« 18h30 » : Dans la saison 2 de la Web-série d'Arte, l'amour s'abîme dans la mise en abyme

PLANS SEQUENCES La saison 2 de « 18h30 », auréolée d’une mention spéciale à Séries Mania et disponible sur Arte.tv, suit le tournage d’une série qui s’appelle « 18h30 », mettant en scène deux collègues à la sortie du boulot

Anne Demoulin
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Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme dans la saison 2 de « 18h30 ».
Pauline Etienne et Nicolas Grandhomme dans la saison 2 de « 18h30 ». — La Blogothèque Productions
  • La saison 2 de 18h30, auréolée d’une mention spéciale à Séries Mania et disponible sur Arte.tv.
  • En saison 1, 18h30, c’est l’heure à laquelle Eric et Melissa (Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne), deux collègues, partent chaque soir du bureau pour rejoindre le même arrêt de bus.
  • En saison 2, 18h30, c’est le nom de la série que tournent les comédiens Arnaud et Judith (Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne, à nouveau) qui interprètent Eric et Mélissa…

Une ingénieuse mise en abyme ! En saison 1, 18h30, c’est l’heure à laquelle Eric et Melissa (Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne), deux collègues, partent chaque soir du bureau pour rejoindre le même arrêt de bus. En saison 2, 18h30, c’est le nom de la série que tournent les comédiens Arnaud et Judith (Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne, à nouveau) qui interprètent Eric et Mélissa… Ces deux saisons gigognes, réalisées et écrites par le duo Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur, sont disponibles sur Arte.tv. Comment la saison 1 et la saison 2, auréolée d’une mention spéciale du jury de la compétition des formats courts du dernier festival Séries Mania de Lille, se font écho ?

Pour celles et ceux qui ne sont pas (encore !) familiers de 18h30, les 22 épisodes, de 5 à 7 minutes chacun, tournés en plan-séquence, suivaient avec délicatesse les déambulations, les échanges, d’abord triviaux, puis plus personnels… De ces instants suspendus « ni au travail, ni chez eux », de cette « zone grise » comme le résume le réalisateur et scénariste Maxime Chamoux, naissait un marivaudage délicat et subtil.

« Ce parti pris du plan séquence permet de donner de l’importance aux non-dits, aux silences, et d’aller à l’encontre d’une certaine dérive de l’époque qui veut tout accélérer. On désirait vivre un temps avec les personnages, à leur rythme », commente Maxime Chamoux. Résultat ? Un petit bijou de finesse, de tendresse et d’humour.

« Le multiverse de "18h30" »

La saison 2 s’ouvre sur des images familières, celles du premier épisode de la première saison… « L’idée de base du premier épisode était de faire croire qu’on avait exactement la même série qui commençait, pour passer très vite, par une perche dans le champ, une maquilleuse qui vient faire des retouches, dans un monde différent », explique Sylvain Gouverneur.

Jeux d’amours et de miroirs dans 18h30, Nicolas Grandhomme et Pauline Etienne incarnent Arnaud et Judith, les comédiens qui jouent Eric et Mélissa dans la série 18h30. « Je suis Nicolas Grandhomme qui joue un acteur qui s’appelle Arnaud, qui joue le rôle d’Eric. C’est le multiverse de 18h30 ! », rit Nicolas Grandhomme.

Pas question ici de verser dans une ode à l’envers du décor de la création audiovisuelle. « Comme en saison 1, ce qu’on voulait, c’est montrer des gens au travail. Là, il se trouve que les personnages sont comédiens et qu’ils travaillent sur un tournage », martèle Maxime Chamoux.

« Un quotidien prosaïquement humain »

« Ce qui nous intéresse, ce sont les petites choses du quotidien. Que l’on soit acteur sur une série ou qu’on bosse dans un bureau, quel que soit le métier que l’on fasse, on est toujours ramené à un quotidien prosaïquement humain : les relations avec des collègues qu’on aime bien ou pas trop, la bouffe qui est dégueulasse, le fait d’avoir mal dormi et à une forme d’obligation d’aller au travail. Même si on adore son boulot, il y a des jours où on n’a pas envie d’y aller », renchérit Sylvain Gouverneur.

Arnaud et Judith jouent Eric et Mélissa dans la série 18h30, deux collègues de bureau voyant leurs sentiments éclore, un paradoxe pour nos deux héros, dont le couple bat de l’aile.

« On a trouvé ce petit twist qui permettait de raconter une histoire un peu comme un négatif de photo. En saison 1, on a un couple qui se rapproche, en saison 2, un couple qui s’éloigne », poursuit Sylvain Gouverneur.  « La première saison est une comédie romantique assez classique où l’on se demande "Est-ce que ces deux-là vont finir ensemble ?" Là, c'est : "Comment ces deux-là vont se séparer ?" », abonde Maxime Chamoux.

Toujours filmés en plan séquence, les épisodes jouent ainsi malicieusement sur la symétrie. Si cette saison 2 commence par des images du premier épisode de la saison 1, elle se termine aussi en évoquant le dernier épisode de la première saison. « On voulait donner une forme de densité à ce moment de la rupture, qui arrive souvent dans la fiction comme une sanction finale. On désirait montrer qu’on pouvait se séparer sans se détester, que tout était plus nuancé », détaille Maxime Chamoux.

Le duo formé par Maxime Chamoux et Sylvain Gouverneur apprécie les contraintes : « Là où, en saison 1, il y avait le décor, le plan séquence, les deux acteurs, en saison 2, il y avait : garder ces deux acteurs et les décors, et ajouter un tour d’écrou consistant à chercher comment raconter quelque chose de surprenant, différent et, en même temps, de très cohérent », souligne Sylvain Gouverneur. Résultat ? Une saison 2 teintée de mélancolie, d’humour, dont la virtuosité n’a fort heureusement pas terni l’humanité.