« Squid Game » : Tout ce que vous voulez savoir sur la série Netflix sans avoir osé la regarder

PHENOMENE En seulement dix-sept jours, 111 millions de comptes dans le monde ont lancé au moins un épisode de « Squid Game ». Si vous n’en faites pas partie, on vous propose une séance de rattrapage

Fabien Randanne et V. J., avec AFP
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L'intrigue de la série Squid Game, énorme succès sur Netflix, est parfois vertigineuse.
L'intrigue de la série Squid Game, énorme succès sur Netflix, est parfois vertigineuse. — Netflix
  • Squid Game est désormais la série qui a réalisé le meilleur démarrage sur Netflix : 111 millions de comptes ont lancé au moins un épisode dans les dix-sept jours qui ont suivi sa mise en ligne en septembre.
  • Dans cette série sud-coréenne, 456 personnes avec des problèmes d’argent participent à des jeux d’enfants pour espérer toucher le gros lot. Mais les perdants de chaque jeu sont exécutés sur-le-champ.
  • La série, à la violence graphique certaine, est une métaphore des inégalités sociales, de la violence de classe et donne à voir un reflet, déformé par le prisme horrifique, de la société sud-coréenne d’aujourd’hui.

Ce n’était qu’une question de temps, et de chiffres. La série sud-coréenne Squid Game, lancée il y a moins d’un mois et devenue un phénomène mondial, a été vue par 111 millions de foyers abonnés en dix-sept jours. Un record. « C’est une grande fierté de voir cette production coréenne devenir notre meilleur lancement de série de tous les temps », se félicite ce mercredi  Netflix via son compte Twitter en révélant ces données. Vous ne faites pas partie de ces millions de curieux ? Voici ce qu’il faut savoir pour participer à une discussion sur le sujet sans avoir jamais vu un seul épisode ou pour vous donner envie d’y jeter un œil. Attention, les lignes qui suivent contiennent des spoilers mais ne révèlent pas le dénouement de l’intrigue ni ses rebondissements les plus marquants.

  • Qu’est-ce que ça raconte ?

Le héros, Seong Ji-Hun, un quadragénaire vit chichement avec sa mère malade à Séoul. Divorcé et papa d’une fillette, il a de sérieux problèmes d’argent. Un soir, sur le quai du métro, un mystérieux homme d’affaires lui propose de jouer au ddakji, un jeu consistant à retourner un carré cartonné à l’aide d’un autre carré de carton. A chaque tentative infructueuse, Seong Ji-Hun reçoit une gifle. En cas de succès, il remporte de l’argent en cash. L’homme finit par lui donner sa carte et lui suggère de l’appeler s’il est prêt à jouer à d’autres jeux pour de l’argent. Dont acte. Le quadragénaire ne tarde pas à se retrouver dans un immense dortoir aux côtés de 455 autres hommes et femmes, tous et toutes avec des problèmes d’argent. Dans le lot figurent une ado nord-coréenne, un immigré pakistanais, un ancien ami d’enfance de Seong Ji-Hun, un bandit et un vieillard gravement malade auxquels le scénario va particulièrement s’attacher.

Lee Jung-jae incarne Seong Gi-hun (n° 456) dans « Squid Game »
Lee Jung-jae incarne Seong Gi-hun (n° 456) dans « Squid Game » - Netflix

Vêtues de survêtements verts et surveillées par des hommes masqués en combinaisons rouges, ces centaines de personnes vont jouer successivement à six jeux d’enfants : Un, deux, trois, soleil, tir à la corde, billes… Particularité du concept : les perdants sont exécutés sur-le-champ. Chaque cadavre fait grimper la cagnotte que peuvent espérer remporter les ultimes survivants. 45.6 milliards de wons, soit 33 millions d’euros, sont à gagner. En parallèle, un policier, qui a découvert chez son frère porté disparu une carte similaire à celle de l’homme d’affaires, entreprend une enquête…

