«J'espère ne pas être un mec mégalo», sourit Martin Weill qui revient sur TMC

INTERVIEW Le journaliste qui n’est pas apparu dans « Quotidien » depuis la rentrée, revient sur TMC mardi avec un nouveau magazine de reportages qu’il présente à « 20 Minutes »…

Propos recueillis par Fabien Randanne

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Le journaliste Martin Weill sur le plateau de son émission de reportages sur TMC.
Le journaliste Martin Weill sur le plateau de son émission de reportages sur TMC. — CHRISTOPHE CHEVALIN-TMC
  • Le journaliste Martin Weill, 31 ans, a fait partie de l’équipe de Yann Barthès dans « Le Petit journal » sur Canal + et dans « Quotidien » sur TMC.
  • Ce mardi, TMC diffusera à 21 h, la première de l’émission « Martin Weill » un magazine de reportages présenté par le journaliste qui apparaît également dans les sujets.
  • Cette première a pour thème « les nouveaux gourous ».

Cela faisait plusieurs mois qu’on ne l’a pas vu sur le petit écran. Martin Weill, le journaliste globe-trotteur de TMC, n’avait pas retrouvé l’équipe de Quotidien à la rentrée. Il revient sur la chaîne ce mardi à 21 heures avec une émission qui porte son nom. Pour la première de Martin Weill, il s’est intéressé aux « nouveaux gourous ». Il est allé à la rencontre d’un Américain qui dirige un camp masculiniste, d’un Brésilien qui se prend pour Jésus et d’un Espagnol qui prétend que l’hallucinogène ayahuasca est un remède miracle pour les âmes en peine… « Ce qui nous intéresse, c’est de parler de notre société et de ses obsessions », avance le reporter de 31 ans à 20 Minutes. Interview.

Sauf erreur de ma part, vous n’êtes pas officiellement parti de « Quotidien »…

Eh bien non ! Là on travaille sur ce nouveau projet d’émission qui nous prend beaucoup de temps. De fait, on n’a moins le temps d’être sur Quotidien, mais ça reste dans la même entreprise, dans la même famille [l’émission est également produite par Bangumi].

Cette émission de reportages à votre nom, c’est une promotion pour vous ?

Une promotion, je ne sais pas. C’est une belle marque de confiance en tout cas, de la part de la chaîne, de la part de Bangumi, de la part de Yann [Barthès]. Il y avait l’envie de faire des sujets un peu plus longs - là, ils font entre 20 et 25 minutes - de changer leur réalisation. On souhaitait passer plus de temps sur le terrain. On s’est interrogés sur la meilleure forme à donner à tout ça et on s’est dit qu’on allait le faire, en prime, incarné.

L’émission porte votre nom. Vous vous êtes préparé à être taxé de mégalo sur les réseaux sociaux ?

(Rires) Ben non, j’espère pas. Les gens qui me connaissent ne se diront pas trop ça. On m’a souvent appelé Tintin, donc là on retrouve un peu cette image-là. Le cœur de l’émission, ce sont les reportages, qui sont incarnés. L’idée est de dire aux téléspectateurs : "Venez avec moi, on embarque ensemble pour 90 minutes sur un thème, une obsession de notre temps." Mégalo, c’est le sentiment que ça vous a donné à vous ?

Non. Dans les pays anglo-saxons, il est courant que des émissions portent le nom des journalistes ou présentateurs qui l’animent, mais en France, les habitudes et mentalités ne sont pas forcément les mêmes…

Je ne sais pas. Franchement, on en a discuté avec la chaîne et, pour être tout à fait franc, ça nous faisait aussi un peu marrer. La première émission est sur les gourous, ça nous faisait rire d’avoir cette espèce de logo « Martin Weill » sur l’écran. J’espère ne pas être un mec complètement mégalo (rires). Il faut vraiment prendre le titre de l’émission comme une invitation à découvrir les choses ensemble.

Pourquoi avoir choisi le thème des « nouveaux gourous » pour la première ?

