« The Boys » : Les débats sur les scènes gores n’occultent-ils pas la substantifique moelle de la série ?

POUVOIR Alors qu’une scène choc sanglante de la saison 3 de « The Boys » crée la polémique, retour sur ce qui fait l’essence de la série d'Amazon Prime Video

Anne Demoulin
Antony Starr incarne Homelander (Le Protecteur) dans « The Boys ».
Antony Starr incarne Homelander (Le Protecteur) dans « The Boys ». — Amazon Prime Video
  • Après une salve de trois épisodes sur Amazon Prime Video le 3 juin, la mise en ligne de la saison 3 de The Boys se poursuit à raison d’un épisode chaque vendredi jusqu’au 8 juillet.
  • Une scène choc et gore du premier épisode suscite la polémique.
  • La dimension gore de The Boys n’occulte-t-elle pas trop le fond de la série ?

Toujours plus gore, plus trash et plus violent ! Depuis son lancement le 3 juin, une scène de la saison 3 de The Boys fait l’objet de tous les commentaires. « La séquence la plus folle que personne n’ait jamais faite », avait promis en amont de la diffusion le showrunner du hit d’ Amazon Prime Video, Eric Kripke dans une interview accordée à SFX Magazine. Un carnage qui occulte pourtant la dimension éminemment politique du show.

Un pénis géant de onze mètres qui choque

Dans cette scène, Termite, un superhéros capable de devenir minuscule comme  Ant-Man de Marvel, rétrécit et pénètre dans l’urètre de son amant afin de lui procurer du plaisir. Alors qu’il file vers la prostate, il ne peut contenir un éternuement lié à une forte consommation de cocaïne. Un atchoum funeste puisqu’il lui fait aussitôt reprendre sa taille normale, pulvérisant par la même occasion de l’intérieur le corps de son hôte. The Boys se moque ainsi sans trop de finesse de Marvel, faisant référence à une théorie estimant que Ant-Man aurait pu vaincre Thanos en le faisant exploser de l’intérieur après s’être introduit dans son rectum.

La scène, véritable prouesse technique qui a nécessité la construction d’un pénis géant de onze mètres sur le plateau, a contrarié de nombreux spectateurs, scandalisés par la découverte d’une pratique sexuelle, le sodurètre, et de l’abondance de nudité masculine présente des premiers épisodes. Des commentaires fleurant souvent l’ homophobie.

« Une fois que vous décidez de faire un petit personnage à la Ant-Man, vous devez faire en sorte que cet Ant-Man rentre dans les fesses de quelqu’un, puis le fasse exploser ! C’est logique ! Mais ensuite, nous avons compris que nous avions déjà fait exploser le cul de quelqu’un », a expliqué Eric Kripke, dans les colonnes d’EW, faisant référence à la mort de Translucent en saison 1, tué grâce à des explosifs placés dans son anus. Et le showrunneur de poursuivre : « Il n’y a qu’un nombre limité d’orifices dans lesquels une personne peut entrer… Alors par processus d’élimination, il nous restait l’urètre ! »

Une orgie et une pénurie de faux sang

Le succès de The Boys, adaptée des sulfureux comics de Garth Ennis, s’appuie en bonne partie justement sur une énorme dose d’irrévérence et d’humour sardonique, de violentes effusions de sang et beaucoup de sexe et de nudité. La scène du pénis géant n’est par exemple ni plus ni moins violente et choquante que celle de Popclaw broyant accidentellement le crâne d’un homme entre ses cuisses alors qu’il lui faisait un cunnilingus.

La réputation de The Boys s’est bâtie sur une hyperbolisation visuelle du gore. La saison 3 promet encore une débauche de bains de sang et de scènes outrancières. Une saison « si intense » que le département dédié au maquillage a manqué de faux sang après avoir filmé seulement deux épisodes, a annoncé Karl Urban, l’interprète de Billie Butcher.

Normal si l’on pense à l’importance prise par le personnage de Victoria Neuman, capable de faire exploser des têtes. Et le très « teasé » épisode 6, intitulé Herogasm, qui mettra en scène le 24 juin une orgie entre superhéros d’anthologie, risque de faire couler beaucoup d’encre.

Des carnages compensés par la sincérité et la relative candeur des personnages comme Starlight, Hughie, Frenchie et Kimiko. L’évolution de cette dernière, qui retrouve littéralement et métaphoriquement sa voix lorsqu’elle chante dans l’épisode 1 et la scène du parc d’attractions, toute à la fois bouleversante et violente, apporte une touche de sensibilité bienvenue. Parce que si The Boys est un jouissif exécutoire, qui fait rarement dans la délicatesse, il serait cependant dommage de la réduire à cela.

Une satire sur le pouvoir et les rapports de domination

« With great power comes the absolute certainty you’ll turn into a right cunt (« Avec de grands pouvoirs vient la certitude absolue que vous allez vous transformer en vrai con ») », balance Billie Butcher dans cette nouvelle saison. Telle est la thèse que défend – à l’instar d’une autre série qui a bâti son succès sur les fornications et les bains de sang, Game Of Thrones -, depuis le début, The Boys, qui oppose une bande de justiciers hors-la-loi et Vought, une trop puissante multinationale, fabrique de superhéros superstars.

En ce sens, l’acquisition de superpouvoirs temporaires par Billie Butcher grâce au nouveau composé V24 s’annonce être un des fils narratifs les plus intéressants de cette nouvelle saison, parce qu’il fait progresser le dilemme moral au centre de la série. L’autre est Soldier Boy (Jensen Ackles), un des premiers superhéros, disparu dans les années 1980 et qui pourrait être la clé pour se débarrasser d’Homelander.

Pouvoir et célébrité, sexisme et masculinité toxique ou encore récupération mercantiliste… Si les commentaires sociétaux de The Boys ne sont pas toujours subtils, ils frappent toujours juste. La saison 3 de The Boys questionne un monde où seules les démonstrations de force écrasantes sont valorisées et se demande si un tel pouvoir peut être exercé pour le bien. Il est d’ailleurs assez ironique de constater que cette série, qui critique aussi violemment le pouvoir hégémonique d’une firme soit produite par l’une des sociétés les plus puissantes du monde. Bien plus que trash et gore, The Boys est méchamment intelligente parce qu’elle est avant toute chose, iconoclaste.