Festival de la Fiction TV de La Rochelle : « Je jugerai avec mon cœur », confie le président du jury, Guillaume de Tonquédec

INTERVIEW Entretien avec l’emblématique Renaud Lepic de « Fais pas ci fais pas ça », Guillaume de Tonquédec, qui va présider la 23e édition du Festival de la Fiction TV de La Rochelle à partir de ce mardi

Propos recueillis par Anne Demoulin
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Guillaume de Tonquédec interprète l'enquêteur Sesmat dans « Une affaire française », série de TF1 dédié à l'affaire Gregory, présentée hors compétition à La Rochelle.
Guillaume de Tonquédec interprète l'enquêteur Sesmat dans « Une affaire française », série de TF1 dédié à l'affaire Gregory, présentée hors compétition à La Rochelle. — Lionel GUERICOLAS/MPP/SIPA

Après une édition 2020 à Paris en raison de la pandémie, le Festival de la Fiction TV de La Rochelle fait son « retour dans sa ville de cœur » du 14 au 19 septembre. L’emblématique Renaud Lepic de Fais pas ci fais pas ça, Guillaume de Tonquédec, aura la lourde tâche de présider le jury. A ses côtés pour décerner la quinzaine de prix lors de la cérémonie de clôture ce samedi, le producteur Emmanuel Daucé (Un Village français), la scénariste Natalie Carter, les comédiennes Anaïde Rozam et Anne Charrier, et la réalisatrice Eloïse Lang (Connasse), et un compositeur dont le nom n’a pas encore été dévoilé. Avec 20 Minutes, Guillaume de Tonquédec évoque son amour de la télé, son rôle de président et les deux séries où on le verra cet automne, Germinal sur France 2 et Une Affaire Française sur TF1.

Lors de la conférence de presse, vous avez dit devoir votre vocation au petit écran….

Petit, j’étais fasciné par le pouvoir de la télévision parce que je voyais mes parents, face à la petite boîte, sourire, être émus devant de parfaits étrangers, avoir presque une deuxième vie grâce à la télé. Je me disais enfant que si un jour je pouvais être dans cette petite boîte pour raconter des histoires et créer des émotions à mes parents, qui sont devenus mes premiers spectateurs, ce serait formidable. C’était le début de ma vocation de comédien !

Quels programmes ont marqué votre enfance ?

J’ai tellement d’images en tête… comme Les Dossiers de l’écran où on voyait un film, suivi d’un débat. Le débat me manque, cela existe mais je trouve qu’il pourrait y en avoir plus, lors de rendez-vous plus réguliers. Après des fictions sur un thème de société, je trouve cela très enrichissant de voir le réalisateur, les auteurs, les interprètes et puis aussi des gens qui sont représentés ou dont on parle dans cette fiction. Sinon, j’adorais une émission qui s’appelait La Une est à vous, où l’on voyait des chanteurs et des séries comme Les Mystères de l’Ouest. On pouvait voter pour le chanteur ou la fiction qu’on voulait voir. J’adorais cette télévision-là. Je pense aussi à Monsieur cinéma qui proposait de très grands films.

Avez-vous des genres de prédilection en matière de fiction ?

Ce qui me touche, c’est la justesse. Quand une œuvre au niveau de l’écriture, de la réalisation est juste, elle me parle, j’ai l’impression qu’on s’adresse à moi, sincèrement. Que ce soit de la comédie ou du drame, c’est ce qui m’intéresse.

Racontez-nous votre premier Festival de la Fiction TV de La Rochelle ?

C’était lors de la présentation de la première forme de Fais pas ci, fais pas ça, des épisodes de 40 minutes en access prime time, diffusés les samedis à 19h. On était venu présenter deux épisodes. A la projection, on a découvert, si j’ose dire, le travail qu’on avait fait grâce au public. Les gens se sont amusés comme des fous à regarder ça. La série a été primée. On est revenu quand elle a été diffusée en prime time, à 20h30. Elle a été de nouveau primée. Le Festival de La Rochelle, ce sont des souvenirs fondateurs du début de la série et de cette aventure de dingue qui nous a tous dépassés et est devenue un phénomène de société.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’accepter d’être le président du jury de cette édition ?

J’adore regarder comment font les autres, que ce soit les auteurs, les acteurs, les producteurs, les metteurs en scène. J’adore être spectateur parce que cela me nourrit et m’ouvre les yeux. Je travaille beaucoup et j’ai peu de temps, honnêtement, de regarder beaucoup de choses. Là, c’était une opportunité formidable de pouvoir le faire et m’immerger dans le travail des autres.

