux très bien ne plus l’être demain. Ça va très vite dans les deux sens », soulignait-il auprès de Yard.

Même si, après son césar, il a reçu, en 2018, le molière de la révélation masculine pour Le fils de Florian Zeller – sa première expérience sur les planches, il continue de douter. Pour Jamais sans toi Louna, il n’a pas passé de casting. « J’ai eu peur, je me demandais si je le méritais », révèle-t-il. Le public de Jamais sans toi Louna ne devrait pas tarder à le rassurer.