«Les Bronzés», «La 7e Compagnie»... Pourquoi aime-t-on revoir toujours les mêmes films?

ILS SONT DE RETOUR TF1 rediffuse «Les Bronzés» et «La 7e Compagnie au clair de lune», deux comédies françaises habituées des programmes télé estivaux

Mathilde Loire

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Image tirée du film "Les bronzés"
Image tirée du film "Les bronzés" — COLIN MAX/SIPA
  • Les Bronzés et le troisième volet de La 7e Compagnie sont rediffusés sur TF1.
  • Ces comédies sont des habituées des programmes estivaux ; pourtant, elles font de belles audiences à chaque fois.
  • Nous aimons en effet revoir les mêmes films plusieurs fois.

Il y a des films qu’il serait surprenant ne pas voir passer à la télé pendant l’été. Les Bronzés, comme La 7e Compagnie au clair de lune, diffusés ce jeudi soir à 21h05 et 22h55 sur TF1, sont de ceux-là.

Le premier, la comédie culte de Patrice Leconte avec troupe du Splendid, qui raconte un été au Club Med en Côte d’Ivoire, domine les audiences TV à chaque rediffusion, et ça a encore été le cas jeudi soir avec 3,23 millions de téléspectateurs pour 18,4% de part d'audience. Le deuxième film de la soirée était le dernier volet, sorti en 1977, des aventures de la septième compagnie, également habituées des rediffusions estivales. Pas aussi cultes que Les Bronzés, les trois films de La 7e compagnie sont toutefois très suivis.

Des films rassurants

« Je pense que le succès de La 7e compagnie tient peut-être en partie parce qu’elle fait du bien au public. Ça parle d’une défaite mais aussi de "l’esprit français". (…) C’est rassurant », expliquait Emmanuel Rossi, co-organisateur de la Nuit Nanarland à 20 Minutes en 2016. De même, Les Bronzés caricature une situation familière, et particulièrement de saison, les vacances en club. Même sans être habitué des clubs de vacances, vous y retrouvez une imagerie et des situations familières. Et ce, d’autant plus que c’est le genre de films que l’on revoit plusieurs fois.

Ce qui n’empêche pas de rire de nouveau aux mêmes blagues déjà connues. « [Ce genre de comédie] joue sur la complicité avec les téléspectateurs qui l’ont déjà vu. C’est comme pour Les Bronzés, tout le monde le connaît par cœur, et du coup on attend les répliques ! », affirme Emmanuel Rossi. Ou les scènes cultes que l’on a déjà vues quinze fois.

« Reconsommer »

Mais, si on a déjà vu un film quinze fois, pourquoi le revoir ? Que ce soit Les Bronzés ou La 7e Compagnie en été, ou Maman j’ai raté l’avion ou Harry Potter à Noël, les chaînes de télévision l’ont bien compris : elles ont tout intérêt à rediffuser ces classiques que tout le monde connaît, car l’audience est au rendez-vous. Les spectateurs aiment voir et revoir des œuvres familières, même lorsqu’il s’agit de séries longues de dix saisons comme Friends.

Dans un article de The Atlantic de 2014, le journaliste Derek Thompson rendait compte d'une étude, réalisée par les chercheurs en comportement des consommateurs Cristel Antonia Russell et Sidney Levy de l’université de Chicago, sur les raisons qui nous poussent à relire les mêmes livres, revoir les mêmes films ou revisiter les mêmes endroits, bref à « reconsommer » des œuvres de notre plein gré.

Plus nous voyons un film, plus nous l’aimons

« Russel et Levy ont constaté que les gens recherchent des divertissements familiers pour des raisons spécifiques – pour retrouver un sentiment perdu, par exemple, ou pour ressentir le passage du temps », écrit Thompson dans The Atlantic. Les deux chercheurs ont interrogé différentes personnes sur les raisons qui les poussent à « reconsommer » certaines choses.

La première raison est toute simple : parce qu’on les aime. Plus précisément, il s’agit de ce que l’on appelle « l’effet de simple exposition » : plus nous voyons, écoutons, lisons quelque chose, plus nous l’aimons. « Les psychologues ont constaté que la répétition nourrit l’affection, écrit Derek Thompson. Un programme familier requiert moins d’énergie mentale pour l’intégrer, et quand il est facile de penser à quelque chose, nous avons tendance à penser que c’est une bonne chose. »

La nostalgie pousse à consommer

Un autre facteur nous pousse à « reconsommer » : la nostalgie. Les séries comme Stranger Things ou les remakes des dessins animés Disney fonctionnent exactement là-dessus, car la nostalgie fait consommer. C’est particulièrement valable à certains moments précis l’année, comme Noël ou l’été. Le film que nous revoyons devient en quelque sorte une machine à remonter le temps. Si vous avez pris l’habitude de regarder Les Bronzés à la télé en famille pendant l’été lorsque vous étiez jeune, le regarder aujourd’hui vous replonge probablement dans vos souvenirs d’enfance, et dans les émotions qui y sont associées.

Car revoir certains films ou relire certains livres peut avoir des vertus thérapeutiques. « En effet, écrivent Russel et Sidney, en permettant la formation de nouvelles significations et de nouvelles perspectives sur ce qu’il s’est passé, les psychothérapeutes voient la répétition d’une expérience comme utile, pour purger cette expérience de ses excès émotionnels (…). Revivre une expérience permet de devenir conscient d’événements traumatiques qui auraient été réprimés ou refoulés. » Nous revoyons ces œuvres familières parce qu’elles nous font du bien. Et contrairement à un objet culturel nouveau, pas de surprise, pas de déception : nous savons déjà ce que nous allons ressentir, qu’il s’agisse de nous faire rire avec La 7e Compagnie ou de nous faire pleurer avec des épisodes de Grey’s Anatomy.

Les années passent, mais les téléspectateurs ne se lassent pas du film «On a retrouvé la 7e compagnie»
Les années passent, mais les téléspectateurs ne se lassent pas du film «On a retrouvé la 7e compagnie» - Copyright TF1

Créer des liens

Par ailleurs, « reconsommer » des films permet de créer des liens entre différentes époques de notre vie. « Le lien avec des expériences antérieures offre une continuité dans le temps », écrivent Russell et Levy, entre les personnes que nous sommes aux différents moments où nous voyons ces films, en somme.

Mais revoir un film peut aussi faire le lien entre nous et les autres. « Parfois, la motivation derrière une expérience de "reconsommation" est le fait de le partager avec de nouvelles personnes », rappellent les chercheurs. Il n’est pas rare de découvrir un film comme Les Bronzés avec ses parents ou ses grands-parents qui l’ont eux-mêmes découvert enfant. Emmanuel Rossi de Nanarland disait de La 7e compagnie : « C’est un film que l’on regarde en famille avec mamie, papi, et qui réunit beaucoup de générations. Toute la famille peut trouver son compte dedans. »

Enfin, se replonger dans un film que l’on connaît repose. Pas besoin de se prendre la tête pour anticiper la suite, de se questionner sur la manière dont les personnages vont se sortir d’une situation : on le sait déjà. Revoir un film que l’on connaît par cœur demande moins d’effort, c’est plus simple. Et quand il fait aussi chaud, ce n’est pas négligeable.