« Stranger Things » : « On a voulu explorer cette noirceur du monde réel qui accompagne le lycée », expliquent Matt et Ross Duffer

INTERVIEW Matt et Ross Duffer, les créateurs de « Stranger Things », expliquent comment ils ont conçu la saison 4, dont la première partie est mise en ligne ce vendredi sur Netflix

Propos recueillis par Anne Demoulin
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Matt Duffer et Ross Duffer à la première de la saison 4 de « Stranger Things » à Los Angeles le 14 mai 2022.
Matt Duffer et Ross Duffer à la première de la saison 4 de « Stranger Things » à Los Angeles le 14 mai 2022. — Gregory Pace/Shutterstock/SIPA
  • Après trois années d’absence, « Stranger Things » revient ce vendredi sur Netflix.
  • La bande a désormais intégré le lycée et s’apprête à affronter un monstre terrifiant, Vecna.
  • Matt et Ross Duffer parlent de cette saison 4 qui s’annonce plus dense, sombre et terrifiante que jamais !

L’attente touche bientôt à sa fin ! Après trois années d’absence, Stranger Things revient ce vendredi sur Netflix avec une première salve de cinq épisodes inédits. Cette saison 4 commence plusieurs mois après le final de la saison 3, alors que les Byers ont déménagé, la bande a intégré l’impitoyable univers du lycée et les amis s’apprêtent à passer les vacances de printemps ensemble. De nouveaux phénomènes étranges se déroulent à Hawkins… 20 Minutes s’est entretenu par visioconférence avec les créateurs du show, Matt et Ross Duffer, pour discuter de cette saison 4 qui s’annonce plus dense, sombre et terrifiante que jamais !

Vos héros ont beaucoup grandi depuis la saison 3, que vouliez-vous raconter sur l’adolescence dans cette saison 4 ?

Matt Duffer. C’est l’un des aspects les plus chouettes de la série, non ? Les enfants ne sont plus des enfants. Ils changent et grandissent, ce qui oblige la série à évoluer. Même si on voulait que la série reste la même, on ne pourrait pas parce que ça ferait bizarre. Ils se dirigent vers le lycée en saison 4. Dans la salle d’écriture, nous avons échangé sur nos expériences au lycée. Ross et moi avons détesté le lycée. En fait, la plupart de nos auteurs n’ont pas eu les meilleures expériences au lycée. C’est une période très éprouvante pour tout le monde, on grandit et on doit gérer beaucoup d’émotions. Pour moi, c’est à ce moment-là que l’anxiété, la dépression et toutes ces choses ont commencé à se manifester. C’était un défi pour nous, on aimait les films et les arts, et on vient d’une ville qui n’était vraiment intéressée que par le sport. On a donc eu du mal à trouver notre place. On se sentait perdus. On a voulu explorer tout ça. Alors que le collège était un moment magique dans un environnement magique, on a souhaité que le lycée soit un défi pour nos enfants. On a vécu les mêmes expériences qu’eux. Certains de nos potes nous ont quittés pour aller traîner avec les sportifs, c’était dévastateur pour nous. On a voulu explorer cette noirceur du monde réel qui accompagne cette période. Ce moment difficile de notre vie est représenté par ce nouveau monstre. Il incarne physiquement tout cela. C’est pour cela que nous avons abouti à ce qui est probablement la saison la plus sombre, jusqu’à présent. Les enfants se retrouvent dans un film d’horreur, parce qu’ils sont au lycée.

Robert Englund au casting, Vecna créé par Barrie Gower à qui l’on doit le Roi de la nuit de « Game of Thrones », la maison hantée… Quel était le moodboard de cette saison 4 ?

Ross Duffer. Nous voulions revenir à la saison 1 avec le méchant de cette année. Nous voulions un monstre concrètement sur le plateau.

M.D. Un mec dans un costume.

R.D. Nous désirions quelque chose de tangible, avec lequel les acteurs pouvaient interagir. Nous souhaitions filmer quelque chose de réel, pas juste une balle de tennis en l’air. On en a beaucoup discuté. Je pense que le public peut ressentir quelque chose d’effrayant. En saison 3, nous nous sommes amusés à faire notre film de gros monstres, façon Jurassic Park. Là, on voulait aller vers quelque chose de plus psychologique, mais aussi faire en sorte que notre monstre soit physique, quelque chose à quoi on peut réagir et qu’on peut ressentir.

M.D. Pour les acteurs, c’est quelque chose de plus palpable.

R.D. Le monstre que Barry a créé est vraiment effrayant. Je pense qu’on peut le sentir dans les yeux de nos interprètes. C’était un clin d’œil aux méchants qui nous ont le plus effrayés en grandissant, comme Freddy Krueger. Et on a eu la chance d’avoir Robert Englund dans cette saison !

