« L’Amour flou »: Sur Canal+, une série tendre et joyeuse sur comment « faire famille » après la séparation

DRAMEDIE Trois ans après le succès de leur film en partie autobiographique « L’amour flou », Romane Bohringer et Philippe Rebbot remettent le couvert dans la série du même titre lancée ce lundi soir sur Canal+

Anne Demoulin
— 
Philippe Rebbot et Romane Bohringer dans « L'Amour flou ».
Philippe Rebbot et Romane Bohringer dans « L'Amour flou ». — Escazal Film
  • Romane Bohringer et Philippe Rebbot se sont aimés et séparés.
  • Le duo a eu l’idée pas banale d’emménager dans deux appartements autonomes, communiquant entre eux par la chambre des enfants.
  • De cette aventure singulière est né un film en 2018, diffusé ce dimanche sur Canal+, et une série, lancée ce lundi sur la chaîne cryptée.

Une fantaisie feel good ! Romane Bohringer et Philippe Rebbot se sont aimés pendant dix ans. De leur union sont nés deux enfants, Rose et Raoul. Un jour, ils ont cessé d’être amoureux. Mais ils s’aimaient quand même, en tout cas suffisamment pour ne pas se faire à l’idée de vivre dans deux endroits séparés, de briser leur foyer, de balader leur progéniture un coup chez papa, un coup chez maman.

Le duo a eu l’idée pas banale d’emménager dans deux appartements autonomes, communiquant entre eux par la chambre des enfants. Un lieu de vie atypique baptisé le « sépartement ». De cette aventure singulière est née, il y a trois ans, une comédie tendre et joyeuse sur la rupture, L’amour flou, diffusé ce dimanche à 20h50 sur Canal+.

Romane Bohringer et Philippe Rebbot remettent le couvert ce lundi dès 21h sur la chaîne cryptée avec une série, portant le même nom que le long-métrage. Si le film racontait une séparation, la série s’intéresse à ce qu’il advient après la rupture. Comment refaire sa vie quand on est parents ? D’autant plus quand son ex vit dans le sépartement…

« Le film avait une histoire folle, très miraculeuse et bouleversante dans notre vie. La naissance de ce film a été un grand moment. Ce film s’est fait d’une manière très insouciante, spontanée », se remémore Romane Bohringer, qui a coécrit et réalisé cette dramédie en neuf épisodes de trente minutes.

L’idée d’une suite naît en 2018 lorsque Romane Bohringer et Philippe Rebbot font la promotion du film en salles et qu’on leur pose systématiquement la même question à l’issue des débats avec les spectateurs : « On veut connaître la suite. Est-ce que c’est possible de vivre comme cela ? Peut-on refaire sa vie comme cela ? »

Un an et demi après la sortie du film (qui a enregistré près de 200.000 entrées pour un budget de 437.000 euros, ce qui en a fait la production la plus rentable de 2018, selon Le Film français), Canal+ contacte le duo avec l’idée de faire une suite. « On s’est rendu compte qu’on avait de la matière », glisse Romane Bohringer.

« Nous voulions faire une fable, quelque chose d’assez épique »

Suffisamment pour faire une série. « Le film s’était presque autoécrit au fur et à mesure que la vie arrivait. Là, il y avait une décision d’écriture », relate la showrunneuse, qui a découvert les contraintes de l’écriture sérielle sur le tas.

« J’ai appris avec l’équipe de Canal+ ce qu’étaient les arches, les motifs, les cliffhangers à la fin de chaque épisode », confie-t-elle. Et d’ajouter : « Nous, notre quotidien, ce n’est pas Mission : Impossible, il ne se passe pas des trucs délirants. Il a fallu hisser notre quotidien à un certain niveau de suspens et de rebondissements. » Pas question de faire une chronique : « Nous voulions livrer une fable, quelque chose d’assez épique à partir de notre vie de tous les jours. »

