«22/11/63», «Castle Rock»: Pourquoi les séries inspirées de Stephen King sont-elles médiocres?

ADAPTATION Si les romans de Stephen King sont des succès en librairie, leurs adaptations en série suscitent moins d’enthousiasme…

Fabien Randanne

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James Franco dans la série «22/11/63».
James Franco dans la série «22/11/63». — WARNER BROS TELEVISION
  • Les premiers épisodes de « 22/11/63 » ont été diffusés sur TF1 Séries Films dimanche et la diffusion de Castle Rock se poursuit sur Canal +.
  • Peu de séries adaptées de romans de Stephen King ont soulevé l’enthousiasme.
  • « Certes, le format série permet en théorie d’avoir plus de flexibilité pour adapter King, qui lui, n’hésite pas à prendre son temps pour installer les personnages et les intrigues. Mais c’est parfois trop », explique Jérémy Guerineau, spécialiste de l’auteur.

C’est l’un des mystères de la pop culture : comment expliquer que les adaptations de romans de Stephen King ne fassent pas un carton alors que l’auteur américain vend ses chapitres de frousse à la pelle ? Parmi la soixantaine de films inspirés de son œuvre, combien sortent du lot ? Le récent Ça, Carrie, Christine, Misery, Stand By Me, Les Evadés ou Shining… Et encore, ce dernier est renié par l’écrivain qui n’a pas apprécié ce qu’en a fait Stanley Kubrick, alors qu’il valide la version télé de 1997… Que (presque) tout le monde a oublié.

Sur le petit écran, justement, si Ça - Il est revenu, Le Fléau ou Les Tommyknockers titillent la fibre nostalgique de ceux qui ont découvert ces fictions sur M6, combien de séries adaptées de Stephen King – il en existe une trentaine – ont cartonné niveau audiences ?

« Broder pour faire durer et perdurer les séries »

Ces cinq dernières années, Under The Dome a été lancé avec succès sur M6 (les premiers épisodes ont été suivis par 4,7 millions de téléspectateurs) avant de voir les rangs de ses fidèles s’éparpiller au fil des trois saisons. L’an passé, The Mist, disponible sur Netflix, a été mise à l’arrêt à l’issue de sa première saison. Mr Mercedes, encore inédite en France, a quant à elle été complètement oubliée des principales remises de prix, sans que personne ne s’en émeuve. Et 22/11/63 qui envoie James Franco dans le passé pour tenter d’éviter l’assassinat de JFK, a été lancé discrètement ce dimanche sur TF1 Séries Films. Le premier épisode de la soirée a été regardé par 440.000 curieux… Quand les rediffusions d’Une femme d’honneur ou de Cold Case, par exemple, ont respectivement réuni 745.000 personnes sur TMC et 502.000 sur Chérie 25…

Pour Jeremy Guerineau, auteur du livre Les adaptations de Stephen King​, 22/11/63 est pourtant « l’une des meilleures » transpositions d’un bouquin du romancier. Le spécialiste concède que « la majorité du temps, les adaptations de Stephen King, ne sont pas des réussites », ce qu’il explique par « la nécessité des créateurs de broder afin de pouvoir faire durer et perdurer les séries : six saisons de Dead Zone, six autres de Haven, trois de Under The Dome… » Et le gérant du Club Stephen King de poursuivre : « Certes, le format série permet en théorie d’avoir plus de flexibilité pour adapter King, qui lui, n’hésite pas à prendre son temps pour installer les personnages et les intrigues. Mais c’est parfois trop. »

« Chacun aime quelque chose de différent dans ses livres »

« A chaque adaptation d’une œuvre chérie, il y a un risque de décevoir. Les personnages que l’on préfère ne ressemblent pas, n’agissent pas ou ne s’expriment pas comme on le pensait. Les contraintes de budget mettent à l’épreuve les limites de notre imagination. Les contraintes de durée impliquent des omissions nécessaires, énumérait en juillet Meredith Borders sur le site Bloody Disgusting. Vous ne pouvez pas contenter tout le monde avec une adaptation de King parce que chacun aime quelque chose de différent dans ses livres. » Le titre de son article ? « Pourquoi la meilleure adaptation d’un Stephen King est peut-être celle qui n’est pas vraiment une adaptation d’un Stephen King »… En l’occurrence Castle Rock, en cours de diffusion sur Canal +.

Cette série est produite par J. J. Abrams, le créateur de Lost, et Stephen King lui-même. On y suit l’avocat Henry Deaver qui revient dans sa ville natale du Maine après qu’un homme est retrouvé vivant, enfermé dans un sous-sol de la prison de Shawshank. Les épisodes entretiennent « un mystère constant et croissant en multipliant les références plus ou moins discrètes à Stephen King », souligne Jeremy Guerineau. A 20 Minutes on est un peu moins emballés et on a lâché Castle Rock en cours de route…

On reporte nos espoirs vers l’adaptation en série de Docteur Sleep, la suite de Shining, annoncée pour 2020 sur Netflix. Elle sera réalisée par Mike Flanagan, qui a marqué les esprits avec son Haunting of Hill House… La meilleure adaptation de Stephen King est-elle celle à venir ?