« Plus belle la vie » a 15 ans : Comment la série s’inscrit-elle dans la modernité après 15 ans d’antenne ?

JOYEUX ANNIVERSAIRE Malgré ses 15 ans à l’antenne de France 3, « Plus belle la vie » reste un succès auprès des jeunes, notamment grâce à ses sujets de société qui collent à l’actualité

Clément Rodriguez

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Les comédiens de «Plus belle la vie» fêtent les 15 ans de la série
Les comédiens de «Plus belle la vie» fêtent les 15 ans de la série — Nathalie Guyon - FTV
  • Plus belle la vie fête ses quinze ans d’existence sur France 3.
  • Entre les nouveaux moyens techniques et un ancrage dans le quotidien, la série est toujours aussi moderne.
  • En proposant des intrigues basées sur des sujets de société, le feuilleton fait évoluer les mœurs de ses téléspectateurs.

Une quinzième bougie d’anniversaire pour Plus belle la vie. Le 30 août 2004, Roland Marci, Mirta Torrès et Vincent Chaumette débarquent à l’antenne de France 3. À l’époque, le patron du bar cache sa relation avec Mirta, et le futur patron de Phénicie emménage à Marseille, contre l’avis de sa fille Ninon. Depuis ce temps-là, les scénarios ont évolué mais restent dans le même esprit : dépeindre la vie d’un quartier comme on peut en visiter des dizaines.

Toutefois, dans Plus belle la vie, tout ne se passe pas forcément comme prévu. La vie paisible des habitants est souvent perturbée par l’arrivée d’un tueur en série, ou bien par un kidnapping traumatisant, ou encore par le détour d’un personnage principal par la case prison. Autant d’éléments qui ne viennent pas entacher l’une des facettes principales de la série : sa capacité de rebond face aux faits de société et à l’actualité.

Des moyens modernes pour s’ancrer dans le quotidien

Depuis 15 ans, la série a évolué en même temps que les avancées techniques et technologiques. Ces progrès ont permis à Plus belle la vie, qui est une grosse machine industrielle, de s’ouvrir davantage vers l’extérieur grâce à une troisième équipe de tournage, qui travaille en même temps que les deux autres. Composée de moins d’une dizaine de personnes, la création de ce groupe a été l’occasion de filmer plus de scènes à l’extérieur des studios et d’avoir 35 % de la série tournés à l’air libre.

Cette équipe met en boîte chaque jour entre six et huit minutes d’épisode. Plus légers et plus discrets, les moyens qui lui sont attribués rendent possible les tournages dans des endroits plus ancrés dans la ville qu’auparavant. « On est allés se balader dans le Vallon des Auffes, sur les terrasses du port, dans le tramway, dans tous ces lieux qui sont des lieux de proximité et qu’on considère comme constitutifs d’un feuilleton quotidien, explique Sébastien Charbit, producteur du feuilleton de France 3. Si on ne peut pas aller dans les lieux que tout le monde connaît, on n’a pas grand-chose de quotidien. »

S’inspirer de la société française

Dernièrement, le feuilleton a abordé les thèmes de la gestation pour autrui, de la transidentité ou encore du harcèlement sexuel. Autant de sujets qui ont une résonance particulière dans la société française et qui permettent à la série de s’ancrer encore plus dans le quotidien des téléspectateurs. Pour cela, la production fait de longues recherches sur les thématiques abordées avant de se lancer dans la création d’un scénario. En travaillant en collaboration avec CAPA, une agence de production de documentaires et de reportages, les producteurs de Plus belle la vie prennent le temps de visionner des documents qui les aideront à cerner au mieux les enjeux en question : « On se documente sur des parcours de vie pour qu’on ne fasse pas une vision fantasmagorique des sujets de société, précise Sébastien Charbit. Quel est le bon timing pour lancer tel ou tel sujet ? Un sujet de société est périssable donc il faut trouver le bon moment et la bonne manière. »

L’une des particularités de Plus belle la vie, c’est aussi cette capacité à rebondir sur des faits d’actualité au quotidien. L’année dernière, les comédiens avaient notamment réagi à la mort de Charles Aznavour ou encore l'effondrement des immeubles rue d'Aubagne à Marseille. Plus récemment, une scène a été tournée durant laquelle les lycéens de la fiction regardent Notre-Dame en flammes sur l’un de leurs téléphones portables. Jérôme Bertin, qui incarne le commandant de police Patrick Nebout, a participé aux quelques secondes en hommage à Arnaud Beltrame. L’acteur a senti que la production de la série allait réagir au geste du lieutenant-colonel. « Effectivement, dans les heures qui ont suivi, j’ai reçu un coup de téléphone de la production pour me demander si j’acceptais de tourner une séquence qui rende hommage à Beltrame, se remémore Jérôme Bertin. C’était intéressant parce qu’il s’agissait de rendre compte de l’émotion de toutes les personnes qui ont été touchées par ce gendarme, et en même temps de le faire passer à travers le filtre de Nebout, qui est à la fois quelqu’un de très empathique, mais aussi un peu coincé et rigoureux. »

« Un retour quasi-quotidien des fans »

Afin de prendre la température des différents scénarios, les équipes du soap de France 3 reçoivent quotidiennement des messages de la part des téléspectateurs. Une facilité de communication qui permet aux fans de se rapprocher de leurs personnages préférés, quitte à ce qu’ils confondent le personnage et l’acteur. « Ce n’est pas grave qu’on m’appelle Thomas dans la rue » souligne Laurent Kérusoré, qui joue le rôle du serveur du Mistral. Le comédien a reçu d’innombrables lettres depuis son arrivée dans la série en 2005. Parmi elles, certaines l’ont marqué plus que d’autres.

Visage précurseur de la visibilité de l’homosexualité à la télévision française, sans toutefois qu’il ne soit « un étendard de cette communauté », Laurent Kérusoré nous a raconté l’impact que la série peut avoir sur les téléspectateurs : « Un jour, j’ai reçu la lettre d’un homophobe, casseur de PD dans les années 1980 et 1990, et qui regardait Plus Belle La Vie. Il était bien embêté parce que son personnage préféré dans la série c’était Thomas. Il écrivait "il est gentil, il ne juge personne, il est bien ce gars". Il m’a fait une lettre très émouvante d’une vingtaine de pages, dans laquelle il m’expliquait qu’il avait pété la gueule à une quarantaine de gays dans sa vie. J’étais un peu son curé, il a fait un mea culpa. Avant, il était ignorant, aujourd’hui il ne l’est plus. Après, il faut savoir pardonner. »

Que ce soit dans la rue, par lettre ou via les réseaux sociaux, les acteurs de Plus belle la vie ont régulièrement  des retours de fans, ces derniers leur faisant part de leurs histoires relatives à la série : « Quand on tourne, on n’a pas cette dimension-là mais quand arrive la diffusion, on se rend compte qu’on fait quelque chose de bien, remarque Malika Alaoui qui joue le rôle de Mila. Dans les intrigues que j’ai pu faire, notamment celle sur le harcèlement sexuel, j’ai été très surprise du nombre de messages que j’ai reçus suite à ça, de gens qui vivaient cette situation. Ils me disaient qu’ils avaient espoir ».