  • Si vous voulez donner l’impression d’avoir vu les neuf épisodes…

Vous pouvez dire : « Les deux premiers épisodes ne sont pas les plus captivants, mais cela vaut le coup de s’accrocher. Dans Squid Game, la violence est très graphique – on comprend l’interdiction aux moins de 16 ans. Cependant, la série ne se limite pas à un jeu de massacre gratuit : l’intrigue est une métaphore des inégalités sociales, de la violence de classe et donne à voir un reflet, déformé par le prisme horrifique, de la société sud-coréenne d’aujourd’hui. Bien sûr, le concept de survival game n’est pas nouveau. On pense beaucoup, par exemple, à la saga américaine Hunger Games ou au séminal Battle Royale, un manga japonais, adapté au cinéma en 2000, dans lequel des lycéens sont contraints de s’entretuer jusqu’à ce qu’un seul reste en vie. Il y a aussi un peu d’American Nightmare dans les derniers épisodes, lorsque de riches occidentaux, appelés VIP, se repaissent du spectacle. Ce qui fait la spécificité de Squid Game, c’est le contraste entre les couleurs vives et pastels, les décors enfantins et les jeux aux conséquences létales. Cela renforce la cruauté de l’ensemble. »

Dans Squid Game, les décors enfantins sont le théâtre de massacres.
Dans Squid Game, les décors enfantins sont le théâtre de massacres. - Netflix
  • Un phénomène mondial

La série a donc réalisé le meilleur démarrage sur Netflix depuis la création de la plateforme. Signalons cependant que par « regarder Squid Game », la firme américaine sous-entend « qui ont regardé au moins deux minutes du premier épisode ». Les chiffres annoncés ne font pas l’objet de vérification par un tiers, à la différence des mesures d’audience pour la télévision traditionnelle. Toujours est-il qu’en l’état, Squid Game a battu le record jusqu’ici détenu par une série d’un tout autre genre, Bridgerton, narrant les intrigues sentimentales de la bonne société britannique au début du 19e siècle. Elle avait été visionnée par 82 millions de comptes lors des quatre semaines qui avaient suivi sa mise en ligne, fin 2020. Squid Game a caracolé en tête des classements sur Netflix dans plus de 80 pays. Peu après sa mise en ligne, les mèmes ont commencé à fleurir sur Internet, preuve de son intronisation dans la culture populaire.

La frénésie Squid Game a même atteint la Chine où Netflix est pourtant interdit. Chinois et Chinoises dévorent les épisodes via le streaming illégal. Si bien que l’ambassadeur de Corée du Sud en Chine, Jang Ha-sung, a demandé aux autorités chinoises d’intervenir.

  • Le rayonnement de la culture sud-coréenne de plus en plus fort

Squid Game est une nouvelle preuve de l’influence croissante de la Corée du Sud sur la scène culturelle mondiale, après la sensation de K-pop BTS et Parasite, Palme d’or à Cannes et premier film non-anglophone à remporter l’Oscar du meilleur film. En février, Netflix a annoncé un plan d’investissements de 432 millions d’euros pour cette seule année sur les séries et films produits en Corée du Sud et un jeu vidéo inspiré de Squid Game serait en cours de développement.  Les chaussures blanches portées par les personnages s'arrachent quant à elles sur Internet tandis que les tenues des héros et des gardes masqués sont d’ores et déjà annoncées comme la grande tendance pour Halloween cette année. Ironie du phénomène Squid Game : alors que la série est une critique de l’ultracapitalisme, elle est devenue, comme l’a écrit Télérama, « la championne du clic de la plus puissante multinationale du streaming ». Autre effet de la série : les papilles du monde entier ont désormais envie de goûter aux dalgonas, un biscuit au sucre longtemps associé à l’extrême pauvreté d’après-guerre qui se trouve au cœur d’une épreuve de la fiction. Un appétit de bon goût ?