« Generation » : Une série exemplaire sur l'adolescence queer

SERIE « Generation », mise en ligne ce jeudi sur MyCanal, est exemplaire dans sa manière de montrer des représentations réalistes d'ados LGBT

Fabien Randanne
— 
Uly Schlesinger, Justice Smith et Chase Sui Wonders dans la série Génération.
Uly Schlesinger, Justice Smith et Chase Sui Wonders dans la série Génération. — HBO Max
  • Les seize épisodes de Generation (ou Genera+ion) sont mis en ligne ce jeudi sur MyCanal.
  • Elle se concentre sur les relations amicales et amoureuses d’un groupe de lycéens californiens, majoritairement LGBT.
  • Le scénario a été écrit par Zelda Barnz, aujourd’hui âgée de 19 ans, et son père Dan. Elle est lesbienne, il est gay : leurs vécus et points de vue respectifs ont nourri leur travail.

Chester est la star de l’équipe de water-polo du lycée. Riley, un brin rebelle, est passionnée de photo. Greta, très introvertie, apprend à gagner peu à peu confiance en elle. Les jumeaux Nathan et Naomi cultivent l’amour vache… La galerie de personnages de Generation, qui arrive ce jeudi sur myCanal, est a priori banale pour une série teen.

La différence, c’est que la grande majorité de ces protagonistes appartient à la communauté LGBT (lesbienne, gay, bi, trans). Et, à l’inverse des autres modèles du genre, y compris ceux qui sont centrés sur les thématiques queers ou leur laissent une large place (Love, Victor ; Sex Education…), les figures hétéros sont reléguées au second plan, ou, du moins, n’accaparent pas l’espace et les intrigues.

Alors que l’inclusion des personnages LGBT taraude, de manière parfois opportuniste, la création sérielle, Generation – également connue sous la graphie Généra + ion – est exemplaire dans sa manière de livrer des représentations réalistes dont la profondeur psychologique fouillée permet de déjouer les archétypes.

Une scénariste de l’âge des personnages

L’intrigue se déroule à Anaheim, en Californie, et se concentre sur les relations amoureuses et amicales de plusieurs lycéens. Les parents apparaissent parfois dans le décor, notamment Megan, la mère des jumeaux, complètement dépassée par cette génération Z naviguant entre posts Instagram, discours sur les oppressions systémiques et tentative de trouple (un couple à trois).

Si l’ensemble est aussi pertinent que convainquant, c’est en grande partie grâce à son singulier duo de scénaristes. Zelda Barnz, 19 ans aujourd’hui et 17 ans à l’époque du premier brouillon, et son père Daniel ont écrit à quatre mains. Elle est lesbienne, il est gay : leurs vécus respectifs ont évidemment nourri leur travail. « Elle nous racontait ces histoires hilarantes de la Rainbow Alliance [une association réunissant les élèves LGBT et leurs alliées] de son lycée. Elle nous parlait de ceux qui n’y venaient que pour trouver quelqu’un à draguer et des prises de positions très drôles dans ces réunions. Nous discutions de cet univers et on s’est dit que cela pourrait être un univers très intéressant pour une série télé », racontait Daniel Barnz en février au Hollywood Reporter. L’idée a séduit Zelda et s’est concrétisée lorsque Lena Dunham est entrée en piste. La créatrice de Girls avait contacté Daniel et son époux Ben pour discuter d’éventuels projets : ils ont amené Génération sur la table, elle a accepté de s’y impliquer comme productrice.

La vulnérabilité après l’exubérance

« Nous voulions nous assurer de choisir des acteurs et actrices qui aient vraiment l’air d’ados, qui ressemblent à des lycéens », a insisté Zelda Barnz évoquant le processus créatif, toujours dans les colonnes du Hollywood Reporter. « Elle nous ramenait toujours à la question : "Est-ce que ça semble réaliste ?", confirme son coscénariste et paternel. Nous avons vu des représentations de la sexualité adolescente à la télé mais souvent, dans la vraie vie, la sexualité est déstabilisante ou vous avez des rapports sexuels qui peuvent être gênants ou drôles et qui se déroulent trop rapidement et dans des pièces trop éclairées. C’est ce que l’on a toujours cherché à atteindre dans cette série : qu’est-ce qui semble réel ? »

A l’image du charismatique Chester – incarné à la perfection par Justice Smith - qui joue la provoc en débarquant au lycée en crop top mais s’avère peu à peu bien moins sûr de lui qu’il ne veut le laisser penser, Génération, fait progressivement mentir l’exubérance marquant les premiers épisodes pour révéler les personnages dans toute leur vulnérabilité.

Cette série chorale ne délaisse aucun de ses personnages et fait alterner les points de vue d’un épisode à l’autre ou même parfois au sein d’un même épisode, donnant à voir une scène sous plusieurs angles différents et nous amenant à une autre compréhension des événements. Elle montre ainsi les différentes facettes composant l’adolescence, apporte ci et là des touches de nuance, laisse surgir le spleen ou la mélancolie. Cela ne contribue qu’à nous attacher davantage aux personnages. Déchirement : on ne les retrouvera pas dans une deuxième saison, HBO Max, la chaîne américaine qui l’a produite, ayant choisi de ne pas reconduire Génération. Celle-ci rejoindra donc Angela, 15 ans et Freaks and Geeks dans le club très fermé des séries ados devenues cultes au fil des années. Elles ont en commun le paradoxe d’avoir saisi le Zeitgeist, l’esprit de leur temps, tout en étant (sans doute trop) en avance sur leur temps.