Marlène Schiappa dans «Balance ton post»: «Je la sens sincère, sans mépris», explique Cyril Hanouna

INTERVIEW Cyril Hanouna s’est expliqué à « 20 Minutes » concernant l’émission spéciale de « Balance ton post » consacrée au grand débat national, avec Marlène Schiappa en coanimatrice…

Benjamin Chapon

— 

Cyril Hanouna présente Balance ton post, sur C8
Cyril Hanouna présente Balance ton post, sur C8 — C8

Vendredi soir, vers 22h10, sur C8, prendra fin une improbable séquence politico-médiatique qui a convoqué Galilée et Le journal du hard. Marlène Schiappa « coanimera » Balance ton post avec Cyril Hanouna dans une émission spéciale pensée comme une émanation télé du grand débat national. Soit trois heures de direct où la secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes fera face à une quarantaine de « représentants des Français » pour aborder différentes problématiques.

Habituée des médias, Marlène Schiappa a affronté de nombreuses critiques a priori sur sa participation à l’émission du sulfureux animateur. Egalement habitué aux polémiques en tout genre, Cyril Hanouna défend le concept de cette émission qui brouille les genres.

Aviez-vous anticipé les critiques sur cette émission ?

Il y a des critiques parce qu’il y a une confusion. Les gens pensent qu’elle va venir dans Touche pas à mon poste. Ils n’ont rien compris… Elle vient dans Balance ton post, qui a toujours été une émission de débat. Les réactions sont à côté de la plaque à cause de ça. Marlène Schiappa est déjà venue à TPMP pour parler de télé, mais sur un débat comme ça, TPMP ne convient pas.

Il y a beaucoup d’interrogations sur le principe de coanimation…

C’est très clair dans ma tête. C’est moi qui vais animer, bien sûr. Mais le terme « coanimation », c’est pour montrer qu’elle n’est pas une invitée. On n’est pas là pour lui poser des questions mais pour lui proposer des idées. L’objectif est qu’un représentant de l’exécutif, du gouvernement, reparte de l’émission avec les idées des Français. Sur les réseaux sociaux, sur le plateau, avec les invités, pendant trois heures, des idées vont émerger. Et elle sera là pour donner de l’information. Elle pourra relancer, dire ce qui est envisageable ou pas. On va gagner du temps.

Pourquoi vous êtes vous senti investi sur ce sujet-là ?

Je suis un médiateur. Avant les « gilets jaunes », il y a souvent eu des gens qui sont venus taper à la porte du studio pour me demander un espace pour s’exprimer. Les « gilets jaunes », je leur ai donné la parole dès le début du mouvement. C’était une obligation pour moi, j’ai vu la détresse dans leurs yeux et je ne pouvais pas refuser. Et surtout je ne pouvais pas en rester là, bien au chaud dans mon studio à me marrer et eux dans la merde dehors.

Il y a toujours eu des personnes défavorisées. Pourquoi avoir ouvert votre plateau, spécifiquement, aux « gilets jaunes » ?

Il y a un mal-être. A mon niveau je l’ai senti quand des gens sont venus me voir pour me dire « Cyril, tu es notre bol d’oxygène, et tu es notre seul loisir, parce qu’aujourd’hui on ne peut rien faire d’autre. » C’est terrible ça quand même. Je voudrais que les gens puissent vivre plutôt que survivre. C’est pour cela que j’ai lancé le projet de banque du cœur, aussi, pour donner un coup de pouce, pour que les gens qui en ont besoin puissent repartir de l’avant. Le projet avance bien et on espère le mettre concrètement en place vite.

Est-ce que la télé - avec ses codes, son rythme - est le bon endroit pour faire un débat constructif sur des problématiques parfois complexes ?

Je comprends tout à fait cette question, on se l’est posé. BTP est une émission très rythmée mais c’est une émission de débat, où l’on traite de sujets graves, et très chauds. Sur cette émission-là, je veux que la télé serve de témoin direct. C’est pour ça que ce sera en direct, sans montage, sans connivence entre Marlène Schiappa et moi. Si on avait fait ça sans caméra, il n’y aurait pas eu de témoin et il n’en serait rien resté. Moi je veux que les gens puissent, ensuite, demander des comptes sur des propositions qui auront été formulées.

Mais à la télévision, seuls ceux qui savent bien s’exprimer ont une parole qui porte. Comment ferez-vous pour les invités intimidés ou qui, par exemple, gèrent mal leur colère ?

Les éditorialistes qui seront là, et moi, on pourra les aider. L’important, c’est d’avoir des gens qui parlent vrai. La difficulté ça sera d’arriver à formuler des propositions concrètes qui peuvent aider le plus de gens possible, de sortir des cas particuliers de chacun. Ça sera le travail de Marlène Schiappa.

Pourquoi est-ce elle qui fait cette émission ?

Parce que c’est la première à s’être exprimée devant des « gilets jaunes » avec François de Rugy. Peut-être que je me trompe mais j’ai trouvé qu’elle n’avait aucun mépris. Quand elle m’a appelé pour me proposer cette émission, elle m’a semblé sincère.

C‘est un joli coup pour elle…

Pas sûr…. Elle prend un énorme risque au contraire, elle va être seule face à tous. Il va y avoir beaucoup de monde en studio contre elle. Il faut qu’elle soit elle-même, qu’elle soit franche et sincère.

Pensez-vous que la présence de politiques dans des émissions de divertissement abîme l’image des politiques ou, au contraire, les rapproche des Français ?

Je ne sais pas. Il faudra voir avec le temps. Peut-être. Mais un politique comme Mounir Majhoubi, qui est venu à BTP, et pas TPMP, a dit qu’il y avait eu un avant et un après. Mais je ne fais pas une émission politique, j’invite tout le monde.

Même l’extrême-droite ?

Je n’ai jamais jugé qui que ce soit sur son choix de vote. L’extrême droite, ce ne sont pas mes idées du tout, je l’ai déjà dit, mais ce qui m’intéresse ce sont les raisons qui poussent les gens à voter pour ces partis-là. Je ne veux pas être un donneur de leçons.

Y a-t-il des politiques qui ne sont pas Hanouna-compatibles ?

Dans BTP je pense que tout le monde a sa place alors que pour TPMP il faut avoir beaucoup d’autodérision et connaître la télé, sinon ça ne sert à rien. Les politiques qui acceptent d’être dans un registre humoristique ou de divertissement, ils ne sont pas nombreux. Et d’ailleurs, je n’ai plus trop envie d’inviter des politiques dans TPMP, à part s’ils veulent parler de ce qu’ils aiment à la télé.

Au-delà de l’émission, les politiques n’ont-ils pas peur de vous ? De votre image aussi ?

Les invités, au début, étaient méfiants avec moi dans BTP. Ils avaient un peu peur que je sois dans la vanne, que ça parte dans tous les sens. Mais au bout de quelques émissions, les gens ont bien vu que j’étais différent dans chacune des émissions, même s’il m’arrive de déconner un peu aussi dans BTP.

Est-ce que cette longue séquence « gilets jaunes », qui a bousculé vos émissions, va changer votre manière de faire de la télé à l’avenir ?

La télé doit plus que jamais servir au débat. La télé, et mes émissions en particulier donnent une liberté d’expression à tous dans un cadre de respect de l’autre. Je suis très fier que mes émissions soient particulièrement regardées par les jeunes. La télé doit être un lieu de débat public pour tous.