Quelles conséquences pour les propos climatosceptiques à la télévision?

MEDIAS La séquence d’une militante écolo malmenée sur le plateau de «L’heure des pros» a entraîné plus de 90 signalements au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA)

C.W. et B.C.

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Accusé d'avoir tenu des propos climatosceptiques sur le plateau de «L'heure des pros», Pascal Praud a réfuté ces accusations, dénonçant un «procès en sorcellerie».
Accusé d'avoir tenu des propos climatosceptiques sur le plateau de «L'heure des pros», Pascal Praud a réfuté ces accusations, dénonçant un «procès en sorcellerie». — Xavier Lahache/CNEWS
  • La séquence d’une militante écolo malmenée sur le plateau de « L’heure des pros » a entraîné plus de 90 signalements au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA).
  • Quelles sont les conséquences pour des propos climatosceptiques tenus à la télévision ?

Le climatoscepticisme peut-il être puni à la télé ? Depuis lundi, la séquence d’une militante écolo malmenée sur le plateau de L’heure des pros sur CNEWS, suscite de nombreuses réactions, et a provoqué plus de 90 signalements auprès du  Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Un montage vidéo diffusé sur Twitter a compilé les propos les plus agressifs, parfois sexistes et insultants, dont a été victime Claire Nouvian, militante et cofondatrice de Place publique.

Dans une vidéo diffusée le lendemain de la diffusion de la séquence, la militante a notamment dénoncé le comportement de l’animateur et de ses éditorialistes, estimant être tombée dans un « guet-apens climatosceptique ». Accusé d’avoir lui-même tenu des propos climatosceptiques, ironisant sur le réchauffement climatique, Pascal Praud s’en est défendu mercredi sur le plateau de Touche pas à mon poste, déplorant entre autres « un procès en sorcellerie », rapporte Puremédias.

Toujours est-il que ces propos ont visiblement choqué certains téléspectateurs et/ou internautes (difficile de dire si les signalements au CSA découlent de la séquence télé ou du montage vidéo). Mais seront-ils sanctionnés pour autant ? Et plus globalement, un journaliste peut-il tenir des propos climatosceptiques à la télé ?

Quelles conséquences avec CNEWS ?

Pour Pascal Praud, pas de doute possible, ses propos ne relèvent pas d’un scepticisme envers le réchauffement climatique. « Qui peut considérer que je suis climatosceptique en disant cela ? Je m’amuse, je caricature celui qui le matin dit "ah ben dis donc, le réchauffement climatique… Il fait -3°C !" », a expliqué l’animateur dans TPMP, réfutant totalement les accusations à son encontre. Un point de vue partagé par CNEWS, chaîne sur laquelle est diffusée L’heure des pros. Elle a indiqué à 20 Minutes que « cette émission ne soulevait aucun problème particulier » et invitait les personnes « qui s’offusquaient sur la foi d’un montage » à « regarder l’émission dans son entier ». Selon la chaîne, Pascal Praud n’a absolument pas fait preuve de climatoscepticisme.

Quelles conséquences avec le CSA ?

Pour le Conseil Supérieur Audiovisuel, la question est différente. Car à partir du moment où le CSA reçoit des signalements, le dossier est pris en compte et examiné par un groupe de travail puis une assemblée plénière. Si le conseil estime que l’antenne n’a pas été maîtrisée et contredit la loi, des sanctions peuvent être prises allant de la lettre de rappel à la réglementation à la mise en demeure. A l’heure actuelle, le dossier n’ayant pas encore été instruit, il n’est pas possible de savoir sur quels points la séquence sera examinée (outre le climatoscepticisme, certains ont déploré le caractère sexiste de certains propos).

Quelles conséquences avec la loi ?

Minimisant la gravité des conséquences du réchauffement climatique, le climatoscepticisme pourrait-il être réprimandé par la loi ? Et dans ce sens, un journaliste peut-il être condamné après avoir tenu ce genre de propos ? Pour Florent Desarnauts, avocat spécialisé dans le droit de la presse, non. « Je pense que cela relève de la liberté d’opinion, et le délit d’opinion n’existe pas. Le droit de la presse ne punit que des infractions précises, comme par exemple la diffamation, soit l’atteinte à la réputation d’une personne, l’injure ou encore la contestation de crimes contre l’humanité visant à sanctionner le révisionnisme, explique-t-il. Dire de quelqu’un qu’il est "climatosceptique" ne parait pas être une infraction. Les infractions sont strictement définies par la loi. Ici, à ce jour en tout cas, cela ne me paraît pas sanctionnable au titre de la loi sur la presse. »