« Shadowplay », un thriller dans un Berlin d’après-guerre devenu « capitale du crime »

ALLEMAGNE ANNÉE ZERO Situé dans le Berlin du lendemain de la Seconde Guerre mondiale, « Shadowplay », lancé ce jeudi sur Canal+, dessine le portrait saisissant d’une époque et d’un lieu complexes

Anne Demoulin
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Taylor Kitsch dans la série « Shadowplay ».
Taylor Kitsch dans la série « Shadowplay ». — andem Productions Gmbh
  • Shadowplay, minisérie de Måns Mårlind (The Bridge, Bron et Jour Polaire), sera diffusée dès ce jeudi à 21h sur Canal +.
  • Cette fiction suit un flic new-yorkais plongé dans le Berlin sans foi, ni loi d’après-guerre.
  • Le point de départ d’un drame policier sombre, mais baigné de lumière.

Une double enquête dans un Berlin en ruine, divisé en quatre secteurs par les Alliés. Dans Shadowplay, minisérie en 8 épisodes diffusée dès ce jeudi à 21h sur Canal +, Måns Mårlind, créateur et coréalisateur avec Björn Stein des puissants Scandi Noirs The Bridge, Bron et Jour Polaire, suit Max McLaughlin (Taylor Kitsch), un flic new-yorkais missionné à Berlin par le département d’Etat américain pour apporter son aide au développement d’un commissariat de police allemand, tenu par des femmes volontaires. Le point de départ d’un drame policier sombre, mais baigné de lumière.

« En 1946, Berlin était la capitale du crime, on a recensé 250.000 viols, 300.000 meurtres. Il y a des choses qui se sont passées à Berlin que je ne veux même pas entendre, comme des pratiques de cannibalisme. C’était trop sombre, même pour moi », raconte Måns Mårlind, que 20 Minutes a rencontré lors de la dernière édition du Festival de télévision de Monte-Carlo.

« La ville représente les personnages »

Max découvre donc une capitale allemande en plein marasme, éventrée par les bombes et ravagée par la violence. « La ville représente les personnages. Je voulais raconter quelque chose sur des personnes brisées », explique le réalisateur. L’arène idéale, selon Måns Mårlind, pour raconter « une histoire sur la vie et l’espoir ».

Berlin en 1946 est une ville composée à 92 % de femmes, les hommes étant morts à la guerre ou faits prisonniers. Les femmes sont en première ligne. Sous la houlette du vice-consul (Michael C. Hall, Six Feet Under, Dexter) à l’été 1946, Max McLaughlin va collaborer avec la nouvelle cheffe de la police berlinoise, Elsie Garten (Nina Hoss, Homeland) afin de résoudre des meurtres atroces et de débusquer le machiavélique l’Engelmacher (Sebastian Koch), le «faiseur d’anges», un médecin au passé trouble, qui semble avoir la mainmise sur la pègre locale.

Double jeu

Dans ce Berlin où la guerre froide ne dit pas encore son nom, tous les personnages jouent un double jeu. Claire, l’épouse du vice-consul (Tuppence Middleton) cache une blessure profonde. Karin (Mala Emde), violentée par des soldats américains, enceinte et malade, est assoiffée de vengeance. Elsie tente de retrouver son époux, soldat allemand prisonnier des Russes.

Max a aussi un agenda caché et mène en parallèle l’enquête afin de retrouver son frère Moritz (Logan Marshall-Green), porté disparu, qui traque les nazis impénitents, en utilisant le genre de méthodes créatives et  brutales qui mettent en valeur les origines de Mårlind dans Nordic Noir.

Le nom de ces deux frères américains, que la guerre a séparé, fait référence au célèbre livre pour enfants allemands du même nom. « Je suis allé dans un restaurant à Berlin qui s’appelle Max et Moritz, et tout l’endroit est recouvert de gravures et d’objets à leur effigie. Le patron m’a parlé de cette histoire pour enfants très connue en Allemagne : deux garnements qui jouent des tours à leur village et payent le prix fort pour leurs bêtises. Je me suis dit qu’il y avait une histoire à raconter, et c’est devenu le fil conducteur de ce thriller. »

« Je m’ennuyais de ce Berlin où l’image est grise »

Au fil des huit épisodes qui composent Shadowplay, Måns Mårlind lève le voile sur les ombres des personnages, dans un Berlin estival, gorgé de couleurs et de lumière, loin des codes habituels du Scandi noir.

« Je m’ennuyais de ce Berlin où l’image est grise et où il fait froid. Je voulais quelque chose de complètement différent. C’était aussi à une période où l’on voyait beaucoup d’images de la Syrie en guerre aux informations. Et puis, j’ai lu que l’été 46 avait été chaud », explique le réalisateur.

En somme, Shadowplay est un thriller ambitieux, parfois tortueux où se dessine l’ombre de la montée de l’extrême droite en Europe. « C’est le point central. Toute la série est construite sur ce qui s’est passé à cause de ce problème », conclut Måns Mårlind.