« Visions » : Les secrets de fabrication d’un « polar mystique »

SURNATUREL Akim Isker, le réalisateur de la minisérie « Visions » ce lundi à 21h10 sur TF1, raconte comment il a mixé paranormal, drame familial et polar

Anne Demoulin
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Louane Emera (Sarah) Léon Durieux (Diego Mariani) dans « Visions ».
Louane Emera (Sarah) Léon Durieux (Diego Mariani) dans « Visions ». — rançois LEFEBVRE / TF1
  • TF1 diffuse ce lundi à 21h10 Visions, portée par Louane Emera.
  • Cette minisérie mixe paranormal, drame familial et polar. « Un polar mystique », résume le réalisateur Akim Isker.
  • Le metteur en scène raconte à 20 Minutes les secrets de fabrication de cette fiction singulière.

Un polar loin des standards ! Visions, minisérie disponible sur Salto et contrairement à ce que nous avions annoncé la semaine dernière, diffusée à partir de ce lundi à 21h10 sur TF1, met en scène Louane Emera dans le rôle de Sarah, une psy pour enfants qui va tisser un lien particulier avec Diego, incarné par la révélation Léon Durieux, un petit garçon qui a d’étranges visions à la suite de la disparition de Lily, une fillette de 11 ans. Un drame sur lequel enquête Romain (Soufiane Guerrab, vu dans Lupin), capitaine de gendarmerie et compagnon de Sarah. Une fiction à la tonalité atypique. « On est très loin des codes. C’est un pari, tout projet est un pari, mais celui-ci est une vraie prise de risque de la part de la chaîne et des producteurs. Je trouve cela fabuleux que la fiction française puisse se permettre ces choses-là », se réjouit Akim Isker, qui signe la mise en scène.

Visions mixe paranormal, drame familial et polar. « C’est un polar mystique, estime-t-il. On est dans le surnaturel, dans “Est-ce qu’on y croit ou pas ?”. La médiumnité, c’est quand même quelque chose d’encore ancré dans la réalité. On n’est pas dans le pur fantastique. »

« J’avais besoin que les visions de Diego puissent exister pour de vrai »

Plutôt que de jouer la carte du polar fantastique, Akim Isker cultive dans Visions une sorte d’inquiétante étrangeté. « Cet enfant a des visions, il sent des choses, il voit des choses. Pour lui, c’est naturel. Pour moi, c’est quelque chose qui pourrait arriver facilement dans la vraie vie. » Sur le plan esthétique, il mise sur le réel et la douceur, plutôt que sur les effets spéciaux. « En tant que metteur en scène, je pars du principe que cette histoire est vraie, explique-t-il. J’avais besoin que les visions de Diego puissent exister pour de vrai. » Quand Diego a une vision de quelqu’un sur son lit, une personne est installée sur son lit. « La seule chose, c’est que seul Diego le voit et pas les autres. »

Certaines scènes peuvent tout de même être perturbantes pour un enfant comme Léon Durieux. « Je savais en lisant ce projet que j’allais devoir tourner avec un enfant pendant presque 50 jours de tournage, donc qu’il fallait préparer cet enfant à l’expérience du plateau et à tout ce que raconte cette minisérie », relate le réalisateur. Par exemple, lorsque le personnage de Diego voit un chat mort dans la baignoire, Léon Durieux « n’a pas eu à tourner avec le chat au-dessus de lui. Il l’imaginait. On ne lui a jamais vivre in situ, sur le plateau, des situations délicates ou effrayantes », rassure le metteur en scène.

« Raconter le point de vue de l’enfant »

Et d’ajouter : « Léon a vraiment été extraordinaire. Grâce à lui, à mon avis, j’ai réussi à apporter dans cette série ce que je voulais, raconter le point de vue de l’enfant. Il a été parfait et m’a parfaitement compris. Il a donné exactement ce que je cherchais. »

L’esthétique de Visions s’éloigne des codes habituels des séries policières françaises. « La plupart des séries policières s’inspirent beaucoup de ce qui s’est fait aux États-Unis, avec des codes très classiques de salles d’interrogatoire très sombres, avec une grosse lumière au centre… », rappelle le réalisateur.

En lieu et place, le décor champêtre et ensoleillé du Lubéron. « Filmer dans cette région m’a beaucoup plu. Je voulais aussi montrer un quotidien des enquêteurs différents, on n’est pas dans un commissariat parisien, mais dans une gendarmerie », poursuit-il.

« Il s’agit de comment s’occuper d’un enfant différent des autres »

Ce qui a séduit le réalisateur du bouleversant téléfilm L’Enfant de personne dans Visions, c’est la dimension drame humain de la fiction « Le rapport entre cet enfant et sa psy, entre un enfant et sa maman », précise-t-il. Un point commun qu’il partage avec Louane Emera : « Louane était vraiment sensible aussi à la question de l’enfant et de la protection de l’enfance. Ici, il s’agit de comment s’occuper d’un enfant différent des autres », explique-t-il.

Et c’est sur les acteurs que la mise en scène de Visions s’appuie pour créer son atmosphère étrange. « Je suis proche des corps, J’aime bien les caméras qui sont pudiques et ne dépasse pas une certaine limite pour raconter quelque chose de plus que ce que l’acteur pourrait dégager », analyse le cinéaste. Et d’ajouter : « Il se passe dans la tête de Louane et du petit Léon quand ils jouent respectivement Sarah et Diego des choses assez étranges, ce qu’ils ressentent, ce qu’ils vivent. J’ai voulu capter ça. »

Sans effets spéciaux, en étant à fleur de peau des personnages, Akim Isker réussit dès la première séquence à faire planer une atmosphère mystérieuse. « Je voulais retranscrire dans cette première scène cette sensation qu’on a quand on arrive dans un endroit et qu’on sent qu’un truc cloche », explicite-t-il. De quoi faire de Visions une série singulière en prime time sur TF1.