« We Own This City » :  Après « The Wire », David Simon revient avec brio à Baltimore

COME BACK David Simon, le créateur de « The Wire », revient à Baltimore pour raconter le scandale de la Gun Trace Task Force, unité d’élite gangrenée par la corruption et la violence

Anne Demoulin
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Delaney Williams et Wunmi Mosaku dans « We Own This City ».
Delaney Williams et Wunmi Mosaku dans « We Own This City ». — HBO
  • Vinct ans après le lancement de The Wire, David Simon pose à nouveau sa caméra à Baltimore.
  • We Own This City, minisérie diffusée ce mardi à 20h40 sur OCS City, raconte le scandale de la Gun Trace Task Force, unité d’élite gangrenée par la corruption et la violence.
  • Une sorte d’épilogue en 6 épisodes de The Wire, mâtinée de The Shield.

Bienvenue à Baltimore, où, hélas, rien n’a changé ! De 2002 à 2009 sur HBO, David Simon décrivait dans The Wire les rouages du fonctionnement social, politique et économique de la métropole de Baltimore et dressait le portrait d’une cité portuaire gangrenée par le trafic de drogue et complètement corrompue. Vingt ans après le lancement de cette fiction sacrée « meilleure série de tous les temps »,  David Simon revient avec brio avec le producteur George Pelecanos dans la ville où il a été journaliste au Baltimore Sun pendant vingt ans. We Own This City, minisérie en 6 épisodes diffusée en US + 24 dès ce mardi à 20h40 sur  OCS City, est une adaptation du livre éponyme de Justin Fenton, issu, comme le showrunner, du Baltimore Sun. David Simon revient cette fois-ci sur le scandale, révélé en 2017, de la Gun Trace Task Force (GTTF), unité d’élite de la police de Baltimore, dont huit des neuf membres ont été accusés de corruption, d’abus de pouvoir, de racket en bande organisée et de violations répétées des droits constitutionnels des habitants de Baltimore. Une sorte d’épilogue, aussi amer que réussi, à son œuvre culte.

We Own This City raconte l’ascension et la chute de cette bande de ripoux, emmenée par le sergent Wayne Jenkins (Jon Bernthal, The Walking Dead), et constituée notamment de Daniel Hersl (Josh Charles, The Good Wife), Jemell Rayam (Darrell Britt Gibson, The Wire), Momodu Gondo (McKinley Belcher III, Ozark) et Maurice Ward (Rob Brown, Treme), qui déversent leur rage dans des flash-back générés par leurs interrogatoires.

La minisérie montre aussi eux qui mirent fin à leurs agissements, l’équipe du FBI dirigée par Erika Jensen (Dagmara Domińczyk, Succession) et John Sieracki (Don Harvey, The Deuce), ainsi qu’un groupe d’avocats des droits civils, menés par Nicole Steele, personnage fictif joué par Wunmi Mosaku, vue dans Loki et Lovecraft Country.

« Nicole Steele est un mélange de nombreuses personnes. Elle représente le public dans la série. Elle pose les questions que se posent les spectateurs : comment est-ce arrivé ? Pourquoi est-ce arrivé ? Comment a-t-on permis que cela se produise ? Comment peut-on empêcher que cela se produise à nouveau ? Il se trouve qu’elle fait partie du DOJ [Département de la Justice des États-Unis] et qu’elle essaie d’instiller de la transparence et de l’intégrité », raconte l’actrice, que 20 Minutes a rencontré à Séries Mania.

Le « meurtre de Freddie Gray » comme point de départ

La série commence en 2015 avec l’interpellation par la police de Baltimore de Freddie Gray, afro-américain de 25 ans, mort des suites d’une fracture des vertèbres cervicales après sa violente arrestation, filmée par les passants. « We Own This City semble si d’actualité, et même si les faits datent de 2017, cette histoire est nécessaire », confie Wunmi Mosaku.

Des images qui rappellent celles du meurtre de George Floyd. « Le meurtre de George Floyd, filmé et diffusé dans le monde entier pendant une pandémie, a eu un impact énorme sur notre façon de parler du racisme, de la suprématie blanche et des inégalités. Mais je ne sais pas si les actions pour neutraliser ces oppresseurs sont en place. Mais j’ai l’impression que les conversations sont plus honnêtes. Personnellement je n’ai jamais dit : “suprématie blanche” devant une personne blanche avant 2020. Mais, maintenant, nous l’avons tous vu. On l’avait vu avant, mais on était distrait, là, on était assis à la maison. Mais on est loin d’avoir neutralisé et détruit la suprématie blanche, le racisme et l’inégalité. On n’en est pas encore là », souligne Wunmi Mosaku.

L’impunité de la Gun Trace Task Force

L’affaire déclenche des émeutes, provoque une hausse de la criminalité. Du côté de la police, la logique du « eux contre nous » s’impose au détriment du vrai travail de la police tandis que la hiérarchie ferme les yeux sur les malversations de la GTTF, unité créée en 2007 pour contenir l’explosion de la criminalité dans la ville, au vu de leurs impressionnantes statistiques.

Racket, fabrication de preuves, bavures, heures supplémentaires frauduleuses… Les méthodes de la GTTF n’ont rien à envier à celles des flics véreux (et fictifs) de The Shield. « J’avais entendu parler du meurtre de Freddie Gray, mais, comme je vivais alors en Grande-Bretagne, je ne savais rien des conséquences sur la police, ni de la politique qui en a découlé, ce qui se passait à Baltimore entre la mairie, la police, le DOJ… Cela concernait beaucoup de monde. Même à la Maison-Blanche, c’était important, tout était dans une sorte d’équilibre fragile, surtout juste après l’élection de Donald Trump. Cette série est terriblement importante », commente Wunmi Mosaku.

L’affaire de la GTTF met en lumière l’engrenage des brutalités policières et les dysfonctionnements de la politique des chiffres, tout comme l’âpre constat des institutions à enrayer le trafic de drogue et la violence aux Etats-Unis. Et au travers le parcours de Nicole Steele, on se rend compte de la difficulté de défendre les droits civiques : « Pendant la présidence de Trump, la division des droits civils était nulle et non avenue et le bureau a pratiquement fermé… », déplore Wunmi Mosaku.

La répétition et la frustration sont ancrées dans l’ADN de We Own This City. Au travers six épisodes menés tambour battant et avec le style documentaire qui fait la force singulière de son œuvre, David Simon livre un récit choral cru qui mesure le coût politique et social de la guerre contre la drogue menée dans The Wire. « Cette guerre contre la drogue est perdue. Mais qui va le dire ? », constate ainsi désabusé un des personnages.