« Germinal » : Comment dépoussiérer ce vieux classique d’Emile Zola ?

ADAPTATION La série « Germinal », diffusée ce mercredi à 21h sur France 2, ambitionne de transformer le classique de Zola en une fresque contemporaine

Anne Demoulin
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Le comédien Louis Peres dans la série tv Germinal (2021)
Le comédien Louis Peres dans la série tv Germinal (2021) — Thibault Grabherr - FTV - Banijay
  • La série événement Germinal, disponible sur Salto, débarque ce mercredi à 21h sur France 2.
  • Le scénariste Julien Lilti et le réalisateur David Hourrègue ont eu pour mission de moderniser l’œuvre de Zola.
  • Comment ont-ils construit cette relecture moderne du roman naturaliste de 1885 ?

Pour de nombreux Français, Germinal évoque un livre misérabiliste (et un poil soporifique) sur la condition des mineurs dans le Nord à la fin du XIXe siècle, avalé de force au collège ou au lycée. La minisérie Germinal, disponible sur Salto, qui débarque ce mercredi à 21h sur France 2, affiche pourtant clairement son ambition : transformer le roman naturaliste d’Émile Zola paru à l’hiver 1885 en une fresque aussi contemporaine que trépidante. Comment le scénariste Julien Lilti (Hippocrate) et le réalisateur David Hourrègue (Skam France) ont-ils dépoussiéré ce classique ?

« Germinal représente exactement le type de série événement qu’on aime avoir sur le service public parce que c’est un terrain connu, qui peut paraître traditionnel, un sujet classique, mais avec un traitement, une réalisation, des incarnations ultramodernes qui résonnent totalement avec aujourd’hui », résume Manuel Alduy, directeur du cinéma et du développement international chez France Télévisions (qui a coproduit Germinal avec la chaîne italienne RAI et la plateforme Salto), que 20 Minutes a rencontré lors d’une table ronde à Séries Mania.

Une relecture contemporaine du roman d’origine

« Je croyais avoir lu Germinal. Quand j’ai relu le livre, je me suis rendu compte que j’étais passé complètement à côté quand on me l’avait fait lire en 4e. Le roman, je l’ai vraiment découvert quand je l’ai relu », raconte Julien Lilti. Si France Télévisions a demandé à l’équipe d’auteurs de « moderniser » Germinal, Julien Lilti s’est vite rendu compte que « la modernité était là dans le roman ». Le scénariste propose donc une relecture contemporaine du roman d’origine qui relate les luttes ouvrières à la fin du XIXe siècle. « J’ai écrit cette adaptation en plein mouvement des gilets jaunes, donc forcément, ça résonne avec l’actualité », estime le scénariste.

Et de souligner l’écho avec notre époque : « Le spectateur du XXIe siècle qui va découvrir Germinal va voir comment le passé éclaire notre monde d’aujourd’hui, comment les questions du début de la révolution industrielle continuent à se poser alors qu’on a l’impression d’être en queue de comète de cette révolution industrielle et qu’on ne sait plus comment faire pour arrêter cette machine qui détruit la planète. »

Une relecture féministe du roman d’origine

« C’est une adaptation très fidèle au roman, mais il y a des libertés », résume Julien Lilti. Comme dans le livre, la série suit Étienne Lantier (Louis Peres, vu dans Mental), un jeune chômeur qui se fait embaucher aux mines de Montsou, dans le nord de la France. Il s’installe chez une famille de mineurs, les Maheu (Thierry Godard et Alix Poisson), et tombe amoureux de leur fille Catherine (la Canadienne Rose-Marie Perreault). Prenant conscience à leur contact des terribles conditions de vie des « gueules noires », Etienne Lantier prend la direction d’un mouvement de révolte.

Le scénariste propose aussi des « surprises, des choses inattendues, des éclairages différents sur des choses qui sont dans l’œuvre, mais que Zola a moins éclairées ». Les personnages féminins prennent ainsi plus d’épaisseur que dans le roman. Alix Poisson, totalement investie dans le rôle de la Maheude, donne le signal pour la grève, soulignant la place des femmes, qui descendaient aussi dans la mine, dans les luttes ouvrières.

Le viol de Catherine par Chaval (Jonas Bloquet) ne représente qu’un paragraphe dans le roman. Les viols, très courants dans les romans naturalistes, représentent alors une fatalité de la condition féminine, mais ne donnent pas lieu à une véritable histoire. A l’ère post-MeToo, la série explore les conséquences de ce traumatisme sur Catherine. « Catherine est prise dans une prison silencieuse parce qu’elle ne peut pas dire ce qui lui est arrivé », souligne Thomas Lilti.

Des dialogues pour « l’oreille du spectateur du XXIe siècle »

Julien Lilti a pris le parti de mettre des mots d’aujourd’hui dans la bouche des personnages de Zola. Un patron parlera de « mondialisation », un mineur dira « lâche-moi » ou « je me casse ». « Sur la forme, les autres adaptations m’ont servi. J’ai vu des écueils que je voulais éviter », raconte-t-il. Le film de Claude Berry mettait les « dialogues indirects de Zola dans la bouche des acteurs ».

« Ça marche quand on lit le roman, mais pas à l’écran. Il y a quelque chose qui met les personnages à distance là où, en tant que spectateur, je devrais m’identifier », estime le scénariste, qui a choisi de ne pas « heurter l’oreille du spectateur du XXIe siècle ».

Une esthétique à la « Peaky Blinders »

La série prend d’autres libertés, comme avec l’invention du personnage Bressan (Steve Driesen), le briseur de grève, qui n’existe pas dans le roman. David Hourrègue a aussi fait le choix d’un casting colorblind : Sami Bouajila joue Victor Deneulin, un patron de mine plus soucieux du bien-être de ses employés que Philippe Hennebeau (Guillaume de Tonquédec) et Steve Tientcheu, vu dans Les Misérables de Ladj Ly, campe Rasseneur, le mineur devenu cabaretier.

Avec une enveloppe de douze millions d’euros, 2.400 figurants, 700 costumes, 56 rôles, dont 20 rôles principaux et quarante décors reconstruits dont une mine inondée dans un studio bassin en Belgique, la production revendique une esthétique à la Peaky Blinders, série britannique devenue la référence en matière de réalisation des séries d’époque. Un dépoussiérage qui a séduit les anciens mineurs, les enfants et petits-enfants de mineurs, réunis à Arenberg, une ancienne ville minière du Nord où la série a été tournée et projetée en avant-première à l’occasion du festival Séries Mania, La série y a été couronnée du prix du public.