Mike Horn et Bernard de la Villardière dans «Cap Horn».
Mike Horn et Bernard de la Villardière dans «Cap Horn». — Julien KNAUB/M6

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«Cap Horn»: Chemises blanches, fierté et faiblesses, Bernard de la Villardière se révèle un peu

Lundi soir, M6 diffuse un nouveau numéro de « Cap Horn » dans lequel Bernard de la Villardière accompagne l’explorateur Mike Horn dans la jungle aux Philippines. Une expérience éprouvante pour le journaliste…

  • Dans « Cap Horn », diffusé lundi dès 21h sur M6, Bernard de La Villardière a passé plus de 4 jours aux Philippines à crapahuter avec Mike Horn.
  • En plus de conditions météorologiques éprouvantes, le journaliste d'« Enquête exclusive » a éprouvé des difficultés, notamment dans l’endurance et la gestion de la faim.
  • Bernard de la Villardière confie dans l’émission qu’il craint d’écorner son image, mais lors de la conférence de presse de présentation, il assure que le résultat est fidèle à ce qu’il a vécu et qu’il prend les choses avec humour.

« J’espère qu’il ne va pas arriver avec sa chemise blanche ici. Dans la boue, dans la jungle, il va vite être dégueulasse. » Quand il découvre que Bernard Villardière s’apprête à le rejoindre pour crapahuter avec lui aux Philippines, Mike Horn ne peut éviter le sarcasme. Les téléspectateurs de ce numéro de Cap Horn, qui sera diffusé ce lundi dès 21h sur M6, ne seront peut-être pas moins moqueurs devant leur écran. « Le risque d’abîmer [son] image, de l’écorner » est justement l’une des appréhensions que confie le journaliste d’Enquête exclusive avant de commencer l’aventure.

Pour les détracteurs de Bernard de la Villardière, cette émission semble l’opportunité parfaite pour expérimenter la schadenfreude. Ce concept allemand, qui n’a pas d’équivalent dans notre langue, peut se traduire par « joie maligne », autrement dit, le sentiment malsain consistant à se réjouir du malheur d’autrui, la plénitude éprouvée en voyant l’un de nos semblables en baver. Sur le papier, il y a tout pour que les bas instincts s’agitent sans scrupule.

« La rencontre de deux mâles alpha »

En présentant l’épisode à la presse fin novembre, Frédéric de Vincelles, le directeur des programmes de M6, annonçait « la rencontre de deux mâles alpha ». Un terme emprunté, au mieux à la biologie, au pire aux masculinistes et laissant entrevoir le face-à-face de deux bonshommes occupés à jouer à celui qui aura la plus grosse virilité. « Moi, les mâles dominants quand ils sont sur mon terrain, j’ai tendance à les affronter mais je vais essayer d’éviter l’affrontement », glisse Bernard de la Villardière alors qu’il n’a pas encore serré la main de Mike Horn.

On imagine déjà les internautes affûter leurs 280 signes et dégainer leurs tweets tranchants à l’énoncé de cette phrase. « J’avais vu des émissions de Mike Horn [A l’état sauvage] et l’un des fondamentaux, c’est la personnalité qui craque. Moi, je ne voulais pas craquer », finit par expliquer le journaliste en conférence de presse, il y a une poignée de semaines. Et de préciser, pour bien souligner qu’à lui, on ne lui la fait pas : « Je n’ai pas une mentalité de groupie, donc je n’étais pas en admiration devant Mike Horn, je refusais d’être dans ce registre. Il y avait une relation d’homme à homme. »

« Je pensais que la prod' voulait me faire craquer »

Sur le terrain, Bernard de la Villardière n’a pas apporté de chemises blanches. Aucune n’aurait supporté l’expérience sans dire adieu à leur intégrité immaculée. Pendant quatre jours et trois nuits, le quotidien de l’explorateur néophyte fut semé d’embûches. Des conditions météorologiques dantesques – la mousson s’étant invitée en avance – ont obligé la production à revoir complètement le parcours prévu. La pluie constante, les vents forts, la faim et les efforts ont rapidement miné le journaliste de M6. Prends ça Nanard !

