«Une île»: Une série sur les sirènes et l'écologie qui, contrairement aux apparences, donne envie

FANTASTIQUE «20 Minutes» a assisté à quelques heures de tournage de la future série d'Arte, «Une île», en Corse

Claire Barrois

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Noée Abita (à gauche) et Laëtitia Casta, dans «Une île»
Noée Abita (à gauche) et Laëtitia Casta, dans «Une île» — Angela Rossi
  • Mi-novembre, 20 Minutes a assisté au tournage d'Une île.
  • Cette série sur les sirènes joue subtilement avec les codes du fantastique.
  • On pourra la retrouver sur Arte dans les prochains mois.

« Au départ, l’idée de la sirène ne m’emballait pas du tout, soutient Laëtitia Casta. Mais la série n’est pas caricaturale et le propos est moderne. » Voilà comment l’actrice de 40 ans s’est retrouvée à tourner dans la série Une île, dont nous avons assisté aux derniers jours de tournage, en novembre, en Corse. Et, comme Laëtitia Casta, nous nous sommes laissé convaincre par l’univers un peu spécial de cette série pleine de promesses, bientôt diffusée sur Arte et présentée en avant-première au prochain festival Séries Mania.

Le tournage d'«Une île», dans le village de Centuri, en Corse.
Le tournage d'«Une île», dans le village de Centuri, en Corse. - C. Barrois / 20 Minutes

C’était à la mi-novembre, sous un beau soleil, quelques jours après que la Corse avait essuyé la tempête Adrian, que nous avons rejoint Centuri, au nord-ouest du Cap corse. Cette tempête avait marqué l’équipe de tournage, essentiellement venue du continent. D’autant plus qu’elle aurait pu faire partie du scénario, dont le décor est « une île en Méditerranée frappée par une pénurie de pêche. Effet du réchauffement climatique ? Une série de morts suspectes, concomitantes avec l’arrivée de Théa (Laëtitia Casta), une belle et étrange inconnue secourue en mer, bouleverse la vie d’une jeune femme, Chloé (Noée Abita). »

« Son animalité m’a intéressée »

« La série porte un discours écologique très profond, très actuel, sur ce qui se passe avec la nature et nous-même, apprécie Laëtitia Casta. La nature qui se rebelle et fait des ravages, c’est un message intéressant à faire passer. Quant à mon personnage, son animalité m’a intéressée. L’intuition féminine, la colère de la justice, le transfert avec la nature aussi… » Mais pas de caricature dans l’incarnation de la sirène au programme, ni dans le discours écologique.

« Il a fallu réfléchir à comment ne pas se planter pour faire du genre, revisiter le mythe de la sirène, explique le réalisateur, Julien Trousselier. Elle n’a pas d’écailles, pas de nageoires, pas de pouvoir surnaturel. Juste celui de séduire, car c’est le fatum d’une sirène, ce besoin de séduire les hommes, un peu comme une junkie. » Pour montrer son aspect non humain, Laëtitia Casta a donc insisté auprès de la production pour travailler son personnage avec la chorégraphe Blanca Li.

« Il me fallait un entraînement physique, une respiration de poisson, tout en rondeur, explique la comédienne. On a cherché des mouvements qui évoquent le serpent, l’orage, la prédatrice. On a travaillé les scènes ensemble. » Et de montrer comment Théa se meut en prenant un verre en faisant une arabesque avec son bras. Pendant le tournage, sa démarche et ses regards semblent effectivement plus animaux qu’humains.

« Le scénario est étrange, rare, risqué, bizarre »

Pendant la scène tournée ce soir-là, Sergi Lopez est à deux doigts d’attraper la sirène, avant que celle-ci ne s’échappe en glissant dans l’eau, comme un poisson. Et la chose n’est pas évidente car en novembre, même en Corse, la nuit est froide. Laëtitia Casta se traîne sur le sol, les cheveux humides, dans le froid, avec quelques protections sur les genoux pour éviter d’abîmer son corps (son autre métier étant mannequin, elle ne peut pas trop se permettre d’avoir les jambes pleines d’égratignures).

Le tournage, de nuit, dans le port de Centuri.
Le tournage, de nuit, dans le port de Centuri. - C. Barrois / 20 Minutes

Entre deux prises, on discute avec Sergi Lopez, enthousiasmé par le projet : « Le scénario est étrange, rare, risqué, bizarre… C’est difficile de mettre une étiquette dessus. Je joue un flic un peu particulier. Il n’a pas d’uniforme, il est envoyé par le continent, il traque le personnage de Laëtitia Casta depuis des années. Il est obsédé par elle. » Les prises se succèdent et l’équipe, qui a commencé à travailler dans l’après-midi, continue bien après l’heure de fin prévue. La mise en scène est compliquée parce que le village est étroit. Il fait froid et tous les acteurs sont en tenue légère (la scène se passe en été), mais tous sont très concentrés et impliqués dans le projet.

Régulièrement, il faut couper pour remettre un coup de machine à fumée, pour créer un brouillard constant sur le port. « Le fantastique s’invite dans les scènes du quotidien, explique Julien Trousselier. Il fallait construire un univers très très fort pour cette histoire, pour que ça ne fasse pas faux. D’autant plus que j’ai un casting de dingue. A la base, j’étais graphiste et photographe donc j’ai une approche très picturale, graphique des séquences. » Résultat, on se laisse embarquer dans ce monde qui ressemble au nôtre, séduit par les sirènes Laëtitia Casta et Noée Abita.