«TPMP», «ONPC»: «Si les personnages des chroniqueurs fonctionnent, ils ne peuvent plus en sortir»

INTERVIEW Invitée sur le plateau « d’On n’est pas couché », Enora Malagré a révélé avoir joué un « personnage télévisuel » dans « Touche pas à mon poste » sur C8…

Propos recueillis par Clio Weickert

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Dans quel mesure les chroniqueurs de «TPMP» jouent-ils un personnage?
Dans quel mesure les chroniqueurs de «TPMP» jouent-ils un personnage? — Cyrille GEORGE JERUSALMI/C8

La télé, c’est du cinéma ? Invitée samedi dans On n’est pas couché, Enora Malagré a fait une drôle de révélation. « Je n’étais pas forcément ce pitbull qu’on a pu voir. C’était mon personnage télévisuel », a-t-elle expliqué, face à une Christine Angot dubitative. L’ex-chroniqueuse de Cyril Hanouna n’était donc pas elle-même, jouant (ou surjouant) un rôle, aux côtés d’autres comédiens ? Mais alors, quid de l’authenticité des rapports humains et des débats ? La télé n’est-elle plus qu’une vaste scène avec sa grande palette de personnages ? 20 Minutes a posé la question à Virginie Spies, analyste des médias et auteure de la chaîne YouTube Des médias presque parfaits.

Les personnages sont devenus fréquents à la télé ?

Oui, et je pense que Christine Angot en joue un autre également. Justement, ONPC et surtout TPMP sont des émissions où les chroniqueurs jouent des personnages, à tel point que quand Cyril Hanouna a voulu un peu changer à la rentrée, ça n’a pas fonctionné. Les gens attendent ce que j’appelle des « garanties produit », c’est-à-dire que Gille Verdez crie, qu’Isabelle Morini-Bosc s’indigne mais tout en étant amusante… Quant à Enora Malagré, elle avait en effet ce rôle de la « jolie blonde » qui devait quand même fulminer. Ils travaillent un peu dessus au départ, et si c’est ce qui fonctionne, ils ne peuvent plus en sortir, notamment parce que la production suppose qu’il va y avoir une forme de déception. Ce n’est pas forcément vrai, mais dans des logiques comme TPMP, il y a un tel enjeu d’audiences avec une vraie concurrence, qu’ils ne se permettent plus de tester autre chose.

Comment peut-on expliquer cela ? La téléréalité a-t-elle influencé cela ?

On est dans une télévision du marketing aujourd’hui, avec un format obligatoire. Avant, quand on regardait les grilles de programmes, on voyait bien qu’il y avait une forme de souplesse. Par exemple, les émissions ne rendaient pas l’antenne tout à fait à l’heure, et si la pub n’arrivait pas à 17 h 57 mais à 17 h 59, ce n’était pas grave. Aujourd’hui ce n’est plus entendable, la pub arrive à la seconde près, le clash également. Il n’est pas forcément écrit, mais il peut être souhaité. Concernant la téléréalité, il est vrai que l’on caste des gens non pas en leur donnant un texte, mais en leur disant qu’il faut « la blonde un peu cucul », « l’intello »… Il en est de même avec la télévision aujourd’hui, on a besoin de profils différents.

Est-ce qu’on recrute les chroniqueurs pour ça désormais ? Pour leur capacité à incarner un personnage ?

Je pense, oui. Quand Laurent Ruquier recrute Charles Consigny, il le présente comme « le réac le plus sympa de Paris ». Un rôle lui est donc déjà assigné.

Par conséquent, quelle importance doit-on accorder à ce qui est dit dans ces émissions ?

On peut imaginer que La Grande Librairie sur France 5 ou Le Cercle sur Canal +, restent des émissions relativement authentiques. Après, concernant les émissions où les chroniqueurs jouent un rôle, est-ce que les gens s’y trompent finalement ? Le public est-il vraiment naïf par rapport à cela ?