«Grandeur nature» des Bodin's sur M6: «Nos personnages sont des ambassadeurs de la ruralité»

INTERVIEW Alors que M6 retransmet en direct ce jeudi soir le spectacle « Grandeur nature » des Bodin’s, Vincent Dubois, le comédien qui incarne Maria Bodin, explique ce que cela signifie pour lui

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Au premier plan Maria Bodin (Vincent Dubois) et son fils Christian (Jean-Christian Fraiscinet).
Au premier plan Maria Bodin (Vincent Dubois) et son fils Christian (Jean-Christian Fraiscinet). — VJoncheray
  • M6 diffuse ce jeudi, dès 21h, une représentation de «Grandeur nature», le dernier spectacle en date des Bodin's.
  • Les personnages de Maria et Jean-Christophe Bodin ont gagné en popularité au fil des ans, en rencontrant d'abord le succès en régions.
  • «Notre aventure, c'est l'antithèse de la "Star Ac' et c'est très bien comme ça parce que je pense que dans cette profession, si on arrive trop vite, on est en danger», confie Vincent Dubois, l'interprète de Maria, à «20 Minutes».

L'humour est dans le pré de M6. La chaîne retransmet ce jeudi en direct, dès 21h,  le spectacle Grandeur nature des Bodin's. Maria, 87 ans, et son fils unique, Christian, un vieux garçon en passe de se transformer en jeune marié vivront diverses péripéties dans la cour de leur ferme, entourés de plusieurs autres personnages. Alors que plus de 400 représentations du show ont été données dans les plus grandes salles françaises ces dernières années, c'est un nouveau public qui s'ouvrira à ces humoristes. Une perspective qu'évoque VIncent Dubois, l'interprète de Maria Bodin, à 20 Minutes.
 

Jouer un spectacle retransmis en direct, en prime-time sur M6, c'est une consécration ? Une nouvelle étape dans une carrière ?

C'est une très belle récompense pour notre travail. Jean-Christian [Fraiscinet, l'interprète de Christian Bodin] et moi avons aussi conscience que ça peut être une nouvelle étape, car on sait que c'est une chaîne majeure et qu'il y aura certainement beaucoup de monde devant. C'est une super exposition ! Ce qui nous arrive est très curieux car, avec la tournée des Zénith de Grandeur nature, on a déjà réuni 1.2 million de spectateurs, mais on s'aperçoit qu'il y a encore énormément de gens qui ne nous connaissent pas. A chaque fois qu'on se produit en salle, des spectateurs viennent nous voir en nous expliquant qu'ils ne savaient pas qui nous étions et qu'ils sont là parce qu'ils accompagnent des amis. Certains nous ont vus dans des sketchs à la télé, chez Patrick Sébastien ou Michel Drucker, mais ne s'imaginaient pas qu'on pouvait faire ce que l'on fait sur scène, avec ce spectacle qui nécessite dix semi-remorques, comporte des effets spéciaux... 

Lorsque, il y a dix ans, vous jouyiez votre spectacle dans un corps de ferme en Indre-et-Loire, vous auriez imaginé en arriver là aujourd'hui ?

C'est sûr que non ! C'est très bien que le succès ne soit pas arrivé d'un coup parce qu'il nous semble que c'est en prenant le temps d'apprendre notre métier qu'on en vient à le faire de mieux en mieux. On a eu le temps de s'améliorer. Aujourd'hui, on a quelque chose de bien à livrer au public. Nous sommes heureux et sereins, et c'est très bien que cela nous arrive maintenant.

Votre carrière a d'abord décollé en province alors que, plus généralement, les artistes cherchent en priorité à obtenir une reconnaissance à Paris avant de tourner en région. C'est un choix délibéré de votre part de ne pas «monter à la capitale» pour vous lancer ?

Ce n'est pas une volonté complète de notre part. On ne s'est pas dit qu'on allait squeezer Paris, mais en fin de compte, ça nous ressemble beaucoup car on estime que l'ultime juge de notre métier est le public. On a convaincu le public en province avant et, ensuite, on est arrivé sur Paris. Au début, Jean-Pierre Bigard, le directeur du Palais des glaces et de la Comédie de Paris, nous a fait entrer dans les cafés-théâtre. On a enchaîné avec Caumartin, L'Olympia... On estime qu'il faut du temps pour faire bien ce métier là. Notre aventure, c'est l'antithèse de la Star Ac' et c'est très bien comme ça parce que je pense que dans cette profession, si on arrive trop vite, on est en danger. On ne peut que remercier le ciel de nous en avoir préservé. 

A l'issue de chaque représentation, vous prenez le temps de rencontrer votre public. Que vous dit-il ?

Ce qu'on entend le plus souvent, c'est : «Merci», donc ça nous touche. On nous dit aussi : «Surtout, n'arrêtez pas, on a besoin de vous, on a besoin de rire». C'est vrai que les gens, sont de plus en plus soumis à des stress dus à l'actualité pas toujours réjouissante, et nous, avec les personnages des Bodin's, on décode cette actualité à la façon des brèves de comptoir, avec le bon sens des petites gens de la terre qui ont gardé leur authenticité. Et ça, ça parle au public. Maria Bodin, c'est un peu une ambassadrice de la campagne, de ceux qui pensent plein de choses mais n'ont pas l'occasion de le dire tout haut.

Vous êtes les porte-voix des habitants de la campagne, parfois «oubliés» par les médias ?

Nos personnages sont des ambassadeurs de la ruralité, c'est vrai. En même temps, on a compris assez vite que nos personnages seraient plus efficaces si on les confrontait à la modernité. Maria Bodin, ce n'est pas qu'une paysanne... Dans notre public, il y a des enfants qui adorent la relation mère-fils, des ados qui aiment bien son côté rock'n'roll et des personnes plus âgées qui retrouvent en elle une espèce d'espérance qui leur dit que ce n'est pas parce qu'on vieillit que l'on est mort. C'est pour cela que les gens viennent : on les fait rire, on les touche et on a fait en sorte de garder une intégrité en étant dans la vie ce que l'on pêche sur scène. 

Par rapport aux autres comédiens et humoristes, vous êtes des électrons libres ?

J'espère qu'on est des électrons libres, j'espère qu'on est à part. C'est bien, la singularité, quand on fait de la scène. Mais on a aussi beaucoup de relations avec nos collègues. Au tout début, il y a 20 ou 25 ans, nous nous produisions dans des petits festivals où l'on croisait des gens comme Dany Boon, Lauren Gerra ou Gad Elmaleh. Ils se sont lancés en même temps que nous, sont sortis avant nous et ont fait des carrières magnifiques. On a mis un peu plus de temps, mais maintenant, ces artistes-là saluent notre audace et notre parcours qui, il est vrai, ne ressemble pas à celui de tout le monde mais nous convient. 

Une tournée des Zénith, une représentation en direct sur M6... Quel est votre prochain défi ?

On y travaille déjà : nous sommes en train d'écrire un troisième long-métrage [Mariage chez les Bodin's est sorti en 2008 et Amélie au pays des Bodin's en 2010] qui sortira, si tout se passe bien, fin 2020. Là, le film est plus ambitieux, avec davantage de moyens. Ce sera une espèce de road movie incroyable au cours duquel les Bodin's se retrouveront dans des situations à la James Bond. C'est un gros défi mais on y croit fort.