L'ancienne Miss France 1985 Suzanne Iskandar juste après son élection.
L'ancienne Miss France 1985 Suzanne Iskandar juste après son élection. — DR

MISS FRANCE 2019

Miss France 2019: Racisme, Geneviève de Fontenay, Alsace et Bretagne... On a retrouvé Suzanne Iskandar, miss 1985

Originaire du Liban, la Miss France 1985 n’a pas fréquenté le milieu de la beauté très longtemps. Elle vit aujourd’hui à Douarnenez où elle tient un pub discothèque...

  • L’élection de Miss France 2019 se déroule samedi au Zénith de Lille.
  • 20 Minutes a recueilli les souvenirs de Suzanne Iskandar, élue Miss France en 1985. Elue Miss Alsace, elle vit aujourd’hui en Bretagne où elle tient un pub discothèque.
  • Née au Liban, l’ancienne miss a été la cible de beaucoup de critiques et a subi de plein fouet le racisme d’une partie des Français.

Elle avait à peine 20 ans, un grand sourire et de longs cheveux noirs quand elle est devenue Miss France. Elue en 1985 à la surprise générale, l’Alsacienne Suzanne Iskandar n’avait jamais imaginé devenir reine de beauté. Elle n’avait pas non plus imaginé que son nouveau statut lui vaudrait autant de remarques racistes. Née au Liban et arrivée en métropole à 8 ans, la Miss France 1985 vit aujourd’hui à Douarnenez, dans le Finistère, où elle tient une discothèque. Trente-trois ans après son sacre, 20 Minutes l’a retrouvée.

Vous vous souvenez du moment exact où vous avez été élue ?

Oui, c’est un moment que je n’oublierai jamais. J’étais dans les coulisses derrière la scène. J’entendais le nom des dauphines. Je me préparais à ramasser mes affaires pour rentrer chez moi. Et puis on m’a appelée en me disant trois ou quatre fois « c’est toi Suzanne, c’est toi ». Je suis rentrée sur scène et j’ai vu mon père. J’ai vu dans ses yeux qu’il était fier. Je me suis approchée de lui et je lui ai dit « on a gagné ». C’était une forme de revanche.

Suzanne Iskandar (la deuxième en partant de la gauche en haut) pose aux côtés des anciennes Miss France, de Michel Drucker et de Geneviève de Fontenay.
Suzanne Iskandar (la deuxième en partant de la gauche en haut) pose aux côtés des anciennes Miss France, de Michel Drucker et de Geneviève de Fontenay. - J. Michel / SIPA

Pourquoi parlez-vous de revanche ?

Parce qu’en tant qu’immigrée venant du Liban, j’ai subi beaucoup de remarques. J’ai souvent été victime de racisme. Lors de mon élection en Alsace, j’ai reçu des lettres d’insultes, des photos de moi avec une cible sur la poitrine. Ça a continué quand j’ai été élue Miss France. Dans certaines villes, j’étais insultée, on me traitait de « sale arabe ». Je me demandais si on n’allait pas me lancer des tomates quand j’étais sur scène. Geneviève de Fontenay a plusieurs fois dû intervenir. Elle m’a énormément protégée.

Vous avez mal vécu votre année de règne ?

Non, on ne peut pas dire ça. J’ai aussi reçu beaucoup d’amour. Mais je n’étais peut-être pas préparée à être aussi exposée. J’étais timide, très réservée. Il a fallu que j’apprenne à être au centre, ça m’a aidée à changer, à devenir la femme que je suis aujourd’hui. Je garde d’excellents souvenirs de cette année. J’ai visité des endroits magnifiques. Je me souviens d’avoir été invitée chez Michel Drucker, un homme bien.

C’est à cause du racisme que vous n’avez pas fait carrière dans la mode ?

Non pas vraiment. C’est surtout que c’est un système un peu à part. J’aurais sans doute dû garder le contact mais j’étais toujours timide. Je ne me suis pas imposée dans le milieu. A l’époque, on n’était pas accompagnées comme les miss le sont aujourd’hui, on n’était pas prises en charge après notre règne.

Vous avez donc décidé de quitter l’Alsace pour la Bretagne.

Pas immédiatement. Je me suis d’abord installée à Paris où je faisais un peu de mannequinat pour une marque de prêt-à-porter. Pas du tout du luxe. Ensuite, je suis rentrée à Strasbourg car ma famille me manquait. C’est là que j’ai rencontré mon futur mari. Il supportait mal que je doive souvent aller à Paris. On a décidé de tout quitter pour aller à Douarnenez où vivait sa famille. Nous avons ouvert un pub discothèque en 1993.

A votre arrivée en Bretagne, vous n’avez dit à personne que vous étiez miss France ?

Non, je ne voulais pas que ça se sache. Je voulais qu’on monte notre affaire normalement. Je ne voulais pas que les gens viennent prendre leur café et me regardent comme si j’étais un animal. La rumeur courrait que j’avais été miss mais j’ai toujours nié. Seuls mes amis le savaient.

Mais vous avez tout de même été « démasquée ».

Oui en 2002, j’ai été membre du jury pour l’élection nationale. Geneviève de Fontenay avait envoyé un dossier à la presse locale pour les informer de ma participation. C’est là que tout le monde l’a su.

Vous regardez toujours le concours Miss France ?

Oui chaque année. C’est un rendez-vous. Je la regarde avec quelques amies. Je fais toujours mes petits pronostics avant. Mais cette année, je n’ai pas trop eu le temps de regarder les candidates.

Votre préférence va à Miss Bretagne​ ou à Miss Alsace ?

Aux deux ! Je les regarde toujours en premier. Après je m’intéresse aux autres.