« Les Combattantes » sur TF1 : « Faire une série d’époque était encore mieux que je ne l’avais imaginé », se réjouit Sofia Essaïdi

INTERVIEW Rencontre avec Sofia Essaïdi qui rejoint Audrey Fleurot, Camille Lou et Julie de Bona, les stars du « Bazar de la charité » dans la fiction événement de TF1, « Les Combattantes »

Anne Demoulin
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Sofia Essaïdi incarne Caroline Dewitt dans « Les Combattantes ».
Sofia Essaïdi incarne Caroline Dewitt dans « Les Combattantes ». — CAROLINE DUBOIS / TF1 / QUAD DRAMA

La bande du Bazar de la charité s’agrandie ! Les Combattantes, minisérie présentée hors compétition en avant-première au Festival de la fiction TV de la Rochelle et diffusée ce lundi à 21h10 sur TF1, réunit à nouveau Audrey Fleurot, Camille Lou et Julie de Bona dans une grande fresque historique et romanesque produite par Iris Bucher et réalisée par Alexandre Laurent. Mais Les Combattantes suit le destin de non pas trois, mais quatre femmes durant la Première Guerre mondiale. Audrey Fleurot y enfile la guêpière d’une prostituée, Camille Lou, l’uniforme d’une infirmière, Julie de Bona, l’habit d’une nonne et la petite nouvelle, Sofia Essaïdi, la blouse d’une patronne d’usine. La chanteuse et actrice a raconté cette expérience à 20 Minutes.

Il paraît que vous aviez très envie d’un rôle en costume…

Oui ! Depuis des années ! Je suis une grande amatrice de films et séries d’époque, j’adore cela ! J’étais assez triste de n’en avoir jamais fait. J’espérais qu’on me le proposerait un jour.

Je suis ravie d’avoir pu le faire avec une série aussi spectaculaire. Une série d’époque sans moyens, c’est difficile.

Quel plaisir a-t-on de jouer en costume ?

Il y a les costumes, mais aussi les décors et les figurants. Quand on sort de sa loge et qu’on voit des soldats à moitié morts par terre, des chevaux dans tous les sens, des reconstitutions aussi réalistes… Il y a presque un moment où l’on confond la réalité et la fiction. Cela nous permet d’être dans une vérité d’instant. Je l’avais imaginé, et c’était mieux que ce que j’avais imaginé. On est projeté, c’est comme si on vous poussait d’un coup dans une autre réalité. Cela aide. Mon personnage, Caroline, a une vraie trajectoire de libération. Au début, elle est vraiment très étriquée, et avoir des corsets, des costumes serrés, cela m’a beaucoup aidée. Avec les costumes, il y a quelque chose de ludique, le gamin qui se déguise resurgit en vous.

Comment présenteriez-vous votre personnage, Caroline ?

C’est une bourgeoise qui va être amenée à prendre la tête de l’usine de son mari lorsqu’il part à la guerre. Elle habite dans une maison qui n’est pas la sienne, celle de sa belle-famille avec laquelle elle entretient des relations plutôt conflictuelles. C’est une femme moderne pour son époque, mais qui ne peut pas s’exprimer comme elle en a envie, qui ne peut pas être qui elle est et qui vit dans un monde tout en retenue.

Un rôle à l’opposé de ce que vous dégagez dans la vie…

Le tournage a été très dur pour moi, parce que j’ai beaucoup d’énergie, je suis intérieure, mais aussi beaucoup tournée vers l’extérieur. Ce travail sur la retenue m’a épuisé profondément. Ce qui m’a intéressée dans ce rôle-là, c’est son chemin de libération et d’acceptation d’elle-même. J’adore les rôles de composition, aller contre qui je suis naturellement, c’est jouissif. J’aime me lancer des défis, faire des choses qui me paraissent difficiles et éprouvantes. C’est pourquoi je dois me reposer beaucoup après les tournages. Je me donne beaucoup, mais quand je termine, je suis assez vidée.

Comment vous êtes vous intégrée dans cette équipe du « Bazar de la charité » ?

