Marc-Olivier Fogiel: De RTL à BFMTV, itinéraire d'un «pitbull» apaisé

MEDIAS Retour sur la carrière de Marc-Olivier Fogiel, qui s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre professionnel en tant que futur directeur général de BFMTV

Fabien Randanne, avec Claire Barrois

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Marc-Olivier Fogiel sur le plateau du «Divan».
Marc-Olivier Fogiel sur le plateau du «Divan». — Dominique Jacovides / Bestimage
  • Mercredi matin, la nomination de Marc-Olivier Fogiel au poste de directeur général de BFMTV a été officialisée. Il prendra ses fonctions en juillet.
  • Depuis le début de sa carrière dans les médias, au milieu des années 1980, Marc-Olivier Fogiel a occupé des fonctions variées.
  • Parfois décrit comme un « pitbull » pour sa tendance à ne pas ménager les personnalités qu’il interviewait, le journaliste a depuis mis de l’eau dans son vin.

De standardiste à RTL au poste de directeur général de BFMTV qu’il occupera dès le mois de juillet, Marc-Olivier Fogiel est passé par (presque) toutes les strates des organigrammes médiatiques en un peu plus de trente ans de carrière. A la télé ou à la radio, celui qui fêtera ses 50 ans cet été aura été chroniqueur, intervieweur, animateur, producteur et même commentateur de l’Eurovision.

Place maintenant à son « troisième chapitre professionnel », comme il l’a tweeté ce mercredi, dans la foulée de l’officialisation de sa future nouvelle fonction au sommet de la chaîne info. « En tournant la page de l’antenne, je serai à 100 % aux côtés des équipes », promet-il dans un communiqué de BFM TV.

« On va surtout observer avant de juger »

« On espère qu’il va apporter une nouvelle dynamique avec de la créativité, un regard neuf et extérieur, glisse à 20 Minutes un membre de la rédaction de BFMTV. On va surtout observer avant de juger. On est tellement déçus après l’espoir Pigalle [Céline Pigalle est la directrice de la rédaction depuis 2016] qu’on est peut-être un peu plus froids face à cette nomination. »

Marc-Olivier Fogiel devra imposer sa patte sur une antenne régulièrement accusée de tous les maux, revers de la médaille de son statut de « première chaîne info de France ». Mais cette nomination apparaît surtout comme un nouveau jalon, presque évident, d’un parcours professionnel sans temps mort, effectué pas à pas, parfois avec un pas de côté.

Marc-Olivier Fogiel a un profil de « besogneux », comme il se définissait il y a dix ans dans les colonnes du JDD. Au milieu des années 1980, il fait de RTL sa seconde maison. « J’ai eu la chance d’avoir un papa chirurgien-dentiste qui soignait des journalistes de la station. Gamin, j’assistais à la matinale avant d’aller au lycée et je revenais le soir après les cours. A 18 ans, en faculté, de 3h à 9 h, j’y distribuais les dépêches », a-t-il raconté à TV Magazine en 2017. C’est à RTL qu’il rencontre Patrick Sabatier. L’animateur l’embauche comme assistant de production pour ses Avis de recherche sur TF1, puis pour Tous à la une. Le jeune Fogiel doit alors imaginer les surprises réservées aux stars invitées.

Fâché avec Thierry Ardisson

En 1992, il passe sur Canal+ et devient l’assistant de Michel Denisot pour Télés Dimanches, l’émission sur les médias. C’est dans ce contexte qu’il fera sa première télé, assurant bientôt chaque semaine une chronique sur l’actu du petit écran. Quatre ans plus tard, il décroche une émission pour lui tout seul, TV +, puis Un an de +.

Son ascension s’accélère au tournant de l’an 2000. Après avoir cofondé Paf Productions, il part pour France 3 qui lui confie un talk-show, On ne peut pas plaire à tout le monde, diffusé en direct les vendredis en deuxième partie de soirée. Il se fait alors un grand ennemi :  Thierry Ardisson.

