« A League of Their Own » : Avec ses femmes fortes, la série gagne le match contre le patriarcat

HOME RUN ! « A League of Their Own », reboot du film culte « Une équipe hors du commun », sur Amazon Prime Video, suit l’émancipation d’une équipe féminine et queer durant la Seconde guerre mondiale

Anne Demoulin
Abbi Jacobson et D'Arcy Carden dans la série « A League of Their Own ».
Abbi Jacobson et D'Arcy Carden dans la série « A League of Their Own ». — Amazon Prime Video
  • Reboot du film Une équipe hors du commun, A League of Their Own, disponible sur Amazon Prime Video, suit les pionnières du baseball professionnel américain pendant la Seconde guerre mondiale.
  • Au travers les destins croisés de l’équipe des Peaches de Rockford et de Max, une lanceuse talentueuse, exclue de la ligue parce qu’elle est noire, la série aborde le sexisme, le racisme et l’homophobie.
  • « Cette série va marquer l'histoire de la représentation lesbienne dans les séries », salue Lauriane du média Lesbien Raisonnable.

Voilà un brillant exemple de ce que devrait être un reboot ! Trente ans après le film Une équipe hors du commun, réalisé par Penny Marshall et porté par Geena Davis, Tom Hanks et Madonna, A League of Their Own, série en huit épisodes disponible sur Amazon Prime Video, suit la formation, les épreuves et les tribulations d’une équipe féminine de base-ball aux Etats-Unis pendant la Seconde guerre mondiale. Cette série exaltante sur l’ empowerment - éminemment queer - se classe dans la ligue des championnes. Passons en revue ses états de service.

Comme le film de 1992, inspiré d’une histoire vraie, A League Of Their Own raconte la véritable histoire des pionnières du sport féminin aux Etats-Unis. Dans une Amérique en pleine guerre mondiale, les hommes, et de nombreux athlètes, sont au front. Afin de ramener le public dans les stades, les dirigeants de la ligue de baseball ont l’idée de créer les premières équipes de baseball professionnelles 100 % féminines.

Le film était centré sur l’histoire de Dottie Hinson, campée par Geena Davis, un personnage inspiré par la receveuse Dottie Green. La série trouve aussi son point d’ancrage dans un personnage de receveuse, Carson Shaw, une femme qui a tout lâché intégrer l’équipe des Peaches.

Le portrait d’une société sexiste, raciste et homophobe

Carson Shaw est incarné à l’écran par Abbi Jacobson, à qui l’on doit Broad City, hilarante série féministe culte sur l’amitié de deux vingtenaires dans le New York des années 2010. Elle a créé la série avec Will Graham, concepteur d'une autre pépite disponible sur Amazon Prime Video, Mozart In The Jungle.

A League of Their Own ne parle pas seulement de baseball, mais surtout de la place de la femme dans les années 1940… Une condition féminine peu enviable qui fait écho à celle de notre époque tant le manque de considération pour le sport féminin et les remarques sexistes et misogynes dans les tribunes sont encore d’actualité.

La série partage son temps entre les débuts de l’équipe des Peaches de Rockford et Max (Chanté Adams), une lanceuse ambitieuse, exclue de la ligue parce qu’elle est noire.

La plupart des membres de l’équipe de base-ball sont des lesbiennes. « Pendant la promotion, les créateurs de la série ont fait parler une joueuse professionnelle, Maybelle Blair, qui a dit que le nombre de lesbiennes était tout à fait représentatif et qu’elle était elle-même lesbienne, c’est ainsi qu’elle a fait son coming-out pour la première fois à 95 ans », raconte Lauriane, du média Lesbien Raisonnable.

Les joueuses fréquentent les boîtes de nuit clandestines, suivent des règles strictes pour cacher leur orientation sexuelle et se hérissent face à la version de la féminité imposée par la ligue. « On était dans une société où il fallait absolument se cacher parce que sinon on risquait l’enfermement dans un hôpital psychiatrique ou la lobotomie », rappelle Lauriane.

Une représentation queer qui va faire date

L’une des intrigues suit la romance entre Carson et sa coéquipière, Greta (D’Arcy Carden, l’inénarrable Janet de The Good Place). « C’est une série qui va marquer la représentation lesbienne dans les séries », poursuit la créatrice de Lesbien Raisonnable.

Et d’expliquer : « Il y a de plus en plus de personnages lesbiens, queers, bisexuels et pansexuels dans la fiction, mais souvent ces personnages sont racontés uniquement au travers d'une histoire d’amour ou alors les intrigues sont centrées sur le coming out. Là, on a une histoire d’amour, bien sûr, mais on a aussi quelque chose d’assez rare dans la fiction : la représentation de l’amitié lesbienne. A League of Their Own présente plusieurs protagonistes lesbiennes, queer, bis ou qui ne savent pas trop, qui se parlent sans qu’il y ait un enjeu amoureux derrière, mais juste en amies. »

Même si aucun des personnages n’était ouvertement lesbien dans le film, Une Equipe hors du commun est « un film LGBT iconique », explique la créatrice Abbi Jacobson à Yahoo. « Il fait partie de tous ces films avec beaucoup de sous-texte. En 1992, c’était difficile de faire un film avec autant de lesbiennes, mais il y avait quelques indices », analyse Lauriane.

Rosie O’Donnell qui joue Doris, l’un des personnages les plus manifestement crypto-lesbien du film, revient d’ailleurs dans la série dans un glorieux caméo en tant que propriétaire d’un bar homo.

Une série exaltante sur l’empowerment

La plupart des fictions sur le sport explorent la façon dont des individus apprennent à se dépasser au sein d’une équipe en se serrant les coudes, A League of Their Own prend une voie légèrement différente et montre aussi comment le filet de sécurité d’une équipe permet à un individu de se réaliser pleinement.

Au cours des huit épisodes, chacune des héroïnes va trouver sa manière de détruire l’image de la femme qu’elle est censée être pour devenir réellement l’individu qu’elle est. « La série montre comment on trouve son équipe, qu’elle soit sportive ou autre… », souligne Lauriane.

Avec ces dialogues ciselés, sa mise en scène palpitante, son interprétation inspirée, cette splendide dramédie historique sur le baseball, à la manière des grandes séries sportives comme Friday Night Lights ou Ted Lasso, parle de quelque chose de bien plus grand que le sport.

Il s’agit de vivre la vie qu’on aurait jamais pensé vivre en raison de son genre, de son orientation sexuelle ou de son origine ethnique. Un message vibrant pour une série au « génie lesbien » d’intérêt général.