«L'histoire de l’antiterrorisme en France est digne d’un excellent polar»

INTERVIEW Pour son documentaire «L'histoire secrète de l'antiterrorisme en France», mardi soir sur France 2, Patrick Rotman a obtenu plusieurs interviews exclusives...

Benjamin Chapon

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Le documentaire L'histoire secrète de l'antiterrorisme revient sur l'attentat de la rue de Rennes le 17 septembre 1986
Le documentaire L'histoire secrète de l'antiterrorisme revient sur l'attentat de la rue de Rennes le 17 septembre 1986 — France 2

Haletant du début à la fin, le documentaire de France 2 L’histoire secrète de l’antiterrorisme en France, (mardi, 21h) montre pourtant essentiellement des hommes parlant face à la caméra, sur fond sombre. C’est tout le talent de Patrick Rotman, réalisateur chevronné de documentaires et fictions, d’avoir agencé les récits des principaux responsables de la lutte antiterroriste, dont certains s’expriment pour la première fois à la télévision.

Le réalisateur a dû composer avec 50 heures d’interviews et des archives télé d’époque pour arriver à un film de 2h30, au lieu d’une heure trente initialement prévues. Patrick Rotman revient pour 20 Minutes sur ce tournage exceptionnel.

Votre film s’arrête aux attentats récents, celui de Nice surtout. Pourquoi être revenu si loin en arrière pour raconter l’antiterrorisme français ?

Je voulais raconter une histoire, assez longue, des années 1980 à nos jours. Il fallait tirer le fil de cette histoire qui n’est pas simple. On constate que l’on va du bricolage artisanal des débuts à la lutte antiterroriste d’aujourd’hui, très encadrée, très performante et professionnelle. Mais cette histoire-là a connu de nombreuses péripéties.

Parmi ces péripéties il y a beaucoup de drames et d’erreurs des services. Comment avez-vous obtenu ces récits ?

Nos interlocuteurs ont tous été très honnêtes et n’hésitent pas à parler de leurs erreurs, des fausses pistes, des ratés. Que ce soit avec l’affaire Merah ou les frères Kouachi. Mais ces ratés ont toujours servi une amélioration de la lutte. Sur la durée, on comprend la mise en place des choses, la lente progression.

Les interviews sont entrecoupées d’images d’attentats des années 1980 à nos jours. Cela était nécessaire pour rythmer le récit ?

Oui mais PAS seulement. Pour comprendre comment les services antiterroristes se sont construits il faut raconter le contexte, l’évolution du terrorisme, aujourd’hui endémique, mais qui, auparavant, était piloté par des Etats étrangers. Avec un sujet pareil, il faut toujours éviter les raccourcis, les simplifications.

Même s’il est didactique, votre documentaire donne parfois l’impression d’être un film à suspense…

Mais parce que l’histoire est dingue. L’histoire de l’antiterrorisme en France est digne d’un excellent polar. Nos intervenants, du moins certains, ont un sens du récit incroyable. Dans ces cas-là, je les laissais parler, sans les relancer, pour obtenir la vérité du récit. Quand Amaury de Hautecloque, patron du Raid, raconte les négociations avec Mohammed Merah, il n’y a rien à ajouter. Quand Jean-Michel Fauvergue raconte son entrée dans le Bataclan, avec les téléphones qui sonnent dans le silence, on y est.

L’évolution de la lutte antiterroriste fait aussi débat dans la société actuelle et est parfois accusée de se faire aux dépens des libertés individuelles. Les intervenants du film en ont-ils parlé ?

C’est un thème central de l’histoire de l’antiterrorisme et un débat passionnant. La loi de 1996 qui permet d’appréhender les auteurs présumés d’attentats avant leur passage à l’acte a tout changé pour les services antiterroristes. Mais cette loi qui a permis de sauver des centaines de vies a fait, évidemment, débat à l’époque. C’est la même chose pour l’autorisation des perquisitions de nuit. C’est un débat permanent.