«C'est mon choix» de retour sur YouTube: «C'est la démonstration qu'on peut attirer les jeunes différemment»

MEDIAS Aliette de Villeneuve, responsable du Pôle contenus et marketing des programmes chez NPA Conseil, analyse la stratégie de Lagardère Studios

Propos recueillis par F.R.

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Evelyne Thomas en 2001 sur le plateau de «C'est mon choix».
Evelyne Thomas en 2001 sur le plateau de «C'est mon choix». — Charlotte SCHOUSBOE - France 3

C’est mon choix va revenir… sur YouTube. Si, depuis deux ans, Chérie 25 se contente de rediffuser d’anciens numéros de l’émission de témoignages qu'elle a relancée en 2015, Lagardère Studios a annoncé mardi que dix inédits, présentés par Evelyne Thomas, seront mis en ligne à partir du mois de mai, au rythme d’un toutes les deux semaines. Ce n’est pas un hasard car, la chaîne dédiée au programme, lancée il y a trois ans, compte plus d’un million d’abonnés et atteint des sommets en nombres de vues. « J’ai dix ans et je suis un tombeur » a ainsi été regardé 11 millions de fois depuis 2016… Les femmes et les 15-34 seraient particulièrement friands de ces vidéos. Que faut-il penser de cette stratégie sans véritable précédent dans le paysage audiovisuel français ? 20 Minutes a demandé un éclairage à Aliette de Villeneuve, responsable du Pôle contenus et marketing des programmes chez NPA Conseil.

Faire revenir « C’est mon choix » sur YouTube vous semble-t-il être une stratégie risquée ? Audacieuse ?

Je dirais plutôt intéressante. Je me demande comment ces inédits seront mis en avant, valorisés. Est-ce qu’ils ne vont pas être noyés au milieu des nombreuses autres vidéos de la chaîne C’est mon choix ? On sait que, sur YouTube, on pioche des vidéos à droite à gauche, est-ce que la notion d’inédits sur ce type de contenus sera vraiment une plus value pour le compte ? C’est une vraie question. Je ne pense pas que ce soit un risque car, a priori, ces vidéos devraient très bien marcher. Il y a peut-être un effet d’annonce pour redonner un peu de vigueur au programme puisque sur Chérie 25, on n’en entend plus parler. Cela donne un peu de croustillant aux journalistes pour qu’ils parlent du programme.

Sur le plan économique, même si les vidéos sont monétisées, n’y a-t-il pas un risque de produire à perte ?

Il faudrait faire le calcul car certaines vidéos atteignent des scores impressionnants. Je ne pense pas que ce soit à perte pour eux. S’ils doublent le nombre de vues sur la vidéo, ça peut être un calcul intéressant.

Cette stratégie est le reflet de l’évolution des usages du public ?

Bien sûr. Pour une grande partie du public jeune, YouTube, c’est la nouvelle télévision. Pour certains, c’est le premier moteur de recherche de contenus. La moyenne d’âge du public de Chérie 25 est assez élevée, on ne peut pas dire que la chaîne attire les plus jeunes. Cette émission, c’est la démonstration qu’on peut attirer les jeunes différemment. Son contenu, qui peut être assez trash, a un potentiel de buzz.

L’idée n’est-elle pas aussi d’amener le public plus âgé à venir regarder ces inédits sur Internet ?

Non, je ne pense pas que ce soit l’objectif. L’émission marche très bien sur YouTube grâce aux plus jeunes. Evidemment, plus il y a un public large, mieux c’est. On n’a pas de détails sur la structure du public de C’est mon choix sur YouTube, on ne peut donc pas faire une analyse aussi fine qu’en télévision. C’est une simple déduction selon les usages : YouTube est prisé des jeunes, si l’émission cartonne sur cette plateforme on peut penser que c’est parce que les jeunes regardent.

YouTube pourrait-il devenir un plan B pour une émission vieillissante ou qui peine à trouver son public à la télévision ?

Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée. Il ne faut pas que tout ce que l’on ne veut pas mettre à la télévision soit mis sur le numérique, que ce soit sur YouTube, les réseaux sociaux ou les plateformes des chaînes. Cela ne doit pas être le second choix des producteurs et diffuseurs. Au contraire, la tendance pousse à mettre en avant ce qui est disponible sur le numérique. YouTube est un cas un peu à part mais, en règle générale, il s’agit de valoriser des programmes inédits sur ces plateformes de la même manière qu’on le ferait en télévision. Basculer sur le numérique, c’est toujours un risque d’image. Il faut garder en tête que même si les coûts sont moins importants, la qualité doit rester la même.