Sur quels critères allez-vous juger les œuvres présentées ?

Je sais ce qu’une fiction représente comme engagement et comme masse de travail. J’ai beaucoup de respect pour cela. Je jugerai avec mon cœur. J’aime regarder quelque chose et oublier que je suis en train de regarder une fiction, partir dans l’histoire complètement. C’est cela qui fera que je choisirai telle ou telle fiction. Ce sera aussi le fruit de la discussion avec le jury.

Et justement, comment avez-vous composé votre jury ?

Nous serons sept. J’ai choisi volontairement de ne m’entourer que de gens que je ne connais pas. Mon premier mouvement était de me dire : « Tiens, je vais prendre des copains, ça va être sympa ». J’ai finalement pris des gens que je ne connais pas, dont j’admire le parcours, pour faire des rencontres, mais aussi pour ne pas être dans une position confortable et déjà acquise. Je veux que la discussion soit âpre parce que je sais que j’aurai du mal à choisir tellement il y a de belles choses proposées. Alors autant ne pas être dans l’entre-soi. Je voulais quelque chose de plus risqué.

Même si vous n’en voyez pas beaucoup, sentez-vous une progression du niveau des fictions françaises dans les rôles qu’on vous propose ?

C’est quelque chose que je pressentais quand j’ai lu les premiers épisodes de Fais pas ci, fais pas ça. Il y avait une liberté de ton de la part de l’auteur. France 2 a laissé carte blanche à Anne Giafferi. Elle ne s’est pas auto censurée. Cela a libéré, parce que tout le monde a regardé ça, notamment les diffuseurs. Une famille qui dit des gros mots à 20h30, on l’aurait censurée. Les diffuseurs s’étaient beaucoup mis à la place de la ménagère de moins de 50 ans en disant : « Voilà, ce qu’elle veut voir ». Pas du tout ! La « télévision de papa », c’est fini et heureusement ! On a libéré les auteurs, les metteurs en scène, les comédiens, cela donne des choses d’une audace extraordinaire. Ce mouvement est général et la fiction française peut s’exporter, comme Germinal, à laquelle j’ai participé et qui a remporté le prix du public à Séries Mania.

Qu’avez-vous ressenti lorsque « Germinal » a été projetée à Arenberg, une ancienne ville minière du Nord où la série a été tournée ?

Dans le public, il y avait des anciens mineurs, des enfants et petits-enfants de mineurs, comme dans la série, parmi les figurants. Une volonté du réalisateur David Hourrègue et du producteur Alban Etienne, qui voulaient associer les gens de la mine à l’histoire de Germinal. Quand on est venu tourner, on s’est retrouvé avec des gens dont l’histoire personnelle était liée à l’histoire de la mine. Cela a mis un niveau d’exigence et d’émotion aussi, dans les journées qu’on a passées avec eux. Du coup, vous imaginez l’émotion pour ces gens-là en découvrant la fiction, sensible et passionnée de David Hourrègue, dans laquelle ils se sont reconnus !

Vous présentez à La Rochelle une autre fiction événement, « Une affaire française », qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer Étienne Sesmat, ce gendarme qui a mené l’enquête en 1984 sur l’affaire Grégory ?

Je me demandais s’il n’y avait pas un côté voyeur à replonger dans cette histoire et à en faire une fiction. Je n’aurais pas accepté si je n’avais pas trouvé une grande honnêteté et sincérité dans l’écriture. Le scénario ne se base que sur des faits réels, parce que cette affaire n’est pas résolue sur le volet judiciaire, comme les minutes des interrogatoires consignés. La rencontre avec le metteur en scène, Christophe Lamotte, a été déterminante, parce que je lui ai demandé pourquoi me confier ce rôle. Son enthousiasme et sa vision m’ont fait dire oui.

Pour de nombreux Français, vous restez Renaud Lepic de « Fais pas ci, fais pas ça », après l’épisode de Noël de l’an dernier, seriez-vous partant pour un nouvel épisode ?

De repartir sous forme de série, non, de refaire des épisodes spéciaux, oui, vraiment avec un immense plaisir ! On a un plaisir fou à se retrouver. Mais la condition qu’on a tous mise, les producteurs les premiers, c’était d’avoir la bonne idée, l’idée forte. Et le bon auteur et le bon réalisateur. Il faut que ce soit nécessaire, il ne faut pas en faire pour en faire, ce n’est pas une poule aux œufs d’or qu’on va exploiter jusqu’au bout. C’est notre volonté à tous. Donc, s’il y a d’autres très bonnes idées qui arrivent, pourquoi pas ? Avec plaisir !