La coscénariste angoisse un peu face au cadre rigoureux de la série. « J’étais obsédée par faire cohabiter l’accidentel et le programmé, l’artificiel et la vérité, les acteurs et les non-acteurs. Je voulais que la vie vraie puisse rentrer et intervenir à tout moment. J’avais peur que cette organisation freine notre fragilité et notre liberté, confesse-t-elle. Cela n’a pas été du tout le cas. »

« On s’est inventé des doubles de fiction »

A l’instar du film d’origine, L’Amour flou entretient le… flou entre réalité et fiction. L’action se déroule dans le véritable « sépartement » des deux acteurs et met en scène leurs enfants, leurs parents, leurs amis (acteurs et non-acteurs), ainsi que leurs voisins. « Tout est vrai dans la série et, en même temps, on a tout hissé à un endroit de récit et de fiction », explique l’autrice-réalisatrice.

Romane Bohringer et Philippe Rebbot se servent de leur vie réelle pour mieux la transcender « à la manière de Nanni Moretti », disent-ils, se hâtant de préciser « même si on ne se compare pas » au réalisateur italien. La structure de l’histoire a ainsi été complètement « inventée ». « Si tout le matériel sentimental, intellectuel est réel, on s’est inventé des doubles de fiction. On a poussé nos failles, nos questionnements à l’extrême », s’amuse Romane Bohringer.

« Monica Bellucci et Eric Caravaca font entrer la fiction »

La série met donc en scène le quotidien tendre, joyeux et un peu loufoque de la tribu Rebbot-Bohringer, à mi-chemin entre fresque familiale façon Fais pas ci, fais pas ça et la comédie sentimentale. « Il s’agit de faire famille, ne pas se quitter, de « réinventer l’amour » comme dit Mona Chollet, de trouver une distribution, y compris géographique, différente, d’inventer une petite société nourrie d’une certaine forme d’utopie », souligne l’autrice-réalisatrice.

Tous les protagonistes du long-métrage sont dans la série. « Les deux seuls nouveaux, qui arrivent de l’extérieur, sont Monica Bellucci et Eric Caravaca. Ils incarnent le monde d’après et ils sont ceux qui font entrer de la fiction dans notre quotidien. »

Peut-on refaire sa vie en « sépartement » ? Le « Ni avec toi, ni sans toi(t) » n’est-il pas un gigantesque bourbier ? « C’est l’histoire d’un lien irréductible, inaltérable, mais transformable et questionable », résume Romane Bohringer, qui reconnaît que « dans notre organisation, c’est complexe et très engageant pour les personnes qui arrivent dans cette vie. »

« Il y a une gémellité entre Philippe et moi »

Elle explicite : « Philippe et moi, nous ne sommes plus des amoureux, on le sait profondément, mais il y a une gémellité entre nous, quelque chose qui ne finit pas, c’est une drôle de vie. »

La série a une portée universelle parce qu’elle pose la question de comment refaire sa vie après une longue histoire. « A titre personnel, toute ma vie depuis que j’ai 16 ans, chaque histoire d’amour représentait potentiellement la question « Est-ce que c’est le père de mes enfants ? » Et maintenant, c’est quoi l’amour d’après dans la vie d’une femme quand on ne va plus avoir d’enfants ? Quand la projection est ailleurs ? », analyse Romane Bohringer.

L’Amour Flou questionne également avec beaucoup de légèreté et de pertinence la question de la parentalité aujourd’hui. « J’ai un rapport à la maternité hypercomplexe. C’était le rêve de ma vie mais je suis très dure avec moi-même… Je suis une mère ultra « culpabilisable ». J’ai toujours l’impression que tout le monde fait mieux. Philippe a plus de distance avec cela », raconte Romane Bohringer.

La nourriture bio, les écrans, etc. L’Amour flou croque « notre bonne volonté à essayer de faire au mieux, de nos échecs quotidiens et de nos microréussites. » Parce qu’après tout, vire dans un « sépartement » est probablement la déclaration d’amour la plus folle qu’on puisse faire à ses enfants !