«Brigitte Macron, un roman français»: «J’aime bien les personnages qui donnent un coup de pied dans le jeu de quilles»

INTERVIEW Le documentaire « Brigitte Macron, un roman français » est diffusé ce mercredi soir sur France 3…

Propos recueillis par Laure Beaudonnet

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Brigitte Macron a construit sa popularité bien en amont de la campagne présidentielle.
Brigitte Macron a construit sa popularité bien en amont de la campagne présidentielle. — Ludovic MARIN / AFP
  • Brigitte Macron, un roman français, réalisé Virginie Linhart est diffusé ce mercredi à 20h55 sur France 3.
  • Cette enquête s’intéresse brosse son portrait à l’aide du témoignage de sa fille Tiphaine, de ses amis d’enfance, de ses anciens élèves et collègues.
  • La réalisatrice Virginie Linhart est revenue pour 20 Minutes sur ce qui fait de Brigitte Macron un personnage éminemment romanesque.

De la bourgeoisie d’Amiens à l’Elysée, de Brigitte Trogneux à Brigitte Macron… Inconnue il y a trois ans, elle est en passe de devenir l’une des « premières dames » les plus populaires de l’histoire. A l’aide de riches archives filmées et de nombreux entretiens avec des proches, Virginie Linhart a retracé la vie atypique de cette ancienne prof de français. La documentariste a enquêté en province, à Amiens, en Alsace, où Brigitte Macrona vécu pendant des années, pour retracer la genèse de l'amour fusionnel qu’elle partage avec l’actuel président,  Emmanuel Macron.

A l’occasion de la diffusion du documentaire inédit Brigitte Macron, un roman français ce mercredi soir sur  France 3, la réalisatrice Virginie Linhart revient pour 20 Minutes sur ce qui l’a intéressée chez cette femme résolument romanesque.

Pourquoi avez-vous voulu raconter l’histoire de Brigitte Macron ?

J’ai été intéressée par son histoire. Une femme qui vit une vie très bourgeoise, mariée à un banquier et mère de trois enfants. Elle suit son mari dans sa carrière et, à 36 ans, elle décide de passer le CAPES. Et, elle fait une rencontre qui va modifier toute sa vie.

Vous décrivez un personnage de roman, c’est d’ailleurs le titre de votre documentaire. N’est-ce pas plutôt le couple présidentiel qui est romanesque ?

C’est elle qui a pris tous les risques, qui a eu tous les courages. Lui, c’est un jeune garçon qui tombe amoureux d’une professeure du lycée, c’est arrivé à des milliers de lycéens. Que ce sentiment soit partagé par une professeure, c’est beaucoup plus rare. Elle a pris le risque de changer sa vie pour vivre avec lui, cela me paraît extrêmement romanesque. Emmanuel Macron est un personnage, à mon avis, romantique, exalté, mais son parcours est plus classique, même si devenir président de la République à 39 ans est très impressionnant. Tout ce qu’elle a fait à partir de sa rencontre avec lui a été plus ou moins insufflé par l’amour qu’elle lui portait.

Avez-vous appris des choses que vous ne saviez pas en travaillant sur ce documentaire ?

J’ai trouvé plusieurs choses intéressantes. Le couple qu’elle forme aujourd’hui avec Emmanuel Macron est l’antithèse de celui qu’elle formait avec son premier mari. Elle s’occupait des enfants et de la maison tandis qu’il [André-Louis Auzière] s’occupait de sa carrière. Avec Emmanuel Macron, ils ont une relation extrêmement fusionnelle. D’autre part, cela paraît naïf, mais j’ai réalisé à quel point le rôle de première dame l’a enfermée dans une tour d’ivoire et ne lui permet plus d’avoir une liberté de parole. Tout est contrôlé, vérifié. Pour une femme comme Brigitte Macron, qui est très spontanée, très cash, cela ne doit pas être évident.

Avez-vous rencontré des difficultés pour mener votre documentaire ?

J’ai croisé Brigitte Macron qui m’a dit, non sans humour : « On m’a parlé de vous et on m’a dit que vous pouviez faire de très beaux portraits sans rencontrer les protagonistes, moi je ne pourrai pas être interviewée ». Quand j’ai sollicité sa fille et ses meilleures amies, elles ont vérifié auprès d’elle si elles pouvaient parler. Il y a eu un aval de l’Elysée. En revanche, comme je n’ai pas eu d’accès direct à elle, je ne l’ai pas interviewée, je n’ai eu aucun contrôle a posteriori. Personne ne m’a demandé de voir le film.

Du fait de la bienveillance de Brigitte Macron, avez-vous eu le sentiment de vous autocensurer ?

Non, parce que ce n’était pas un portrait à charge. Elle n’est pas engagée en politique. C’est un personnage à qui il est arrivé une histoire assez extraordinaire. Je n’ai pas de jugement à avoir, même politiquement, comme je pourrais en avoir sur le président ou sur son Premier ministre [Edouard Philippe].

Vous évoquez la rumeur sur l’homosexualité d’Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle. Pourquoi partez-vous du principe qu’elle est fausse ?

Il me semble, mais c’est mon point de vue, que si cette rumeur était avérée, avec le nombre de paparazzi qui étaient sur le coup, elle aurait été confirmée. Ce qui m’intéressait, c’était de décortiquer la rumeur, comprendre d’où elle venait. Je trouvais intéressant d’entendre dire qu’elle émanait des gens du pouvoir. Des hommes politiques bien établis qui ont l’habitude d’être avec des femmes plus jeunes ou qui ont l’habitude de tromper leur épouse légitime parce que cela fait partie des attributs du pouvoir. Pour eux, ce couple ne pouvait pas exister. Il ne correspondait pas aux codes de l’homme politique français. Je trouvais cela intéressant.

Brigitte Macron est la troisième femme à laquelle vous consacrez un portrait après Jeanne Moreau et Simone de Beauvoir. Qu’ont-elles en commun ?

Ce sont des femmes très différentes. J’aime bien les personnages qui, à un moment, donnent un grand coup de pied dans le jeu de quilles. Jeanne Moreau l’a fait toute sa vie. Elle était très iconoclaste dans ses choix cinématographiques et dans sa façon de vivre sa vie au début des années 1960. Quand elle joue dans Jules et Jim de François Truffaut en 1962, le couple à trois, on est très loin de la libération sexuelle, les femmes n’ont pas encore le droit à la pilule ni à l’avortement. C’est très révolutionnaire. J’aime bien chez Brigitte Macron le fait que cette femme, qui avait une vie toute tracée, donne un coup de pied dans le jeu de quilles et a entièrement changé de vie.

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