M.D. Mais aussi Doug Bradley en Pinhead ou Tim Curry en Pennywise. Ces performances nous ont vraiment marqués en grandissant. Je n’ai pas pu dormir pendant des semaines après avoir vu certaines d’entre elles.

R.D. Nous voulions vraiment que le monstre interagisse avec les acteurs cette saison.

M.D. Le but était d’essayer de recréer ce que ces films nous ont fait ressentir. Maintenant, je les ai regardés bien trop jeune. On voulait faire cela depuis la saison 1, on a été en mesure de le faire cette fois-ci.

Pourquoi avez-vous choisi Vecna, de la mythologie de Donjons et Dragons, comme méchant de cette saison 4 ?

M.D. L’idée de Vecna est venue très tôt, c’était notre première idée en fait. Vecna a vraiment défini la saison.

R.D. Complètement !

M.D. Nous voulions un méchant très similaire à ce genre de films d’horreur Cette saison est toujours marrante, on a toujours les mêmes personnages. On voulait ajouter une couche d’horreur plus sombre, plus psychologique. Et ça collait bien avec le thème du lycée. On voulait aussi faire quelque chose de différent de la saison 3, notre saison blockbuster comme dit Ross. Nous ne voulions pas nous répéter, même si c’était très fun à faire. Gamin, je rêvais de faire Les Griffes de la nuit. C’était notre chance de proposer notre version dans l’univers de Stranger Things. Et c’est une bombe !

R.D. Ce n’est pas seulement un film de monstres, mais aussi un film psychologique. Quand on commence à traiter de l’esprit, on peut vraiment faire ce que j’aime dans Les Griffes de la nuit ou Hellraiser : être vraiment bizarre. Ce genre de films horreur, qui me semblait bizarre et d’un autre monde, m’a complètement marqué. Et c’est le genre de choses qu’on ne peut pas oublier quand on va se coucher, et c’est ce que nous voulions pour cette saison.

M.D. Ils m’ont fait peur. Je ne pouvais pas regarder une photo de Pennywise ou de Pinhead sans avoir des frissons dans tout le corps. Nous voulions essayer cela. Nous nous sommes demandé comment ils réussissaient à faire cela et on a essayé de le découvrir.

La famille Byers en Californie, Hopper en Russie et le reste de la bande à Hawkins, vous avez ces trois intrigues, toutes connectées et en quelque sorte imbriquées les unes dans les autres…

R.D. Tout à fait !

Qu’est-ce que cela apporte d’étendre le monde de « Stranger Things » ?

M.D. L’autre grande différence cette année, c’est que nos personnages sont séparés géographiquement. A la fin de la saison 3, nous nous sommes contraints de faire quitter Hawkins à une grande partie de nos personnages. On a pensé que cela permettrait un changement de rythme intéressant et d’explorer comment ces personnages réagiraient dans des environnements différents. Comment Eleven se comporte dans un lycée en Californie ? Qu’arriverait-il à nos personnages lorsqu’ils sont séparés ? Qu’arriverait-il à Nancy et Jonathan s’ils étaient séparés ? Cela crée de formidables conflits et introduit de nouvelles dynamiques drôles à explorer. Quand on arrive en saison 4, on envie de prendre nos personnages et de les secouer. On a fait en sorte que ce soit un défi pour eux. Cela crée de nouveaux drames du point de vue des personnages. C’est intéressant aussi du point de vue de l’intrigue. Habituellement, Eleven est là pour sauver Hawkins. L’intrigue à Hawkins est effrayante cette année, parce qu’Eleven, cette fille avec des superpouvoirs, n’est pas là pour intervenir.

R.D. Tu peux lui supprimer ses pouvoirs.

M.D. Non seulement ses pouvoirs ont disparu, mais elle n’est pas présente. Donc, même si elle les récupère, ils ont toujours de gros ennuis. Cela ajoute un nouveau parfum à tout ce qui se déroule à Hawkins. En Russie, c’est comme si nous faisions une série complètement différente. Nous avons tourné en Lituanie. La Grande évasion est l’un de nos films préférés. Même si cela ne ressemble pas vraiment à La Grande évasion, on a toujours aimé les films d’évasion. L’Évadé d’Alcatraz est aussi un de nos films préférés. On voulait se frotter à ce genre. C’était chouette de tourner avec ce ton vraiment différent. C’était agréable, pour nous au moins, d’explorer ces différentes tonalités. Et je pense que c’est sain en termes de narration, cela crée tous ces nouveaux conflits.