« And Just Like That » : Pourquoi la série a-t-elle eu raison de tuer Mr Big ?

CHOC La mort de Mr Big a suscité un vif émoi chez les fans, provoquant des dommages collatéraux en bourse. Pourtant, c’est une bonne chose

Anne Demoulin
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Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) et Mr Big (Chris Noth) dans le premier épisode de « And Just Like That ».
Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) et Mr Big (Chris Noth) dans le premier épisode de « And Just Like That ». — HBO Max
  • Le 3e épisode de And Just Like That, la suite de Sex and the City, a été mis en ligne ce vendredi sur Salto.
  • La mort de Mr Big, à la fin de l'épisode 1 et ses funérailles dans l'épisode 2, ont suscité un vif émoi chez les fans, ont été relayées dans les journaux du monde entier et ont provoqué des dommages collatéraux en bourse.
  • Pourquoi tuer le personnage de Mr Big est-il tout de même une bonne chose pour la suite de Sex and the City ?

On s’attendait à une mort dans And Just Like That, mais pas à celle-ci ! De nombreux fans de   Sex and the City avaient spéculé sur la mort de  Samantha Jones, puisque son interprète, Kim Cattrall, avait refusé de revenir dans la suite de la série culte de HBO Max. A la fin du premier épisode de And Just Like That, disponible en France sur   Salto en US + 24 depuis vendredi, John Preston (interprété par l’acteur  Chris Noth), plus connu sous le nom de Mr Big, est victime d’une attaque cardiaque après une séance d’exercice intense sur son vélo d’appartement. Un twist inattendu qui a mis les réseaux sociaux et même la Bourse, en émoi. Pourquoi la série And Just Like That a-t-elle eu raison de tuer Mr Big ?

« On a attendu tout ce temps pour que Carrie et Big soient ensemble, tout ça pour le tuer », déplore un internaute. « Après toutes ces années, la seule chose à laquelle les scénaristes ont pensé est de tuer M. Big dans le premier épisode après une séance de Peloton ? ! », s’agace  une autre.

« La vie est trop courte », le choc se propage jusqu’à Wall Street

C’est un bad buzz pour la marque de vélo d’appartement, Peloton, clairement identifiable. A Wall Street, l’action Peloton dévisse de plus de 10 % dans les échanges électroniques préalables à l’ouverture du marché.

Dr Suzanne Steinbaum, cardiologue et membre du conseil scientifique de Peloton, défend vendredi la marque en attaquant le « style de vie » de Mr Big « avec cocktails, cigares et gros steaks, et était à risque sérieux car il avait été victime d’une première alerte cardiaque lors de la saison 6. » « Pédaler sur son vélo Peloton a peut-être même aidé à retarder cet incident cardiaque », assure-t-elle.

La firme met en ligne dimanche un spot publicitaire mettant en scène Chris Noth, l’interprète de Mr Big en compagnie de Jess King, l’une des stars de la marque qui campe l’instructrice de la séance fatale à John Preston. Dans ce spot, Mr Big propose un « tour » de vélo, ponctué par un : « La vie est trop courte ». A l’ouverture de la Bourse de New York, le titre Peloton était en hausse. La firme est dans une meilleure situation aujourd’hui qu’avant la mort de Mr Big !

« Le moment “Bonnie and Clyde” »

Mr Big a fait son attaque cardiaque alors que son épouse Carrie Bradshaw (Sarah Jessica Parker) assistait à un récital. A son retour, Mr Big décède dans ses bras. « Pourquoi Carrie n’a-t-elle pas composé le 911 (numéro d’urgence aux États-Unis), au lieu de rester là à regarder l’amour de sa vie mourir sous ses yeux ? », se sont interrogés de nombreux internautes.

Le site américain Vulture a même contacté le Dr. Daniel Luger, cardiologue au Rush University Medical Center de Chicago afin d’avoir son avis. « C’est de la faute de Carrie. Sans essayer de la pointer du doigt, c’est absolument de sa faute », estime l’expert.

