«The Bridge»: Le nouveau jeu de M6 est en partie communiste

MARXISME «The Bridge, Le trésor de Patagonie», qui commence ce jeudi à 21h sur M6 convoque malgré lui plusieurs concepts sociopolitiques. La preuve avec l’explication des règles…

Fabien Randanne

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Dans «The Bridge», des candidats doivent construire un pont avec des rondins de bois.
Dans «The Bridge», des candidats doivent construire un pont avec des rondins de bois. — Guillaume MIRAND/M6
  • « The Bridge, Le trésor de Patagonie », le nouveau jeu d’aventure de M6 est diffusé dès ce jeudi à 21h.
  • Les seize candidats doivent unir leurs forces pour construire un pont qui les mènera vers le gain final mais aussi faire preuve de stratégie pour éviter l’élimination.

A 12.000 km de Paris, au sud de l’Argentine, huit hommes et huit femmes vont « vivre comme des chercheurs d’or ». Le décor de The Bridge, Le trésor de Patagonie, le nouveau jeu d’aventure de M6 lancé le 3 janvier à 21h, est planté. L’objectif pour les seize candidats : unir leurs forces pour construire le pont  qui leur permettra d’atteindre l’île où se trouve le coffre renfermant les 150.000 euros à gagner. Librement adapté d’un concept espagnol, cette émission mêle expérience humaine, jeux et stratégies mais aussi des concepts sociopolitiques. L’explication des règles valait bien un cours magistral par 20 Minutes.

  • Construire un pont avec une faucille et un marteau ?

« Dans le marxisme, système social où les biens de production appartiennent à la communauté et qui vise à la disparition des classes sociales », c’est ainsi que Le Larousse définit le communisme. Et ça colle (presque) parfaitement à The Bridge. Sur le campement spartiate où ils cohabitent, les seize participants sont tous sur un pied d’égalité, quelle que soient leur origine, leur âge, leur profession… « C’est fondamentalement une aventure collective, souligne l’animateur Stéphane Rotenberg. Les candidats ont un objectif commun. Tous ensemble, ils doivent unir leurs forces pour construire un pont. » On visualiserait presque des affiches de propagande avec de vaillants ouvriers le regard tourné vers un horizon de rondins de bois.

Le rouge n’est cependant pas totalement dans le code couleur de l’émission et de petits groupes ne tarderont pas à se former, ce qui égratignera l’idéal communautaire. « Il y a des clans, reconnaît Alexis, l’un des concurrents, mais les épreuves ramènent de la cohésion. On pose la hache de guerre. A ce moment-là, c’est le pont qui importe. »

  • La dictature des épreuves

Lors de chaque émission, une épreuve mêlant efforts physiques, réflexion et stratégie attend les candidats. Imaginez un parcours d’obstacles à la Koh Lanta et une session de calcul mental à la Des Chiffres et des lettres... Un chef d’équipe est désigné par le hasard afin de diriger ce petit monde. The Bridge bascule dans la clérocratie, cette « forme de gouvernement où ceux qui représentent le peuple et qui le dirigent sont tirés au sort » puis, sans qu’on s’en aperçoive, dans la dictature – c’est-à-dire la « concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’un individu ». Le chef d’équipe doit en effet choisir celles et ceux qui ne participeront pas à l’épreuve. Sa sentence est irrévocable. Si le défi est relevé, l’équipe remporte des tronçons de pont déjà construits. Dans le cas inverse, le chef d’équipe devra condamner l’un des candidats ou l’une des candidates à disputer l’épreuve finale éliminatoire.

  • Un dilemme pour se révolter

Les candidats que le chef d’équipe a exclus avant le début de l’épreuve se voient présenter un dilemme. Par exemple, choisir entre une immunité pour eux seuls ou un nouveau de stock de nourriture pour tout le monde. Autrement dit, ils peuvent faire primer leurs intérêts personnels sur ceux du groupe. « Les exclus ont ainsi accès à un pouvoir à un moment ou un autre et s’en servir comme ils le souhaitent, mentionne Stéphane Rotenberg. Les faibles, comme les forts, peuvent avoir un pouvoir gratifiant ou de nuisance. » L’animateur ajoute : « Les dilemmes sont mis en place pour que tous les candidats comprennent que le pouvoir est variable, que tout ce qui est mis en place peut partir en éclat à tout moment. » On n’est donc pas loin de l’insurrection, à savoir un « soulèvement qui vise à renverser le pouvoir établi »…

  • Le vote final et l’épreuve éliminatoire, comme en méritocratie ?

A chaque épisode de The Bridge, les candidats nomment les deux candidats qu’ils souhaitent envoyer en épreuve éliminatoire. Le jeu devient alors méritocratique (lorsque « la hiérarchie sociale est fondée sur le mérite individuel ») sauf quand les concurrents font dans les jeux d’appareils. « C’est comme avec LREM, les socialistes et Les Républicains​, par exemple : on cherche à faire des transfuges, il y a ceux qui font les girouettes, les indéboulonnables… », plaisante Stéphane Rotenberg. Mais celles et ceux qui participent à l’épreuve éliminatoire sont seuls maîtres et maîtresses de leur destin : une contre-performance signifiera la fin de leur aventure. Les éliminés ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes.

  • Une finale démocratique (ou presque)

A la toute fin de The Bridge, la démocratie (« Forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple ») fait son retour. Lors de l’ultime épisode, les derniers candidats encore en course doivent désigner, parmi eux, le grand gagnant. Sans avoir la possibilité de voter pour eux-mêmes. A l’heureux élu de décider de ce qu’il fait des 150.000 euros remportés ainsi au suffrage universel. « Il fait face à un choix cornélien. Est-ce qu’il garde tout pour lui ? Est-ce qu’il partage ? Et, si oui, dans quelles proportions ? » Car oui, le vainqueur peut bénéficier seul de son gain ou en donner une partie à un ou plusieurs de ses compagnons d’aventure. De là à dire que, comme en politique, c’est magouilles et compagnie…