Très facilement ! J’ai été accueillie merveilleusement bien. Le fait que les gens se connaissaient dans l’équipe a mis une super ambiance. Finalement, sur les sept mois de tournage, on n’a été que deux fois réunies toutes les quatre ! On est un peu par couple dans cette série, Audrey et moi d’un côté, Camille et Julie de l’autre. Quand on s’est retrouvées la première fois toutes les quatre, elles m’ont prises dans les bras en me disant : « On est trop contentes que tu sois avec nous ! ». Il y avait quelque chose de très simple et de très normal. Pas une seconde, j’ai eu l’impression d’avoir besoin de trouver une place.

Comment s’est passé la collaboration avec Sandrine Bonnaire, qui joue l’acariâtre belle-mère de Caroline ?

Quelle chance j’ai eue avec Sandrine Bonnaire, mais aussi avec Grégoire Colin, qui joue Charles, le mari de Caroline ! Ce sont deux acteurs exceptionnels. J’ai eu un plaisir fou à les connaître parce que je les admirais beaucoup. Parfois, il y a des rencontres avec lesquelles tout est aligné : on parle le même langage, on aime et on envisage le travail de la même façon, on s’implique de la même manière… Et tout d’un coup, il y a quelque chose d’hyperfluide. J’étais très impressionnée par Sandrine Bonnaire au début ! Mais c’est une personne tellement simple, gentille et sympathique, et qui ne se la raconte tellement pas, alors qu’elle pourrait. Au bout de quelques heures, on se racontait déjà des choses intimes et ce fut comme cela pendant tout le tournage. J’ai eu beaucoup de peine à la quitter !

Caroline se retrouve dans la situation très moderne de concilier travail et rôle de maman…

Cela va être son combat. Pour elle, ce n’est pas un choix que d’aller travailler. C’est la différence avec notre époque. Cela va être une déchirure pour elle. Elle est folle d’amour pour sa fille, cela m’a touchée. L’amour de sa fille va l’amener à faire l’impossible. Elle veut aussi la protéger de sa belle-mère. Elle est aussi folle amoureuse de son mari, et ça, j’adore aussi ! Il y a tellement d’histoires à cette époque qui tournent autour de mariages arrangés dans la bourgeoisie. J’étais contente qu’on raconte une vraie histoire d’amour. Comme ils s’aiment profondément, elle est aussi prête à tout pour aider son mari, quitte à devoir mettre un peu de côté sa fille. Elle est tiraillée entre l’amour et l’amour. Ses choix sont guidés par l’amour pour sa fille ou son mari. Je suis une grande défenseuse de l’amour. Et là, je viens défendre une libération intérieure et l’amour profond et inconditionnel.

Une fiction qui traite la Grande Guerre du point de vue des femmes, c’est assez rare, tout comme les personnages de femmes cheffes d’entreprise… Considérez-vous « Les Combattantes » comme une série féministe ?

Notre réelle envie était de parler de la Grande Guerre, et de comment d’un coup, des femmes qui n’ont jamais eu de responsabilités autres que de gérer une maison, vont se retrouver à gérer des entreprises ! Si la série donne aussi des ailes à des femmes d’aujourd’hui, alors on aura tout gagné. J’ai envie que tout le monde soit au même niveau. Je n’ai ni envie que les femmes soient au-dessus des hommes, ni que les hommes soient au-dessus des femmes. J’ai envie que tout le monde ait les mêmes chances dans la vie, pour moi, c’est ça le féminisme. Je souhaite que chacun ait la place qu’il mérite, désire ou rêve… Que l’on soit un homme ou une femme. Le moment où l’on n’en aura plus rien à foutre du genre, là, on aura vraiment avancé dans la vie !

Qui sont « Les Combattantes » d’aujourd’hui pour vous ?

Ce sont les personnes qui se battent pour être vraiment elles-mêmes, pour s’affranchir des codes et des carcans, des conditionnements, de ce qu’on les force à être ou ne pas être. Je me considère aujourd’hui comme une combattante de la liberté intérieure : être et s’accepter tel que l’on est et oser être qui l’on est. Le seul combat qui vaille, même si je n’aime vraiment pas le mot combat, est celui avec soi-même. Celui qui permet individuellement d’être la meilleure version de soi-même. Il n’y a que cela qui permet réellement d’être heureux. Tout le reste, ce qu’on nous fait croire qu’il faut avoir pour être heureux dans la vie, est très éphémère. Avant de vouloir que les autres changent, regardons-nous d’abord, changeons en nous ce qui fait qu’on n’est pas soi-même. Après, grâce à cela, on peut vivre dans un monde un peu plus serein et bienveillant.