VIDEO. Pourquoi il ne faut absolument pas louper la série documentaire judiciaire «Soupçons» sur Canal+

TRUE CRIME La série documentaire culte de Jean-Xavier de Lestrade revient sur Canal+ avec une version intégrale et un épilogue inédit, la fin d'un feuilleton judiciaire de 15 ans...

Vincent Julé

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Michael Peterson, coupable idéal ou génie du mal, le passionnant documentaire «Soupçons - The Staircase» de Jean-Xavier de Lestrade pose la question sur Canal+
Michael Peterson, coupable idéal ou génie du mal, le passionnant documentaire «Soupçons - The Staircase» de Jean-Xavier de Lestrade pose la question sur Canal+ — WHAT'S UP FILMS

Si Netflix est surtout connu pour ses séries, la plate-forme rencontre également un beau succès avec ses documentaires, addictifs et souvent criminels : Making A Murderer, The Keepers, Amanda Knox, Evil Genius… et bientôt The Staircase. Présentée - à tort - comme un « Netflix Original », cette série documentaire est en fait une production française Canal +, dont les huit épisodes originaux ont été diffusés en 2004, avec une suite en 2013, et à partir de ce jeudi à 22h35, une version intégrale en treize épisodes et un épilogue inédit.

Vous l’aurez compris, Soupçons - The Staircase est une affaire au long cours, de ces faits divers, de OJ Simpson à Xavier Dupont de Ligonnès, qui passionnent un pays, obsèdent les téléspectateurs et questionnent nos institutions, notre humanité.

Un banal fait divers

La nuit du 9 décembre 2001, Michael Peterson appelle, affolé, les services d’urgence de Durham, en Caroline du Nord : il a trouvé sa femme Kathleen inconsciente au bas de l’escalier - le fameux staircase. La police découvre de grosses quantités de sang, des traces de lacération sur le crâne de la victime, et conclut vite à un crime. L’affaire aurait pu n’avoir qu’une ligne dans la presse, si Peterson n’était pas un riche écrivain et une figure locale.

Mais elle aurait pu aussi tourner court, si les rebondissements ne remettaient pas sans cesse en question nos certitudes sur l’accusé et sa culpabilité : sa belle-fille se retourne contre lui, des détails de sa vie privée, et sexuelle, sont révélés, et une affaire vieille de vingt ans remonte à la surface, la mort d’une de ses amis, retrouvée… en bas d’un escalier !

Un personnage fascinant

Alors, coupable idéal ou génie du mal ? A l’instar de l’affaire Robert Durst et du documentaire The Jinx, The Staircase tient beaucoup à la personnalité de son héros… euh, pardon, suspect. En effet, Michael Peterson est de tous les plans, de tous les instants, et le téléspectateur ne sait jamais sur quel pied danser face à son intelligence, son humour, sa bienveillance, sa distance, ses secrets aussi. La proximité au sein de sa famille, avec ses avocats, implique une empathie naturelle, forcée, qui se trouve malmenée à chaque révélation, sans pour autant que sa culpabilité n’éclate telle une évidence. Préparez-vous à des débats animés à table, et quelques cauchemars au lit.

Un renouveau du genre

Du propre aveu de son auteur, Soupçons - The Staircase n’a pas inventé le true crime, avec par exemple l’incontournable The Thin Blue Line d’Errol Morris en 1988 ou la trilogie Paradise Lost dans les années 90. Jean-Xavier de Lestrade avait lui-même réalisé et été oscarisé pour le film Un coupable idéal en 2002. Mais avec The Staircase, pourtant conçu à l’origine comme un unitaire, il renouvelle la structure habituelle du documentaire judiciaire et épouse celle des meilleures séries de fiction avec cliffhangers de fin d’épisode et gros potentiel de binge watching. La réalité rattrape la fiction, et sans The Staircase, il n’y aura eu ni Making a Murder, ni The Night Of.