L’homme en noir, qui cartonne alors avec Tout le monde en parle les samedis soir, voit d’un mauvais œil cette concurrence. « Je ne me suis pas fâché pour rien ! Marc Teyssier, patron de France Télévisions à l’époque, l’a programmé la veille de mon émission, ce qui faisait que, moi, j’interviewais des gens le jeudi [Tout le monde en parle était enregistré ce jour-là] pour une diffusion le samedi. C’était tapé, parce que Fogiel les avait sur son plateau le vendredi, explique Thierry Ardisson à 20 Minutes. Personnellement, de la part de M6 ou TF1, j’aurais trouvé ça de bonne guerre, mais que ce soit une chaîne du même groupe, France 3, qui programme Fogiel la veille de mon émission, j’ai trouvé ça insupportable. J’ai failli partir. Marc Teyssier m’a retenu de justesse. »

« Pitbull du PAF »

Dans le même temps, celui qui est surnommé « Marc-O », est salué autant que critiqué pour sa tendance à prendre les invités à rebrousse-poil. Les Guignols de l’info le caricaturent flanqué de la hyène Zaza et les médias le qualifient de « roquet » ou de « pitbull du PAF ».

« Cette image m’allait plutôt bien puisqu’elle m’a permis d’être rapidement identifié. Oui, j’avais un style très direct. Trop parfois. Avec les années, j’ai ajouté d’autres cordes à mon arc, a-t-il avancé à TV Magazine. A bientôt 50 ans, je ne suis ni pitbull ni caniche, mais un être humain qui s’est densifié, plus complet dans sa manière de demander des comptes sans complaisance, mais en même temps je fais attention à rester doux et sympathique. »

« Se recentrer sur l’essentiel »

L’un des tournants dans sa manière d’aborder les choses remonte assurément au 26 décembre 2004. Un tsunami fait plus de 250.000 morts en Asie du Sud-Est. Marc-Olivier Fogiel fait partie des survivants. « J’ai appris qu’il fallait se recentrer sur l’essentiel, si je peux résumer, a-t-il confié cet automne dans Thé ou Café sur France 2. C’est impossible pour moi de parler de ce que j’ai vu là-bas. »

Quelques mois plus tôt, sur RTL, il évoquait son « espèce de culpabilité du rescapé ». « Aller faire le zozo à la télévision, pour moi, c’était devenu impossible », ajoutait-il. En 2008, il décide de se mettre à l’écart du petit écran et il n’y reviendra qu’en 2015 pour présenter occasionnellement sur France 3 Le Divan… Entre-temps, il s’est concentré sur la radio, officiant sur Europe 1 puis, sur RTL, en soirée depuis 2012.

Côté vie privée, Marc-Olivier Fogiel a épousé le photographe François Roelants, fin 2013. Ils ont eu recours à la GPA (gestation pour autrui) et sont les papas de deux filles, Mila, 8 ans, et Lily, 6 ans.

S’il partage de temps en temps quelques instantanés de ce bonheur familial sur les réseaux sociaux, il a publiquement témoigné de son expérience cet automne pour promouvoir Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? (Grasset), un livre de témoignages de parents ayant eu recours à des mères porteuses.

« Sa réputation de bosseur n’est pas usurpée »

« J’ai la chance d’avoir la confiance de mes patrons. Je l’ai fait avec leur accord. Il n’y a pas de prise de position dans le livre, assurait-il au Parisien en octobre. Mon rôle de journaliste est de recueillir l’avis des uns et des autres. Je fais confiance à l’intelligence des auditeurs. Ils savent que je fais mon métier honnêtement. »

« Ce qui est certain c’est que sa réputation de bosseur n’est pas usurpée, assure à 20 Minutes, Céline Landreau, qui présente le journal de 19h sur RTL. C’est quelqu’un qui est profondément passionné par l’actualité et qui ne ménage jamais ses efforts pour décrocher le bon invité au bon moment, quitte à tout réécrire au dernier moment. Son sens de l’info et sa capacité d’impulsion vont nous manquer. Il reste très ouvert à la discussion et est capable d’écouter ceux qui ne sont pas d’accord avec lui. Exigeant, il a su faire progresser beaucoup de journalistes – J’en fais partie, j’ai beaucoup appris avec lui. » De bon augure pour la rédaction de BFMTV ?