« The Bold Type » : Rendons justice à une série imparfaite mais importante

SERIE Les six derniers épisodes de « The Bold Type » sont sur Amazon Prime Video, l’occasion de rappeler que, sous ses airs légers, la série a su capter son époque et sa complexité

Vincent Julé
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Tu pleures ? Non, c'est juste une poussière... Pas facile de dire adieu aux héroïnes de « The Bold Type », sur Prime Video
Tu pleures ? Non, c'est juste une poussière... Pas facile de dire adieu aux héroïnes de « The Bold Type », sur Prime Video — Freeform / Jonathan Wenk

Vous êtes encore accros à Cruel Summer, Brand New Cherry Flavor ou Clickbait, que déjà débarquent les ambitieuses séries françaises L’Opéra et Germinal, les adaptations et monuments de pop culture Foundation et Y, Le Dernier Homme, sans oublier le retour de La Casa de Papel, Lucifer, The Morning Show, Sex Education… N’en jetez plus, en cette rentrée séries chargée, et plus généralement en ces temps de Peak TV, il est possible de rater une série, voire la fin d’une de vos séries préférées. The Bold Type se termine ainsi avec sa saison 5, dont les six derniers petits épisodes sont disponibles depuis lundi sur Amazon Prime Video. Comment ça, The Bold Type n’est pas une de vos séries préférées ?

Une série en prise avec son époque

Lancée sur Freeform aux Etats-Unis en 2017 et sur Prime Video en France un an plus tard, The Bold Type, ou Celles qui osent, s’est imposée, sous ses airs de nouveau Sex & the City, comme une de séries les plus féministes, politiques, engagées du moment. Des plus discrètes aussi. A 20 Minutes, chaque saison était l’occasion de rappeler qu’en racontant les dessous d’un magazine féminin, la série commentait surtout l'époque, la génération des millenials et la condition des femmes, et s’interdisait aucun sujet, au regard d’autres séries plus sérieuses, plus grand public aussi.

« Aucun sujet n’est tabou, mais certains thèmes sont plus difficiles à aborder »

#MeToo du point de vue masculin, libre circulation des armes, port du voile, body positive, frigidité ou encore l’Amérique sous Trump… « Nous n’avons pas non plus une check list, commentait la showrunneuse Amanda Lasher à l'époque de la saison 3. Comme le personnage de journaliste de Jane, nous partons de nos vies, et aussi de celles des actrices. Des choses que nous ne voyons pas souvent, malheureusement, à la télévision. Aucun sujet n’est tabou, mais certains thèmes sont plus difficiles à aborder. A partir du moment où toute l’équipe s’y retrouve, sent une connexion, c’est que nous sommes sur la bonne voie. Il s’agit d’être à la fois réfléchie et respectueuse du public. »

Tout est une question d’empathie

Une intrigue de la saison 4, poursuivie en saison 5, a beaucoup fait parler d’elle outre-Atlantique, lorsque Sutton fait une fausse couche et culpabilise ensuite de se sentir… libérée. Elle ne voulait pas d’enfant, n’en voudra jamais, ce que la société a encore du mal à accepter et que la série traite avec intensité et justesse, et surtout empathie. D’autres thèmes intéressants sont explorés dans cette saison finale, avec la crise de virilité d’Alex pour une masculinité moins toxique, la question des relations au travail et des liens de subordination, ou encore l’impact de l’engagement politique en amour, lorsque la démocrate Kat craque pour la républicaine Eva.

La fin d’un monde et une lettre d’amour

La série réussit toujours à en sortir un message positif et tolérant, même s’il faut admettre qu’avec six épisodes, là où il en aurait fallu le double voire le triple, tout va trop vite et reste en surface. A l’instar de l’alcoolisme de Sutton, vrai sujet dans une série – et comme dans beaucoup de séries – où les héroïnes ont souvent un verre à la main.

The Bold Type semble, en fait, être une victime collatérale de la crise sanitaire, qui lui avait déjà coûté deux épisodes en moins et une fin abrupte en saison 4. C’est comme si le monde dans lequel évoluent Jane, Kat et Sutton n’existait plus, et d’ailleurs, le Covid-19 n’y existe pas. Si les sujets traités par la série sont plus que jamais d’actualité, sa forme tout en légèreté, paillettes et câlins est devenue presque anachronique. Les scénaristes et les comédiennes auraient pu faire leur révolution, elles ont préféré faire de cette dernière saison une « lettre d'amour » aux spectateurs et spectatrices. Et aux futures séries. Car la révolution continue.