« You » : Pourquoi le héros psychopathe Joe est plus problématique que jamais en saison 3

SPOILERS Mise en ligne vendredi dernier, la saison 3 de « You » vous rend accro à Joe, et ce n’est peut-être pas forcément une bonne chose

V. J.
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You
You — Netflix
  • You, dont la saison 3 est disponible depuis vendredi, est l'une des séries les plus vues sur Netflix
  • La série a déjà été critiquée pour la glamourisation de son serial killer aux airs de prince charmant Joe
  • La saison 3 prend des allures de soap et satire à la Desperate Housewives, et pose la question du traitement - empathie ou sympathie ? - de son antihéros

You n’est pas une série facile à aimer, ni à commenter. Et à regarder ? Pas de souci, elle a su mettre en place un modus operandi pour rendre les téléspectateurs et téléspectatrices accros, avec son lot de mystères, cliffhangers et coups de théâtre. Mise en ligne vendredi sur Netflix, la saison 3 s’est vite imposée en tête du Top 10 de la plateforme, prenant même la place du phénomène Squid Game.

Mais une fois le binge terminé, il n’en reste pas moins que You a un problème sur les bras. Comme cela arrive souvent à son (anti) héros Joe dans la série. Sauf que, justement, le problème est Joe lui-même.

ATTENTION SPOILERS SUR LES TROIS SAISONS DE LA SERIE

Un homme tourmenté, un de plus

Dès ses débuts, dès son concept, You propose de jouer avec notre empathie, nous obligeant à épouser le point de vue de Joe Goldberg, un psychopathe aux airs de prince charmant – la gueule d’ange Penn Badgley, alias Dan Humpfrey dans Gossip Girl. Rien de nouveau sous le soleil des séries, à l’ère des antihéros, « des hommes tourmentés», comme Tony Soprano, Vic Mackey, Walter White ou, bien sûr, Dexter. Sauf que plusieurs téléspectatrices sont tombées sous le charme de Joe, au point de crier leur amour sur les réseaux sociaux et au point où son interprète a dû assurer le service après-vente et répéter que son personnage était un tueur.

Complexifier ou excuser le personnage ?

La faute à qui ? En partie à la série, qui, comme d'autres oeuvres, glamourise son tueur au détriment des victimes. Il ne faut pas oublier qu’à la fin de la saison 1, Joe tue l'« objet » de son affection et de son obsession Beck, mais hors champ. Comme pour minimiser son acte, épargner le personnage, alors que ses autres meurtres étaient montrés à l’écran. La saison 2 cherchait à « complexifier » l’antihéros, voire à l’excuser ou le justifier, avec des flash-back sur son enfance et l’origine de son « mal », ainsi que des meurtres de moins en moins coupables. Si le méchant tue des méchants, n’est-il pas un peu gentil, à la Dexter ? La bonne idée, et rebondissement de fin de saison, était de faire de sa victime potentielle, Love, un bourreau en puissance. Et un miroir déformant.

Un couple de psychopathes comme les autres

La saison 3 commence ainsi avec Joe et Love, jeunes mariés, parents d’un petit garçon et nouvellement installés à Madre Linda, en périphérie de San Francisco. L’occasion pour la série de se livrer à une satire tout sauf subtile de la banlieue américaine à la Desperate Housewives, où les filtres Instagram ont remplacé les sourires Colgate. Mais elle renvoie tout le monde dos à dos, des antivax aux vegan, qu’il est difficile de savoir où elle veut en venir, si ce n’est peut-être le cynisme absolu.

La série a tout de même l’idée amusante de traiter ses deux psychopathes, parfaits Penn Badgley et Victoria Pedretti, comme un couple comme les autres. Avec usure du quotidien, libido en berne et passage chez la thérapeute. Sauf qu’ils ne sont pas comme les autres, et chaque question, pulsion, relation peut avoir des conséquences catastrophiques. Mais là encore, You créé un déséquilibre, au profit de Joe. C’est Love qui tue et tue encore, presque incontrôlable (hystérique ?), et Joe qui doit assurer derrière, se débarrasser des cadavres, etc. Joe ne tue qu’une personne, un homme, cette saison, et encore, il le méritait un peu, non ?

Heureusement, et sans spoiler la fin de saison, You ne sauve pas complètement son personnage, qui reprend ses sales habitudes, cède à ses pires démons. Du moins pas encore. A savoir si la suite - une saison 4 est commandée - lui accordera la rédemption. Reste que le contrat de départ n’est plus rempli. You n’est plus une série dont l’empathie et l’ambiguïté permettaient d’explorer et dénoncer les masculinités toxiques, mais un soap over-the-top dont la sympathie envers son antihéros pose problème.