Première messe à Notre-Dame: «Tout le monde voulait voir la célébration, mais aussi l'état de la cathédrale»

INTERVIEW Philippine de Saint-Pierre, directrice de la chaîne KTO, nous détaille le dispositif autour de cette célébration

Propos recueillis par Benjamin Chapon

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L'archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a célébré samedi 15 juin, en comité restreint, la première messe à Notre-Dame depuis l'incendie
L'archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a célébré samedi 15 juin, en comité restreint, la première messe à Notre-Dame depuis l'incendie — KTO

Célébrer « d’abord un lieu de culte » et une cathédrale « bien vivante ». En aube et chasuble beiges, casque de chantier sur la tête, l’archevêque de Paris Mgr Michel Aupetit a célébré samedi, en comité restreint, la première messe à Notre-Dame depuis l’incendie qui a partiellement détruit la cathédrale il y a deux mois.

Dans une cathédrale vide, le prélat a commencé son office à 18h devant une trentaine de personnes, pour moitié des prêtres, réunies dans la chapelle située juste derrière le chœur, la Chapelle de la Vierge. Heureusement pour les fidèles et les curieux, la messe était retransmise en direct sur KTOPhilippine de Saint-Pierre, directrice de la chaîne, explique à 20 Minutes les défis de cette retransmission.

Quel était le dispositif pour la retransmission de cette messe exceptionnelle ?

D’habitude nous avons dix caméras et la régie de la cathédrale, mais tout cela est inutilisable depuis l’incendie, bien sûr. Et il n’y a plus d’électricité dans Notre-Dame. Nous avons donc apporté un dispositif extérieur de cinq caméras robotisées et une caméra mobile. Surtout, les techniciens devaient être protégés à cause des poussières de plomb, avec une combinaison, des gants, des masques… On devait aussi réduire au minimum le nombre de collaborateurs parce que le nombre de places était très limité, et chaque technicien présent privait quelqu’un d’autre.

Vous avez l’habitude de tourner des messes dans Notre-Dame. Mais les plans étaient très différents pour cette célébration.

Absolument, ça n’avait rien à voir. La messe avait lieu dans une chapelle annexe, très petite. Et plus l’espace est contraint, plus c’est compliqué. Mais le vrai enjeu, c’était aussi de filmer la cathédrale. Tout le monde voulait suivre cette célébration, mais aussi constater l’état de la voûte effondrée, le trou béant, les sculptures… Nous devions filmer cela aussi parce que nous étions les premiers à pouvoir le faire depuis l’incendie.

Les messes à Notre-Dame sont-elles très suivies sur votre chaîne ?

Oui, toujours, et dans le monde entier. Avant l’incendie, nous avions une messe quotidienne, en direct, les vêpres, depuis Notre-Dame. C’est notre maison, nous sommes une chaîne née à paris ; Et puis nous avions une messe par semaine le vendredi ou le dimanche soir. C’est un rendez-vous très suivi dans les pays francophones. Les prêtres qui officient à ces messes sont reconnus dans la rue, dans de nombreux pays, grâce à ces retransmissions. Depuis l’incendie, nous avons dû déménager ces retransmissions. Nous sommes accueillis par d’autres communautés mais c’est compliqué de se projeter.

Rien ne peut remplacer Notre-Dame ?

Nous avions nos habitudes ici, c’était confortable. Le plus compliqué est de devoir toujours nous déplacer.

Quel était le sentiment des équipes au moment de retrouver Notre-Dame ?

On est très heureux d’avoir permis au plus grand nombre d’assister à cette célébration importante. C’était émouvant, intense, et je crois que les téléspectateurs l’ont ressenti aussi. Il y avait une frustration à ce qu’il y ait si peu de personnes autorisées à entrer dans la cathédrale…

Y aura-t-il d’autres messes bientôt ?

Je ne sais pas. Nous avons été prévenus de celle-ci il y a quelques jours. Nous serons toujours très heureux de revenir ici, quelles que soient les conditions.