Comment « La Vengeance au triple galop » parodie les codes du soap

COMEDIE « La Vengeance au triple galop », diffusé ce lundi à 21h05 sur Canal+, hilarant détournement signé Alex Lutz et Arthur Sanigou, pastiche les codes du soap

Anne Demoulin
— 
Leïla Bekhti (Crystal Clear) et Alex Lutz (Graig Danners) dans « La Vengeance au triple galop ».
Leïla Bekhti (Crystal Clear) et Alex Lutz (Graig Danners) dans « La Vengeance au triple galop ». — Philippe Mazzoni / Canal+

Un remède de cheval contre la morosité ! La Vengeance au triple galop, diffusé ce lundi à 21h05 sur Canal+, pastiche le feuilleton australien culte des années 1980 La Vengeance aux deux visages. Aux rênes de ce détournement hilarant, le duo déjà à l’œuvre sur Catherine et Liliane  puis Stéréo Top sur la chaîne cryptée, Alex Lutz et Arthur Sanigou. Au Festival de la Fiction TV de La Rochelle, où leur œuvre a été sacrée meilleure comédie, les deux compères ont livré à 20 Minutes leurs secrets pour réussir à parodier les codes des soap operas clinquants des eighties.

« J’adore ces séries-là, ces grandes sagas, faites un peu sur le mode de Côte Ouest ou de Dallas », explique Alex Lutz, qui assure avoir vu les innombrables versions de La Vengeance aux deux visages dans le « canapé affaissé » face à la « télé qui tonitruait » avec sa grand-mère. Et de confier : « C’est un mélange d’émotions, de souvenirs de l’enfance, où je trouvais déjà cela ridicule, et en même temps, je me laissais prendre ! »

Les tropes narratifs de la saga d’origine

Amour, pognon, trahisons, rencontres inespérées et révélations de dernière minute… La Vengeance au triple galop reprend les tropes narratifs de la saga d’origine et twiste avec humour les aventures alambiquées de Stéphanie Harper et Craig Danners. « On a écrit pendant le Covid. On se téléphonait les répliques des heures durant, on pleurait de rire », se souvient Alex Lutz.

Cette parodie réunit un casting prestigieux (Alex Lutz, Audrey Lamy, Leïla Bekhti, Guillaume Gallienne, Izïa Higelin, Karin Viard, Marion Cotillard, Gaspard Ulliel, Bruno Sanchez, et Ingrid Chauvin) qui lâche complètement la bride. « On a tous une partition démente à jouer. C’est une cour de récréation maîtrisée », se réjouit Audrey Lamy, qui incarne la gentille Stéphanie Harper.

« Je suis une vraie enfant de la télé. Quand j’ai lu le scénario, je me suis dit que je ne le ferais que pour une chose : il y a écrit Genoa City, une ville qui n’existe que dans Les Feux de l’amour. Je kiffe rien que pour cela », s’amuse Leïla Bekhti, qui joue la méchante Crystal Clear « qui change de coupe de cheveux à chaque séquence ».

Un tournage multicaméras comme dans un vrai soap

« J’ai essayé d’employer les mêmes codes [que les soaps], avec évidemment l’envie de faire rire en plus », explique Alex Lutz. Comme sur le plateau d’un vrai soap, les deux réalisateurs ont misé sur un tournage multicaméras.

« Comme il y a plusieurs caméras sur le tournage en studio, les acteurs sont obligés d’être visibles par toutes les caméras et de jouer d’une certaine manière pour se positionner », détaille Arthur Sanigou. « Ils trichent sur les champs-contre champs », souligne Alex Lutz, comme dans la scène du mariage de Stéphanie Harper « où Alex et Leila dialoguent et ne se regardent pratiquement jamais », rit Arthur Sanigou.

« En termes de réalisation, c’est très épuré. Ils n’ont pas le temps. Nous aussi, on a tourné en quatorze jours. On n’avait pas le temps de réfléchir pour se dire "ce plan-là, on pourrait le faire comme ceci ou comme cela" » , raconte Arthur Sanigou, qui a décortiqué avec son complice en amont du tournage, toutes les feintes des soaps. « J’avais tout préparé, tout dessiné pour être le plus carré possible », poursuit-il.

« La grammaire visuelle est très basique »

« Parfois, ils font des bananes, c’est-à-dire un déplacement en courbe, pour bien se placer et créer une sensation d’espace. Les feux de l’amour, ce n’est que ça, que des apparts merdiques qui sont censés être des grandes propriétés », rit Alex Lutz.

« La grammaire visuelle est très basique », résume Arthur Sanigou. « Plans larges, plans serrés et quelques gros plans, et hop, c’est terminé. Quand le personnage est dominant, il est filmé d’en bas, quand il est soumis, il est filmé d’en haut. Les gentils vont de gauche à droite, les méchants de droite à gauche. C’est hypercliché », poursuit-il.

Le duo a beaucoup travaillé sur le grain de l’image. « On avait bien travaillé cet exercice sur Stereo Top, en faisant La Vengeance, on savait exactement ce qu’on voulait », expose Arthur Sanigou.  « On a le souvenir d’un grain, et si on le fait aujourd’hui, il faut l’abimer un peu plus. Il y a la patine de notre souvenir », précise Alex Lutz.

« Il y a du sample »

Du budget « en deçà de ce qu’il faudrait », le duo a tenté d’en faire « une force narrative qui vient nourrir la comédie », relate Alex Lutz. Et d’expliquer : « L’alternance des plans Dallas, c’est jurisprudentiel dans le divertissement. Je filme un gratte-ciel de bas en haut. La petite musique des glaçons dans un verre, un homme se retourne dans un bureau. Il peut tout à fait être au Mercure ! »

Le duo a donc inclus des « images d’aération » issues de banques d’images. « C’est comme pour faire un morceau de rap, il y a du sample », estime Alex Lutz. Au départ, La Vengeance au triple galop aurait dû adopter le format vintage 4/3. « Au montage, on s’est rendu compte que ce format donnait le code, mais était un peu étouffant. Le film était moins bien. En passant en 16/9, cela devenait plus produit, plus joli. »

Dans la veine des Nuls, des Monty Python, du Cœur a ses raisons ou encore de La classe américaine, La Vengeance au triple galop prend ses racines dans le burlesque absurde. « Ce qui fait qu’on le tient, c’est la sincérité des personnages. C’est joué premier degré », estime Arthur Sanigou. Et comme tout bon soap, cela se termine sur un gros cliffhanger. De quoi imaginer une suite ? « Moi, j’en rêve ! Les acteurs, aussi ! », s’exclame Arthur Sanigou. « Et pourquoi pas ? On en rêve ! », renchérit Alex Lutz.