« Skam France » : Une saison 10 qui brise les tabous sur le viol conjugal, sur fond d'éveil féministe

CONSENTEMENT La dixième saison de la série de France TV Slash s’attaque au sujet encore peu médiatisé du viol conjugal et aux violences sexuelles vécues par les adolescentes et jeunes adultes

Pauline Ferrari
Anaïs, jouée par Zoé Garcia, est l'héroïne de la saison 10 de « Skam ».
Anaïs, jouée par Zoé Garcia, est l'héroïne de la saison 10 de « Skam ». — Thibault GRABHERR-FTV

« J’ai trop bu, je ne me sens pas bien, vraiment » lâche Anaïs, pâle. « Je suis démonté aussi, éclaté » rit Hugo, son copain, alors qu’ils rentrent de soirée. Dans sa chambre d’adolescente, Anaïs voit flou, s’allonge, alors qu’Hugo l’aide à enlever ses chaussures et lui apporte un verre d’eau. Quelques secondes plus tard, il l’embrasse, initie une relation sexuelle. « Non, arrête, j’ai pas envie », oppose-t-elle. « Allez, on va pas se voir pendant une semaine », lui répond son copain, qui n’arrête pas ses gestes. La scène de près de 5 minutes, difficile à regarder, marque le début de la nouvelle saison de Skam France. Le ton est donné : la série pour adolescent.e.s et jeunes adultes se concentre sur le viol conjugal, le consentement, et l’éveil féministe.

Cette dixième saison, diffusée sur France TV Slash depuis le 7 mai dernier met en lumière le personnage d’Anaïs Rocha, joué par Zoé Garcia, jusqu’alors personnage secondaire parfois agaçant de l’entourage de Tiff, sur qui se centrait la saison 7. Sidération, culpabilité, addictions, effets post-traumatiques, position des victimes et du système judiciaire, Skam réussit le pari d’aborder le sujet du viol tout en justesse. Sur dix épisodes, on voit le cheminement d’Anaïs, de sa sidération et du déni jusqu’à sa prise de conscience, en passant par la colère ou la réaction de son entourage. La saison aborde aussi la question du militantisme féministe, à travers les actions de collage qui ont fleuri en France ces dernières années ; mais aussi de la difficulté du dépôt de plainte et du parcours judiciaire.

Comment écrire l’indicible ?

Si les premières saisons de Skam France étaient adaptées du même scénario que sa version norvégienne, la version française a pris son propre chemin, avec de nouvelles thématiques, et l’inclusion de nouveaux personnages. Sur cette nouvelle saison, comme sur les quatre précédentes, on retrouve Deborah Hassoun au scénario et Shirley Monsarrat à la réalisation. Cette saison sera la dernière du duo, comme elles le confiaient au  magazine Première : « Nous, on a fini. On a travaillé sur une génération de Skam, qui a évolué entre la saison 7 et la saison 10. Cette saison 10 boucle vraiment notre génération. C’était important pour nous d’avoir une vraie fin. On est vraiment heureuses d’avoir pu aller au bout de ce qu’on voulait raconter. De voir nos acteurs vieillir à l’écran. Et pour nous, Skam, c’est terminé. Et c’est bien ».

Une saison à l’écriture juste, et qui s’est faite entourée de professionnelles, comme une policière bénévole à la Maison des Femmes, ce centre de santé où on peut venir porter plainte sans être jugée ; un psychiatre spécialisé sur les violences sexuelles sur les mineures ou encore la militante féministe Elvire Duvelle-Charles, autrice de Clit Révolution : Manuel d’activisme féministe (Editions Des Femmes). Dans une interview sur Radio Nova, Deborah Hassoun expliquait ainsi que si le sujet du viol touche malheureusement tout le monde, « chez les jeunes femmes, il n’y a peut-être pas encore les mots ». « Souvent, on a une image des victimes et des survivantes qui sont très traumatisées, alors que ce sont des warriors qui continuent à vivre » développait la scénariste.

Les fans suspendus à chaque nouvel extrait

La série, toujours diffusée sur France Tv Slash, mais aussi sur YouTube et les réseaux sociaux au jour et à l’heure où se passe l’action dans la fiction, se dote de scènes très fortes, qui montrent les préoccupations d’une jeunesse qui s’engage. Photographie, bande-son, lumières : preuve que les séries pour les ados et les jeunes adultes sont au niveau de la qualité des productions plus « adultes ». D’autant que la série cartonne : en mai 2022, la série cumule plus de 310 millions de vues cumulées en 9 saisons, à la fois sur YouTube et sur France TV Slash.

Du côté des fans, chaque séquence est l’occasion de décortiquer les scènes, les personnages et leurs réactions, particulièrement sur les réseaux sociaux. « Cette saison vient vraiment au bon moment. Avec l’affaire Johnny Depp qui remet en question les principes de MeToo… » pouvait-on lire dans un commentaire YouTube. Après une saison 8 en demi-teinte qui avait laissé les spectateurs de Skam perplexes, les réactions sont unanimes : la saison 10 est une réussite, et on a pas vraiment envie que celle-ci se finisse.