France 3: Dupont de Ligonnès, Estelle Mouzin, Lucas Tronche... Un documentaire raconte l'attente insoutenable des familles

MAGAZINE Dans les affaires de disparitions, 10% des cas restent non élucidés...

V. J.

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Un des panneaux publicitaires pour retrouver Lucas.
Un des panneaux publicitaires pour retrouver Lucas. — Retrouvons-Lucas

Chaque année en France, 50.000 personnes disparaissent sans laisser de trace. Des fugues, des enlèvements, des disparitions volontaires… et dans 90 % des cas, l’affaire est résolue et la personne retrouvée dans le mois. Mais pour les 10 % cas restants et non élucidés, une attente insoutenable commence pour les proches.

Le magazine Réseau d’enquêtes de France 3, diffusé ce mardi soir à 23h10, revient sur certaines de ses disparitions, parmi les plus médiatiques : les disparues de l’Yonne, Xavier Dupont de Ligonnès, Mathis Jouanneau, Estelle Mouzin ou Lucas Tronche. Composé de reportages des rédactions régionales de France 3 et d’interviews menées par le présentateur Charles-Henry Boudet, ce document Disparitions inquiétantes, l’attente insoutenable donne ainsi la parole à des policiers, des journalistes, des porte-paroles du gouvernement et d’associations, mais aussi aux familles.

« On continue de se battre, à vivre »

De ce point de vue, le témoignage des parents de Lucas Tronche, disparu le 18 mars 2015 à Bagnols-sur-Cèze alors qu’il devait retrouver son frère à la piscine, est le plus marquant, le plus bouleversant. Malgré la multiplication des pistes, dont celle de Nordahl Lelandais, aucune n’a abouti. « On continue de se battre, explique Nathalie Tronche. On continue à vivre, à aller bien. Une part de notre vie est dédiée à la recherche, et l’autre à essayer d’avoir une vie normale, le travail, les enfants, les amis, les vacances. Il m’arrive de ne pas penser à lui, je me force même parfois, sinon je m’effondre. Mais j’ouvre la boîte aux lettres, il y a toujours l’espoir. » Si la mère s’imagine ce qu’aurait pu être la vie de Lucas, s’il avait eu son Bac, s’il avait poursuivi ses études de vétérinaire, le père, lui, ne veut pas reconstruire cette vie après la disparition, il se demande juste où il est, ce qu’il peut faire, s’il souffre.

Dans l'affaire du petit Mathis Jouanneau, enlevé par son père il y a sept ans, reste encore aujourd’hui introuvable. Sylvain Jouanneau a été arrêté et condamné à 20 ans de prison, mais il refuse de dire où est l’enfant, laissant juste entendre qu’il est à l’abri. Selon lui, « pour le bien de son fils », parce qu’il ne croit pas en la justice. La mère Nathalie, elle aussi à son niveau, a des doutes concernant le système : « Si je retrouve Mathis par mes propres moyens, la justice a intérêt de faire profil bas. » Le père d’Estelle Mouzin, dont le visage est connu partout en France et qui refait l’actualité avec des fouilles chez un proche de Fourniret, est même décidé à attaquer l’Etat pour « faute lourde », évoquant dysfonctionnements et manque de moyens. Une remise en cause de l’action de la justice également au cœur de l’affaire des disparues de l’Yonne.

Mener sa propre enquête

Face à l’attente mais aussi aux manquements, difficultés ou frustrations de l’enquête officielle, certains mènent leurs propres enquêtes, à l’instar de Christophe Petitgas, père de Léa disparue fin 2017, ou de Ghislaine Debeve, référente de l’association Assistance et recherche de personnes disparues en Aquitaine. L'affaire Xavier Dupont de Ligonnès est même devenue un symbole de ces disparitions mystérieuses, de l’insoutenable attente et de la recherche de la vérité, où tout le monde, journalistes, romanciers, civils, twittos, devient enquêteur.

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