« Disparu à jamais » sur Netflix : A la française, à l'espagnole... Comment Harlan Coben s'adapte à la sauce européenne

SERIE Alors que la série française « Disparu à jamais » est disponible depuis vendredi sur Netflix, « 20 Minutes » se penche sur la manière dont Harlan Coben adapte ou laisse adapter ses romans selon les pays

V. J.
— 
Image extraite de la série Netflix « Disparu à jamais », adaptée d'un roman d'Harlan Coben.
Image extraite de la série Netflix « Disparu à jamais », adaptée d'un roman d'Harlan Coben. — Magali Bragard / Netflix
  • Adaptation du roman de Harlan Coben de 2003, la série en cinq épisodes Disparu à jamais est disponible depuis vendredi sur Netflix
  • Le romancier américain à succès a signé avec la plateforme pour 14 adaptations et séries.
  • La spécificité : ces séries viennent de pays différents, avec un Harlan Coben plus ou moins impliqué, et un résultat plus ou moins réussi

Si l’on a beaucoup parlé des « mega deals » de Shonda Rhimes, Ryan Murphy et des Obama avec Netflix, il ne faut pas oublier que la plateforme s’est aussi offert le romancier américain  Harlan Coben non pas pour des centaines de millions dollars mais pour 14… séries ! Ce qui revient au même, voire à plus encore.

Ces fictions sont toutes des adaptations de ses livres, déjà traduits dans une quarantaine de langues et vendus à 75 millions d’exemplaires dans le monde. Leur autre spécificité est de provenir de différents pays.

Après la britannique Intimidation, la polonaise Dans les bois ou  l’espagnole Innocent, la française Disparu à jamais est arrivée vendredi sur Netflix. Le pitch est du pur Harlan Coben (pour ne pas dire toujours le même pitch) : afin de retrouver sa fiancée disparue sans laisser de traces, Guillaume va devoir affronter son passé, et revenir à cette nuit où son grand frère Fred et son premier amour Sonia sont morts…

« Ce n’est pas moi qui impose mon choix »

Si l’écrivain a l’habitude de décliner la recette de son succès dans ses romans, il n’est pas celui qui adapte ses récits en séries. Surprise : Harlan Coben ne décide même pas des livres à adapter, comme il l’explique au Journal du dimanche : « Ce n’est pas moi qui impose mon choix, mais les scénaristes dans différents pays qui font part à la plateforme de leurs envies de mettre en images mes histoires. Ainsi, en Espagne, Oriol Paulo s’est dit intéressé par Innocent. J’ai aimé l’approche du thriller dans son cinéma, et sa vision pour donner un nouveau souffle au roman m’a emballé. »

Pour Disparu à jamais, l’impulsion est venue de David Elkaïm et Vincent Poymiro, le duo de scénaristes d’Ainsi soient-ils et En thérapie. « Je ne les connaissais pas, avoue Harlan Coben, toujours dans le JDD. Mais l’équipe française de Netflix m’a vanté leur talent, et j’ai trouvé séduisante leur idée de transposer l’intrigue à Nice. Le film Ne le dis à personne, de Guillaume Canet, et les séries Une chance de trop et Juste un regard avaient pour décor Paris, et même si j’adore cette ville, je sais (…) à quel point il y a d’autres endroits magnifiques à découvrir. La beauté du paysage et le bleu de la Méditerranée contrastaient habilement avec la noirceur de l’intrigue, et j’ai dit banco. »

Harlan Coben a appris à faire des séries en France

Les scénaristes n’ont pas seulement changé le lieu de l’action, mais également des éléments de l’intrigue, comme ont pu le découvrir les lecteurs du livre, ou seulement de la quatrième de couverture. Pas de problème pour Harlan Coben : « il faut trahir un roman pour réussir une série », assure-t-il. Et de prendre pour exemple son travail d’adaptation avec Guillaume Canet sur Ne le dis à personne il y a quinze ans.

C’est là, en France, que tout a commencé. Et plus précisément, c’est sur TF1, avec Une chance de trop et Juste un regard, que Harlan Coben le romancier est « devenu » scénariste et producteur de séries, aidé par une armée d’auteurs et réalisateurs locaux. C’est peut-être aussi pourquoi Disparu à jamais ressemble à une série TF1. Ni plus, ni moins.

Malgré son casting prometteur (Finnegan Oldfield, Nicolas Duvauchelle, Guillaume Gouix, Garance Marillier) et la réalisation propre de Juan Carlos Medina, Disparu à jamais ne sort jamais des standards du tout-venant de la fiction française. Elle se regarde donc sans déplaisir mais sans passion.

Pourtant, les autres adaptations Netflix ont montré qu’il était possible de faire la différence. Dans les bois misait tout sur l’atmosphère, au détriment de l’intrigue c’est vrai, et, surtout, Oriol Paulo se réappropriait et transcendait le matériau d’origine d’Innocent pour offrir le meilleur polar à twists dont il s’est fait la spécialité avec L'Accusé.

A quand une adaptation aux Etats-Unis ?

Reste une énigme : pourquoi le romancier américain n’est-il pas prophète en son pays ? Il y a bien eu des tentatives, dont une adaptation de Disparu à jamais pour la chaîne NBC ou un film Ne le dis à personne avec Liam Neeson, mais en vain. Ses prochaines séries Netflix viennent d’Angleterre (Ne t’éloigne pas) et de Pologne (Sans un mot). A l’époque de la série britannique et création originale The Five, Harlan Coben expliquait : « La vraie question est de savoir avec qui vous allez bosser. Or, je ne sais pas si des Américains veulent bosser avec moi. Enfin, je pense que j’ai plus de liberté en France ou au Royaume-Uni que je n’en aurai aux Etats-Unis. »