Et d’expliquer : « Le cerveau peut survivre environ 3 minutes sans oxygène. Lorsque Big a perdu connaissance et n’a plus eu de pouls, il aurait fallu que Carrie commence immédiatement à lui faire un massage cardiaque. Qu’elle essaye de trouver un pouls, qu’elle appelle les secours, et qu’elle commence à appliquer les gestes de premier secours et le massage cardiaque. »

Chris North, l’interprète du grand amour de Carrie Bradshaw, est venu au secours de la veuve de son personnage en expliquant dans les colonnes du Vogue US : « Il y avait une chose sur laquelle Michael Patrick King [le créateur de la série] et moi étions d’accord : nous l’avons appelé le moment “Bonnie and Clyde”, ce moment où ils sont sur le point d’être tués par des balles. Ils ont ce regard l’un pour l’autre. Ils savent tous les deux que c’est la fin. Nous savions que nous devions avoir ce moment, que je ne devais pas mourir seul dans la salle de bain. Il devait y avoir ce dernier instant, sans mots, sans dialogue ringard, juste un regard. »

« And Just Like That », tout change dans la vie

« And Just Like That, Big is dead [Et juste comme ça… Big est mort] », lance alors la voix off de Carrie Bradshaw. La fin d’une époque pour l’héroïne de Sex and the City et le début d’une autre, celle du revival intitulé And Just Like That.

« Ce titre vient de Sex and the City. Quand Miranda donne naissance à Brady, Carrie en voix off dit : “Et juste comme ça, Miranda est devenue mère”. Ce que Michael Patrick King voulait faire avec ce titre, c’est dire que la vie change, qu’on peut voir les choses totalement différemment, qu’un événement peut tout changer… Juste comme ça », raconte Kristin Davis, l’interprète de Charlotte, à 20 Minutes. « Le titre de la série And Just Like That est ouvert à l’interprétation, mais je pense que cela signifie qu’on peut avancer dans la vie, et que quelque chose peut se produire et que votre vie bascule », abonde Cynthia Nixon.

« Je voulais que la série reflète une nouvelle réalité »

« Je voulais que la série reflète une nouvelle réalité », a expliqué Michael Patrick King, le créateur de la série, au magazine américain TV Line. Le scénariste avait besoin de relancer l’intrigue. Bien sûr, nous voulons le meilleur pour nos personnages de séries préférées, mais comme l’écrivait Leon Tolstoï dans Anna Karenine : « Les gens heureux n’ont pas d’histoire. » Une série avec les trois héroïnes (Carrie, Charlotte et Miranda) mariées et heureuses serait ennuyeuse ? Souvenez-vous des films Sex and the City où Carrie, Charlotte et Miranda étaient toutes en couple.

Au cours de toutes leurs années ensemble à l’écran, Carrie et Mr Big ont eu à faire à tous les rebondissements romantiques possibles et imaginables. Les garder mariés aurait été ennuyeux, les faire divorcer aurait déprécier leur grande histoire d’amour. Ne pas avoir Carrie et Mr Big ensemble donne à la série sa raison d’exister.

« Aussi, c’est intéressant de se poser la question : est-ce mieux d’avoir aimé et d’avoir perdu cet amour, plutôt que de n’avoir jamais aimé du tout ? J’y pense tout le temps. Et je trouve cela intéressant que Carrie ait désormais à se poser la question », analyse Michael Patrick King. La mort de Mr Big permet à And Just Like That de gagner en profondeur en abordant des questions profondes, et aussi de changer de registre. Sex and the City était une comédie avec des épisodes d’une durée de vingt-cinq à trente minutes, le revival, une dramédie avec des épisodes de cinquante minutes.

« Suis-je la seule à me souvenir du connard qu’il était ? »

Dans son premier épisode enfin, And Just Like That tenait désespérément à souligner le fait que Carrie Bradshaw et ses collègues s’adaptent à un monde moderne, matraquant sa nouvelle dimension woke. La mort de Big, aussi surprenante et choquante soit-elle, est symbolique de la fin d’une époque. L’homme d’affaires fumeur de cigares et amateur de jazz était une caractéristique du vieux New York, la ville du glamour et de l’excès que nous avons connue dans la série télévisée originale.

Avec sa mort, c’est la masculinité toxique que And Just Like That tue. Comme le rappelle d’ailleurs l’une des convives lors des funérailles de Mr Big dans l’épisode 2 à propos de Carry : « Am I the only one who remembers what a prick he was to her ? [Suis-je la seule à me souvenir du connard qu’il était avec elle ? »