« A un moment, j’étais un peu parano, je pensais que la prod' voulait me faire craquer, confie-t-il. Je me suis dit qu’ils allaient peut-être arrêter parce que je suis nul à chier, qu’ils allaient me rapatrier. » Une lueur de fragilité que le journaliste saupoudre d’une humilité inattendue : « Je ne pourrai pas faire ce qu’il [Mike Horn] fait. Physiquement, je n’ai pas d’endurance. J’ai une bonne santé, tout va bien, mais je ne suis pas un marathonien. Peut-être qu’il a une force de caractère que je n’ai pas. »

« Je n’étais pas à la meilleure période de ma vie »

Précision d’importance, Bernard de la Villardière a accepté de participer à l’aventure une semaine seulement avant de s’envoler vers l’Asie. Il était alors tout juste remis de ce qu’il appelle « un pépin de santé ». En l’occurrence d’un cancer pour lequel il avait dû subir deux opérations. « Je n’étais pas à la meilleure période de ma vie en termes de forme physique, même si j’avais récupéré mon moral », explique-t-il, ajoutant qu’il se savait « sorti d’affaire » avant de partir. Vu sous cette perspective, ses péripéties en terrain hostile se regardent autrement et le mauvais esprit se met en sourdine. De quoi (presque) commencer à considérer monsieur Dossier Tabou autrement.

C’est l’objectif visé par la productrice Angélique Sansonnetti : « L’intérêt, c’est de voir une personnalité qui a une image qui lui colle à la peau, quelle qu’elle soit, dans un autre contexte. On a le sentiment de rencontrer quelqu’un de nouveau. » « Je suis conscient de ce que peut renvoyer mon aspect marmoréen [froid] en tournage ou sur les plateaux, explique Bernard de la Villardière. Je suis journaliste, je dois rester sobre. Si vous créez un personnage qui est en dehors de vous et que vous forcez le caractère, vous lassez le public. » 

Cap Horn lui offre l’opportunité, sinon de se confier du moins de s’expliquer. Sur ses fameuses chemises blanches, par exemple : « On se moque de mes tenues. Ce n’est pas parce que je vais au bout du monde dans un bidonville que tout d’un coup il faut que je sois en T-shirt. La politesse que je dois à ceux que je vais rencontrer c’est de ne pas tricher avec ce que je suis, c’est-à-dire d’être à tout moment élégant, propre sur moi, etc. J’y suis très attaché. »

« Par fierté personnelle je n’ai pas envie d’avouer mes faiblesses »

Le duel de coqs annoncé n’a pas vraiment lieu. « J’ai peut-être agacé Mike Horn parce qu’il voulait que je sois plus rapide », suggère Bernard de la Villardière qui, même s’il apparaît par moments en situation de vulnérabilité, conserve son orgueil. Quand un confrère lui demande ce qu’il retient de l’expérience, plutôt que d’ouvrir le robinet d’eau tiède en parlant d’aventure-humaine-qui-fait-relativiser-le-quotidien, lui, affiche une moue indécise comme pour signifier qu’il n’a pas connu d’épiphanie. « J’ai eu la confirmation de choses que je sais déjà : j’ai une capacité à m’adapter, je refuse de jouer l’étonnement, j’ai une fierté personnelle qui fait que je n’ai pas envie de lâcher, ni d’avouer mes faiblesses au-delà de certaines limites », énumère-t-il.

L’animateur d’Enquête exclusive l’assure : il s’est marré en voyant le résultat final. « C’est fidèle à ce que j’ai vécu. Je me dis que j’ai parfois un peu de recul et d’humour sur moi-même. J’ai beaucoup de distance vis-à-vis de moi. Je pratique beaucoup l’ironie et le second degré. » Quant à son image éventuellement abîmée ou écornée, il affirme aujourd’hui s’en ficher comme de sa première chemise blanche. De toute façon, comme le veut l’expression consacrée sur Internet : « Haters gonna hate ».