VIDEO. Marrakech du rire sur M6: «J'ai parlé de foot, de mes enfants, et assumé très clairement être homo», note Jarry

HUMOUR M6 diffuse ce mercredi, à 21h05, le gala du Marrakech du rire 2019. « 20 Minutes » vous propose de découvrir en exclusivité un aperçu de la performance de Jarry qui raconte la manière dont il a vécu l’expérience

Fabien Randanne

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Jarry au festival du Marrakech du rire 2019.
Jarry au festival du Marrakech du rire 2019. — Capture d'écran M6

M6 diffuse ce mercredi à 21h05 le gala des 9e Marrakech du rire enregistré en juin au Palais El Badi, au cœur de la quatrième ville du Maroc. Jarry s’y produisait pour la première fois et l’expérience fut particulière : il n’est pas anodin, pour un humoriste ouvertement gay, de jouer un sketch dans un pays où l’ homosexualité est illégale.

« Quand j’ai dit que j’y allais, beaucoup de personnes m’ont demandé pourquoi sachant qu’ils enferment les homosexuels [« les actes "licencieux" ou "contre nature" avec un individu du même sexe », tels que le définit le Code pénal marocain, sont passibles de six ans de prison], raconte Jarry à 20 Minutes. Effectivement, c’était un peu spécial pour moi d’aller jouer là-bas, c’était beaucoup d’émotion. J’ai reçu, après mon passage, beaucoup de messages de Marocains de la communauté LGBT me disant "Merci de dire qu’on existe, merci de parler de nous" ».

Ovation debout

L’humoriste a aussi été « ému aux larmes » par l’ovation debout qui a suivi son passage sur scène. « 3.600 personnes se sont levées, personne ne s’y attendait, explique-t-il. J’étais un peu un ovni. Avec Caroline Vigneaux qui parlait de sexe et de sex-toys, on est les deux à être sorti du cadre des sketches sur le ramadan ou les blancs et les noirs. »

Jarry était loin de découvrir le Maroc ce soir-là. « J’ai enseigné pendant plusieurs années là-bas, je connais bien les Marocains. Je les aime énormément et je n’avais pas envie de les choquer pour les choquer. Si j’y étais allé pour ça, je n’aurais rendu service à personne, cela n’aurait fait que nourrir l’homophobie ou les clichés. Il y a certainement des personnes dans le public qui ont été choquées par moments, mais j’ai fait un truc plus soft. C’est comme si je rencontrais ma belle-mère et que je voulais lui plaire », sourit l’humoriste.

« Je suis un homosexuel qui est aussi un papa, qui sait parler arabe »

Et de continuer : « Je pense que les gens ont été surpris par le fait que j’ai beaucoup d’autodérision. J’ai chanté un chant coranique, j’ai parlé de foot et de mes enfants, mais j’ai assumé très clairement le fait d’être homosexuel. Je suis un homosexuel qui est aussi un papa, qui sait parler arabe, donc j’avais envie de leur dire "L’habit ne fait pas le moine". »

Pour Jarry, le passage au Marrakech du rire « est une expérience positive qui confirme que quand c’est drôle, c’est drôle ». Mais il est parfaitement conscient qu’au-delà du rire, « il y a des tonnes de choses à faire pour les homos là-bas : arrêter de les enfermer, de les maltraiter, que les droits humains soient respectés. C’est aussi ça qu’a défendu Jamel Debbouze [l’organisateur de l’événement] depuis le début en m’accueillant. Je pense que c’est en désacralisant, en montrant que les choses sont tout à fait normales, que les gens prendront conscience que c’est tout à fait normal. »