Juliette Katz de «Coucou les girls» dans «Moi, grosse»: «Ce culte du parfait, je le trouvais dangereux»

INTERVIEW Mercredi soir, France 2 diffuse « Moi, grosse », un téléfilm suivi d’un débat sur le thème « Souffrir d’être gros »

Propos recueillis par Claire Barrois

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Juliette Katz, alias la youtubeuse de «Coucou les girls»
Juliette Katz, alias la youtubeuse de «Coucou les girls» — Caroline DUBOIS - BARJAC PRODUCTIONS - FTV
  • Ce mercredi à 21h, France 2 diffuse le téléfilm « Moi, grosse ».
  • Le téléfilm sera suivi d’un débat intitulé « Souffrir d’être gros » animé par Julian Bugier.
  • 20 Minutes a interrogé l’actrice principale, la youtubeuse et instagrameuse de « Coucou les girls », Juliette Katz, sur les similitudes avec son personnage, Raphaëlle.

Tout est dans le titre. Ce mercredi soir, France 2 diffuse le téléfilm « Moi, grosse ». Juliette Katz y subit l’ensemble des discriminations auxquelles sont confrontées les personnes obèses. Et le parcours de Raphaëlle, son personnage qui se lance sur les réseaux sociaux pour promouvoir l’acceptation de soi, nous a fait penser à ses chaînes  YouTube et Instagram Coucou les girls. Nous avons donc demandé à l’actrice de revenir sur son parcours.

Comment êtes-vous arrivée dans le projet du film « Moi, grosse » ?

On m’a appelée en me disant : « On fait un truc sur la grossophobie. » Ils m’ont raconté le pitch. J’avais un peu peur parce qu’il y a pas mal de films sur les grosses où d’un coup elles tombent et elles se trouvent belles, et ça n’a rien à voir avec ce que je voulais faire. Je les ai rencontrés et ça s’est très bien passé, le projet m’a plu.

On a l’impression qu’il y a pas mal de points communs entre votre vie et celle de votre personnage, Raphaëlle. Est-ce vraiment le cas ?

C’est un pur hasard qu’il y ait autant de similitudes. Ce qui nous rassemble, c’est sa chaîne YouTube, sa célébrité par rapport à ce qu’elle fait en ligne, le fait qu’elle soit repérée et qu’elle ne le sache pas. Sinon c’est vrai que les insultes par rapport à mon poids je les ai vécues et je les vis encore. En revanche je n’ai jamais eu de problèmes professionnels par rapport à ça.

Est-ce que vous vous êtes reconnue dans les travers de Raphaëlle quand elle se perd dans le militantisme ?

Je n’ai pas l’impression que mes vidéos soient du militantisme. Dans ma personnalité, dans ma vie, je ne suis pas militante du tout. J’ai des pensées, des croyances, j’essaie juste d’en parler dans mes vidéos. Si j’étais militante, ce serait par rapport à l’estime de soi.

Le film m’a vachement aidée dans ma vie. La discrimination est un poids. Dans ma vie personnelle, je m’intéresse à des choses, j’ai des discussions sur l’humain dans sa globalité. Ça me passionne beaucoup. Je me sens plutôt tranquille, même si je suis parfois en colère.

Pourtant, « Coucou les girls » peut paraître militant…

Je n’ai ni la télé ni la radio. Je regardais les youtubeuses beauté chez moi le soir dans mon lit, sans penser à rien, pour me vider la tête. Et puis je me suis rendu compte que quelque chose me gênait là-dedans, sans savoir quoi. En fait, elles renvoient une image de la femme un peu biaisée. Au départ, il n’y avait que des nanas vachement maquillées, avec un super beau fond, un décor magnifique, qui font des mimiques. Ça me faisait chier.

Au-delà de moi, beaucoup d’adolescentes s’identifiaient à ça. Et ce culte du parfait, je le trouvais dangereux. Au début, j’ai fait la parodie de ça dans « Coucou les girls ». Maintenant ça a un peu dérivé. Ça fait trois ans que je fais ça, avec de plus en plus de sketchs et de parodies d’émissions télé.

Avant j’étais très en colère contre les youtubeuses beauté. Aujourd’hui je ne le suis plus du tout. Ce que j’aime proposer, c’est dire que cette notion d’identification à l’autre est dangereuse. Mais c’est la même chose pour les gens qui s’identifient à moi. Je reçois des centaines de messages par jour de femmes qui me disent que c’est bien que je m’accepte et qu’elles aimeraient être comme moi. J’aime l’autodérision, le grotesque. J’aime aussi que ça dérange un peu parfois. Quand je poste des photos de moi toute nue, il y a des gens, surtout des femmes, qui me disent que c’est une honte.

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Vous publiez aussi un livre. Son message est-il le même que celui des vidéos ?

Il s’intitule T’es bonne bébé, et ça veut dire : « Sois tranquille avec toi, tout va bien. » Je parle beaucoup de ma vie, j’explique comment moi je m’approche un petit peu de l’amour de moi. J’apporte des témoignages de gens connus et pas connus pour être plus honnête avec soi.

Quel est le message du film à côté duquel vous voudriez que les téléspectateurs ne passent pas ?

C’est un film de société, c’est très important pour moi. J’aimerais que ça ouvre un peu les esprits. Que ça questionne des personnes qui se sont fait insulter ou qui insultent. Ce n’est pas du tout un film où on dit : « Soyons obèses et soyons heureux ». C’est sur toutes les discriminations avec Raphaëlle qui est traitée de grosse, Judith de salope… C’est important aussi de faire comprendre que quand on est gros, ce n’est pas juste parce qu’on a la flemme, qu’il y a plein de problèmes médicaux différents qui peuvent conduire à l’obésité. Il faudrait qu’il y ait une prise de conscience.