«Si vous voulez un juré mou, prenez Drucker»... On a assisté à la nouvelle saison d'«Incroyable Talent»

TELEVISION Les auditions de la treizième saison du concours de talent de M6 sont en cours de tournage à Rueil-Malmaison. «20 Minutes» a assisté à une partie de l’enregistrement mardi soir…

Fabien Randanne

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Eric Antoine, Hélène Ségara, Marianne James et Sugar Sammy constituent le nouveau jury d'Incroyable Talent sur M6
Eric Antoine, Hélène Ségara, Marianne James et Sugar Sammy constituent le nouveau jury d'Incroyable Talent sur M6 — M6
  • La saison 13 de « La France a un incroyable talent », qui sera diffusée prochainement sur M6 est en tournage actuellement au théâtre Malraux de Rueil-Malmaison.
  • « 20 Minutes » était présent lors de l’enregistrement mardi soir et a pu voir les membres du jury à l’œuvre.
  • Le magicien Eric Antoine et la chanteuse Hélène Ségara sont fidèles à ce qu’ils ont montré lors des précédentes saisons. Les « petits nouveaux », l’artiste Marianne James et l’humoriste Sugar Samy se sont montrés les plus sévères.

« La treizième saison, c’est l’exigence. La treizième saison, c’est peut-être aussi… la saison de trop », plaisante Eric-Antoine tandis que le public se marre en écho. En ce mardi soir consacré au tournage d’une nouvelle salve d’auditions de  La France a un incroyable talent, ce n’est qu’une boutade. Mais la formule représente potentiellement l’une des craintes de la direction de M6. L’automne dernier, l’émission phare de la chaîne a été secouée. Remontée en catastrophe à l’automne dernier pour faire disparaître de l’écran Gilbert Rozon, visé par des accusations d’agressions sexuelles et viol, la douzième saison n’avait pu se déployer comme prévu dans la grille des programmes.

En plus de ça, un candidat a suscité la polémique quand a été révélé que l’ami mort au Bataclan auquel il avait rendu hommage dans une chanson n’avait jamais existé. M6 a été dédouané par le CSA, mais l’affaire n’a pas rendu service à l’émission. Les audiences, elles, ont tourné en moyenne autour des 2,5 millions de téléspectateurs, soit un recul d’un peu plus d’un million de personnes par rapport à l’année précédente.

Pour assurer la mission reconquête, un certain poids repose donc sur les épaules du jury. Si Eric Antoine et Hélène Ségara ont conservé leur siège, Marianne James et Sugar Samy, véritable star au Québec, ont remplacé Gilbert Rozon et Kamel Ouali. Le nouveau casting est-il à la hauteur de la tâche ? Oui, à en juger par ce que 20 Minutes a vu mardi, lors de l’enregistrement du troisième prime au théâtre André-Malraux de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine).

« C’est comme un petit pois dans un ascenseur »

Qu’il vanne des candidats flamands - « Il n’y a aucun intérêt à être sympa avec eux, ils ne parlent pas français, ce ne sont pas eux qui payent pour me voir en spectacle » - ou se fasse poète textile face à une jeune chanteuse - « J’ai envie de me faire un canapé de votre voix de velours », Eric Antoine assure le spectacle en permanence. Il débite sa folie douce en tranches généreuses sans jamais paraître en rupture de stock.

Hélène Ségara, elle, reste toujours animée par sa bienveillance. Face à un numéro de trampoline qui l’a moyennement convaincue - « C’est comme un petit pois dans un ascenseur, ça monte et ça redescend » - elle met l’accent sur les bons points, à savoir la mise en scène et les costumes. Devant une candidate tétanisée par le trac, elle trouve les bons arguments pour la mettre en confiance. Bref, ces deux jurés sont fidèles à ce qu’ils ont montré lors des précédentes saisons.

La curiosité se porte plutôt sur les petits nouveaux. Sur le papier, pour remplacer les commentaires cinglants de Gilbert Rozon, on aurait surtout misé sur Marianne James. L’artiste a une langue bien pendue qu’elle ne laisse pas dans sa poche, comme elle l’a prouvé lors des grandes heures de Nouvelle Star. Or, celle qui tançait jadis les téléspectateurs en leur disant qu’ils avaient « de la merde dans les oreilles » a désormais le tacle appuyé, mais pas destructeur. « On vous donne trois bandes fluo sur du lycra et ça y est, on vous a perdu », balance-t-elle aux spectateurs qu’elle trouve trop bon public à l’égard d’un numéro qui ne l’a pas emballée. On a fait plus méchant. Son humeur est à l’humour et à l’autodérision, sauf quand un artiste pousse sa patience à bout. « Pour être bon au second degré encore faut-il savoir l’être au premier degré », assène-t-elle à celui qui, selon elle « a raté [son] numéro » mais s’échine à avoir le dernier mot.

« Ça, ça ne sera pas gardé au montage »

Surprise, c’est Sugar Samy qui semble plutôt investir le rôle de ronchon de service. L’humoriste québécois distille bien des traits d’humour dans ses jugements, mais il se distingue surtout par son approche pragmatique. Il semble moins se placer dans l’émotionnel que dans une logique de producteur. « Vous êtes en compétition avec plein de gens sur le marché. Il faut présenter d’emblée le meilleur numéro possible », rappelle-t-il à un trio d’acrobates auquel il conseillerait de « revenir l’année prochaine ». En débriefant un autre candidat, il salue sa « likeability », c’est-à-dire sa capacité à susciter immédiatement l’empathie du public. A un artiste qu’il a buzzé d’une croix rouge, il explique sans prendre de gants : « Le numéro était trop long, vous ne m’avez pas fait rire. » La phrase, prononcée sur un ton agacé, soulève des huées dans le public. « Si vous voulez prendre un juré mou, prenez Drucker ! », finit-il par rétorquer un brin excédé.

C’est quand on se dit que ce nouveau jury réussit parfaitement à faire oublier Gilbert Rozon, que l’ombre du producteur canadien revient hanter le théâtre. En l’occurrence à travers la bouche d’un candidat éconduit qui lâche son missile : « C’est non pour vous ? Eh bien, pour moi aussi, c’est non. Sauf si Gilbert revient. Il m’a embauché plusieurs fois à Montréal et ce n’était pas pour mon cul. » « Alors, ça, ça ne sera pas gardé au montage », rebondit Eric Antoine pour barrer la route à l’ange qui passe. Assurément, le spectacle est, encore une fois, autant sur scène qu’à la table des jurés. C’est bon signe pour la treizième saison d’Incroyable Talent : l’ennui ne sera pas au rendez-vous.