Ce qui nous intéresse à travers les émissions qu’on va faire, c’est de parler de notre société et de ses obsessions. Il y a un constat qui est simple, il suffit d’allumer la télévision pour s’en rendre compte depuis 10 jours en France : on ne va pas bien. La consommation d’antidépresseurs explose partout dans le monde, les mécanismes qui fonctionnaient avant sont enrayés, les modèles auxquels on pouvait se raccrocher sont en perdition que ce soit en politique ou religieusement. On a l’impression que cette société un petit peu folle où tout va très vite ne satisfait au final pas grand monde. Il y a une espèce de malheur latent et on essaie de le combler comme on peut. Là-dessus viennent se greffer des gens qui ont compris ça mieux que personne, c’est pour cela que l’on parle de « nouveaux gourous », qui viennent vous voir en disant "T’es malheureux ? C’est à cause de ça. Moi, je vais te donner la solution." Cela paraît très simple, mais ce sont des mécaniques qui marchent à fond. Si on réfléchit bien, on en a tous de ces nouveaux gourous. La plupart d’entre eux ne sont plus dans des organisations sectaires. Ils agissent tout en étant dans la légalité, ou sur la ligne entre légalité et illégalité.

Les reportages sont particulièrement léchés, avec par exemple, des effets de ralentis très cinématographiques. C’est pour donner une patte particulière à l’émission ?

Je pars avec des JRI [journalistes reporters d’image] réalisateurs. Ils ont un œil particulier. Ils apportent leur talent et leur façon de raconter des histoires. C’est ce qui donne quelque chose de différent. On est sorti de la façon dont on tournait à Quotidien, on a utilisé des caméras plus proches de celles employées pour le cinéma. Le rendu, c’est donc une image et un montage plus léchés. Une grande liberté a été laissée à chacun des réalisateurs. Le sujet sur le camp masculiniste a des images magnifiques, par exemple. Après, on n’est pas dans une quête d’esthétisme absolu.

Vous continuez à barouder, mais vous faites aussi des lancements en plateau. Vous appréciez cet exercice ?

Oui. Enfin, que j’apprécie… J’en ai déjà fait plusieurs [des émissions spéciales sur Donald Trump et Vladimir Poutine]. Là, c’est différent, c’est vraiment une émission de reportages. Le plateau nous sert à faire des lancements et à ajouter des pastilles, c’est-à-dire à apporter d’autres informations. C’est cool en termes de rythme et aussi parce que ça nous permet d’aborder ce qu’on ne peut pas faire dans les sujets car il est impossible d’être exhaustif sur un sujet aussi large que les gourous.

Lors de la conférence de rentrée du groupe TF1, sept à huit numéros de « Martin Weill » étaient annoncés pour cette saison. Ce serait le bon rythme ?

On va voir. On va en faire le plus qu’on peut dans les temps qu’on peut. On ne se fixe pas un chiffre absolu. Ce sera cinq, six, sept… Si on arrive à produire suffisamment rapidement. Le plus important est de faire des émissions dont on est content, que les sujets soient bien. La prochaine sera sur le thème du corps, du culte de la perfection, de la beauté.

Quels journalistes sont vos modèles ?

Il y en a beaucoup que je trouve très bons dans ce qu’ils font. J’adore absolument l’Anglais Louis Theroux. Il s’intéresse beaucoup aux communautés et a une façon d’incarner le sujet qui me séduit beaucoup. Il va souvent voir des gens dans une démarche de compréhension, avec son flegme britannique qui est toujours agréable. Ce que faisait Anderson Cooper [figure de CNN] avant est une autre référence. C’était neuf, une façon différente de faire les choses. Et puis je trouve que Gilles Bouleau est probablement l’une des meilleures choses qui soit arrivée à la présentation d’un JT depuis longtemps. C’est un journaliste incroyable. Il y en a plein d’autres, je ne vais pas tous vous les citer (rires).