Arrêt du « Soir 3 » : « C’est une façon de traiter l’actualité qui n'existe plus », estime Francis Letellier

INTERVIEW Francis Letellier, qui a présenté le « Soir 3 » en semaine durant ces 13 dernières années, évoque pour « 20 Minutes » la disparition de ce rendez-vous de l’antenne de France 3

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le journaliste Francis Letellier.
Le journaliste Francis Letellier. — GHOSAROSSIAN Delphine / FTV
  • L’ultime édition du « Soir 3 » a été diffusée dans la nuit de dimanche à lundi après 41 ans d’existence sur la troisième chaîne.
  • « C’est vraiment une révolution pour les confrères, pour France 3 », affirme à « 20 Minutes » Francis Letellier, qui a présenté le « Soir 3 » en semaine ces 13 dernières années.
  • Patricia Loison animera à partir de ce lundi soir le journal de 23 h sur Franceinfo. Francis Letellier reviendra dimanche sur France 3 pour une huitième saison de « Dimanche en politique ». Il animera aussi dès la mi-novembre un nouveau magazine sur l’Europe.

Dans la nuit de dimanche à lundi, une page de l’histoire de la télévision française s’est définitivement refermée. Après 41 années d’existence, l’ultime Soir 3, le journal nocturne de France 3, a été diffusé. Nora Boubetra a présenté cette dernière édition. Elle a été rejointe à la fin du direct par Francis Letellier avant de rendre l’antenne. Celui qui a officié pendant treize ans à la présentation du Soir 3 en semaine a confié ce lundi à 20 Minutes son ressenti sur la disparition de ce rendez-vous de l’info sur le service public.

Ce lundi soir, pour la première fois depuis 41 ans, il n’y aura pas de « Soir 3 » sur la troisième chaîne. Qu’est-ce que cela vous évoque ?

Je pense surtout à mes confrères qui ont l’habitude d’entendre vers 17h, dans les couloirs, un appel général pour la conférence de rédaction du Soir 3… Aujourd’hui [ce lundi], pour la première fois, il n’y en aura pas. Cela implique de nouvelles habitudes, notamment pour mes collègues qui font le 12-13 et le 19-20 et qui ne nous verront plus dans les couloirs. L’info sur la chaîne s’arrête après eux, à 20 h. C’est vraiment une révolution, d’une certaine façon, pour eux, pour France 3.

Le personnel de France Télévisions est appelé à une grève de 24 heures pour protester contre la suppression de « Soir 3 ». Le Syndicat national des journalistes (SNJ) du groupe parle de « tache » dans le mandat de Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions. La décision passe mal en interne…

En interne, les confrères, les techniciens, les équipes prennent la décision telle qu’elle est. Au fond de leurs cœurs et de leurs esprits, évidemment, tous regrettent la disparition de Soir 3. Non seulement, ce journal est entré dans notre histoire, mais c’était aussi de l’actualité au quotidien et une façon de la traiter qui ne sera plus là, qui n’existe plus.

Le public n’est pas non plus resté insensible à la disparition annoncée du « Soir 3 »…

J’ai été surpris par le nombre de messages, notamment sur Twitter. C’est là que l’on voit que, au-delà des critiques en interne, ce que peuvent faire les confrères pour dire « Gardez le “Soir 3” », il y a quelque chose qui nous dépasse, c’est le mouvement de téléspectateurs. Du moins, ce que je vois sur les réseaux sociaux, c’est gigantesque, ça nous dépasse totalement. Cela prend une ampleur qu’on n’aurait pas imaginée. A minuit ce lundi, pour la dernière édition, il y avait 600.000 téléspectateurs. C’est la troisième meilleure audience toutes chaînes confondues à cette heure-là. Pour un dimanche, c’est extraordinaire. Jamais on ne faisait un tel score à cette heure-là. Cela prouve bien que l’attachement des téléspectateurs s’est manifesté jusqu’au bout. Ils voulaient voir aussi comment nous fermerions l’antenne du Soir 3. Je pense qu’on l’a fait dignement.

Nora Boubetra, qui a présenté cette ultime édition vous a, en fin de journal, offert une rose blanche en vous disant qu’il fallait « se souvenir des belles choses ». Qu’est-ce qui restera comme votre plus fort souvenir en 13 années de présentation du « Soir 3 » ?

Le souvenir le plus fort est triste : c’est le 13 novembre 2015, les attentats à Paris. On a été les premiers à prendre l’antenne en direct pour en parler. Le rédacteur en chef a eu de très bons réflexes. Quand on a eu les premières alertes AFP et les coups de fils de confrères qui étaient dans Paris en nous disant qu’il se passait quelque chose, il a pressenti que c’était grave. Il a cassé tout le conducteur [le document listant l’ordre des sujets prévus] et a dit « On envoie toutes les équipes sur le terrain, on verra bien. » Il s’est avéré que c’étaient des attentats et une tuerie comme jamais vu en France. Ce souvenir me marquera à vie.

Patricia Loison, ex-présentatrice du « Soir 3 » essuiera ce soir les plâtres du 23 h de Franceinfo. Vous l’avez eu au téléphone ?

Bien sûr ! Je lui ai dit que j’étais très content qu’elle fasse ce 23 h et je lui souhaite de prendre beaucoup de plaisir sur cette tranche sur Franceinfo.

Les téléspectateurs vous retrouveront dimanche sur France 3…

Oui, Dimanche en politique entamera sa huitième année à 12h10. C’est le premier rendez-vous politique du dimanche en termes d’audience, télé et radio confondues. Et puis, à partir de mi-novembre, j’animerai un nouveau magazine sur l’Europe, qui sera également diffusé le dimanche. Il durera une demi-heure et comprendra de nombreux reportages. C’est un très gros défi. Avant, on avait Avenue de l’Europe à un rythme mensuel. Là, on efface tout et on recommence. Il va falloir tout inventer à partir d’une page blanche.