«Koh-Lanta: La guerre des chefs»: «Quand j’ai décroché le téléphone, j’y suis allé avec mon cœur», explique Cyril

INTERVIEW La séquence des coups de fil des rouges à leurs proches dans le cinquième épisode de «Koh-Lanta» était émouvante, mais celui de Cyril avait un poids symbolique plus important

Propos recueillis par Claire Barrois

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Cyril, 37 ans, partage son quotidien avec son petit-ami dans «Koh-Lanta».
Cyril, 37 ans, partage son quotidien avec son petit-ami dans «Koh-Lanta». — PHILIPPE LE ROUX/ALP/TF1
  • Cette semaine dans «Koh-Lanta», les rouges ont gagné un appel de cinq minutes à leurs proches au jeu de confort.
  • Cyril a appelé Thomas, son compagnon.
  • Cet appel émouvant avait aussi une portée qui dépassait le couple.

Il semble toujours positif, prêt à filer un coup de main aux autres aventuriers, loyal dans ses alliances, efficace sur les épreuves… Cyril est l’un des aventuriers qui se détachent dans cette nouvelle saison de Koh-Lanta. Dans le quatrième épisode diffusé ce vendredi, il a profité des cinq minutes d’appel gagnées en jeu de confort par les rouges pour appeler Thomas, son compagnon. Une séquence pleine de naturel et d’émotions, trop rare à la télévision…

Dans votre portrait, on découvre votre compagnon Thomas. La séquence est a priori banale, mais pourtant les couples homosexuels sont rares dans « Koh-Lanta », vous n’êtes que le deuxième après Alexis. Avez-vous l’impression que montrer votre couple fait avancer les choses ?

Je le ressens avec tous les messages que je peux recevoir. Je n’en avais pas conscience avant de venir à Koh-Lanta, c’est ma normalité, ma vie. Ça touche beaucoup de gens, des jeunes qui se posent des questions. On peut être heureux, avoir une vie banale, en étant homosexuel.

En participant à « Koh-Lanta », vous avez fait votre coming out à des millions de Français. Vous aviez conscience de ça avant de participer à l’émission ?

Je n’ai pas besoin ni envie de faire mon coming out. Quand on est gay on est obligé de le faire en permanence. Peut-être que si je n’avais pas été en couple, je n’aurais pas eu besoin de parler de ma sexualité dans Koh-Lanta, parce que ce n’est pas ce qui me définit. Mais j’avais conscience que ce serait important de le faire, ça ne m’a pas posé de souci. J’ai toujours pris ma sexualité de manière très naturelle et simple, je n’ai jamais eu de problème à m’accepter ni à me faire accepter. On n’en est pas à ce point-là partout ni dans le quotidien forcément, parce que je reçois quand même des messages haineux, mais je m’y attendais. Je ne veux pas être un porte-étendard, mais si je peux faire avancer les choses, je le fais, c’est important.

« J’aimerais qu’un jour il y ait des gays, des trans, etc. dans « Koh-Lanta » et qu’on ne fasse pas de focus là-dessus, qu’on n’y prête pas spécialement attention. »

Sur le camp, vous définissez votre alliance comme improbable en disant que vous êtes « la vieille, le boulet, l’homo et le minet ». Pourtant on voit que vous êtes très sportif et que vous vous rapprochez de la force physique nécessaire aux hommes dans « Koh-Lanta ». Ou vous situez-vous par rapport à ce côté « bonhomme » ?

J’appréhendais la virilité exacerbée, je n’aime pas les combats de coqs. Les premiers temps, j’ai ressenti une baisse de confiance en moi par rapport aux autres qui semblaient très sportifs. Petit à petit, je me suis rendu compte que j’avais ma place dans le groupe, j’ai regagné en confiance. Et l’appel à Thomas a renforcé cette confiance. C’était pile ce dont j’avais besoin à ce moment-là.

Cette semaine, vous appelez votre compagnon, et c’est peut-être la première fois en France qu’on entre dans l’intimité d’un couple gay sans clichés ni fausse pudeur. Aviez-vous réfléchi à ça avant de le faire ?

Très honnêtement, ces premières semaines de jeu étaient très difficiles moralement et je n’avais que Thomas, qui me manquait, en tête. J’avais envie d’être rassuré. On mangeait correctement, la nourriture n’était pas spécialement une préoccupation, donc j’avais besoin de quelque chose de plus intime et cérébral. Quand j’ai décroché le téléphone, j’y suis allé avec mon cœur et spontanément. Je n’ai pas du tout réfléchi.

Pour moi c’était naturel d’appeler mon copain. Ça fait plus de deux ans qu’on vit ensemble. Evidemment, j’étais aussi fier de pouvoir montrer mon amour, de montrer que mon couple est quelque chose de fort, que c’est une belle histoire. C’est quelque chose de fort, d’intime.

« J’étais fier de montrer que mon amour vaut celui de tout le monde. »

Dans l’épisode de la semaine dernière, vous décoriez et aménagiez le campement. Certains ont trouvé ça cliché sur les réseaux sociaux. C’est cliché pour vous ?

J’ai vu les commentaires sur le cliché du gay. Mais en fait c’est mon métier, je crée des produits pour des marques de déco. En plus, c’est anecdotique parce que j’ai fait une table et des étagères, qui étaient utiles. On a beaucoup de temps quand on ne fait pas de conseil. Je voulais bien l’utiliser. Et je trouvais que c’était important pour l’ambiance du camp. Un hétéro qui fait du foot, c’est cliché aussi, et personne ne s’en émeut. Des clichés, il y en a partout et il n’y a pas de mal à être un cliché. Les gays excentriques et les gays moroses, tout le monde a le droit d’exister.

Votre club de water-polo a inspiré le film « Les crevettes pailletées » qui sort le 8 mai. Vous reconnaissez-vous dedans ?

J’ai participé en partie au projet parce que le réalisateur fait partie de mon club de water-polo. Du coup je fais de la figuration dans le film et j’ai réalisé les maillots de bain, les bonnets de water-polo, comme ceux du club dans la vie.

Je l’ai vu au festival de l’Alpe d’Huez, où il a reçu un prix spécial du jury. C’est hyper positif, c’est drôle. Ça donne une tranche de vie, de positif, d’acceptation de la différence, de toutes les différences. C’est très divers sur l’homosexualité, les clichés et toutes les diversités des gens. Mais c’est une bonne bouffée d’air frais dans ce monde sclérosé.