« Le fait d’être une femme m’a porté préjudice », confie la star de « Mixte », Lula Cotton Frapier

CARTON FRANÇAIS (4/7) Chaque jour de cette semaine, « 20 Minutes » revient sur les grands succès français des séries françaises qui ont jalonné l’année 2020-2021

Propos recueillis par Anne Demoulin
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Lula Cotton Frapier parle de «Albator», «The Office» et de «Tintin» — 20 Minutes
  • De Lupin à HPI en passant par En thérapie, les séries françaises ont fait un tabac en 2020-2021.
  • « La dernière décennie a vu l’évolution de la "nouvelle vague française" à la télévision », estime la BBC.
  • 20 Minutes revient chaque jour de la semaine sur les grands succès français qui ont jalonné l’année 2020-2021.

Après le retentissant flop de coproduction franco-allemande Deutsch-Les-Landes, la critique française a apprécié Mixte, première série 100 % française de Prime Video. Dans cette série de Marie Roussin, qui suit l’introduction de la mixité dans un lycée français au début des années 1960, Lula Cotton Frapier incarne Annick, une élève brillante que les hommes réduisent trop souvent à son allure de sex-symbol à la Brigitte Bardot. Un personnage qui lui ressemble bien plus que Daphné, un des personnages phares qu’elle campe dans la série à succès de France TV Slash, Skam  depuis 2018.

L’actrice et chanteuse belge a obtenu son bac à 16 ans. A 22 ans, Lula Cotton Frapier compte déjà quinze années de carrière et, comme Annick, de trop nombreuses remarques sexistes sur son physique. Une prise de conscience précoce des inégalités homme/femme que l’on peut reconnaître dans son profond engagement féministe, affirmé notamment auprès de l’association En avant toute(s) qui lutte contre les violences conjugales. Celle qui est en passe de devenir l’une des futures grandes stars du petit écran français est revenue pour 20 Minutes à l’occasion du Festival de Télévision de Monte-Carlo sur sa participation à Mixte et sur l’essor des séries françaises dans le monde.

Quels sont les premiers retours sur « Mixte » ?

Excellents ! C’était assez même amusant de voir les retours négatifs de certains médias qui trouvaient la série un peu sage après avoir vu les quatre premiers épisodes. Et j’ai vraiment très envie de leur dire de regarder la suite qui n’est pas sage. Et je pense que cela va être très intéressant pour eux de découvrir ça et j’espère qu’on leur donnera tort, en tout cas là-dessus.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer dans « Mixte » ?

Le nom de Marie Roussin quand on m’a envoyé le projet. J’étais très contente. Et puis en fait, tout simplement, du début du casting en passant par le scénario à la première lecture où l’on s’est rencontré tous ensemble, depuis qu’on a commencé à travailler et jusqu'à la sortie, on était heureux. On adore ce projet. Ce que j’adore, c’est que c’est très actuel malgré le fait que cela se passe dans les années 1960. Ce qui se passe dans le microcosme d’un lycée, cela se passe encore aujourd’hui. J’aime que mon personnage soit aussi vaillant et aussi troublant dans sa complexité.

« Mixte » est une proposition singulière, profondément ancrée dans l’histoire française et en même temps, elle aborde des problématiques auxquelles n’importe quel adolescent peut être confronté dans le monde…

Oui. J’espère qu’elle aura une résonance internationale parce que je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’elle a ce potentiel, parce que déjà c’est joli, c’est visuellement beau, c’est visuellement accessible. Mixte n'est pas une série sur les années 1960. Elle a été faite pour raconter une certaine histoire, peut-être une certaine époque, mais surtout des rapports humains et des rapports de désir, et ça, c’est universel.

Qu’est-ce qui vous rapproche d’Annick ?

Presque tout. Je suis très, très, très proche de mon personnage, ce qui était très troublant. Je l’ai fait lire à ma maman et à mon papa qui ont été très touchés. Mon agent m’a appelée, limite en pleurs de joie, quand elle a su que j’étais prise. Elle me disait : « C’est tellement fait pour toi. C’est tellement toi ». Je suis avec elle depuis que j’ai 8 ans donc forcément elle me connaît bien. Disons que ce qui nous rapproche, c’est que j’aurais pu devenir elle de par mon vécu. J’ai eu la chance d’avoir une ouverture au monde qui a fait que je ne suis pas devenue aussi froide. Mais, j’ai fait un peu les mêmes choix qu’elle, comme celui de se blinder. Au lycée, j’avais 2 ans d’avance. J’ai fait le choix d’être irréprochable en termes de connaissances pour ne pas m’en prendre plein la gueule et cela n’a pas toujours marché...

Avez-vous souffert d’être à la fois blonde et brillante ?

Je ne pense pas que c’est le fait d’être blonde ou d’être particulièrement jolie aux yeux de certaines personnes, parce que cela reste très subjectif… On est toujours la belle de quelqu’un ou la moche d’une autre. Pour vous donner un exemple, j’étais le « thon » de mon école, j’étais la planche à repasser. Et à un moment, c’est arrivé. Je n’étais pas considérée comme la fille jolie. C’était plus le fait d’être une femme qui m’a porté préjudice, et ce que l’on renvoie. Tout le monde a un avis sur ce qu’on est en permanence, et surtout sur ce qu’on doit être et ce qu’on devrait plus être. C’est cela qui a été très compliqué pour moi et je pense pour beaucoup, beaucoup, beaucoup de gens.

La série décrit tout ce sexisme subi par les femmes, mais aussi celui subi par les hommes qui subissent le poids du modèle alpha…

Oui, bien sûr. Par exemple, Pichon, joué par Nathan Parent, c’est vraiment l’exemple même de l’homme qui va subir cette image de l’homme fort, viril et sexiste, misogyne qu’il faut être pour briller. Il subit cela parce qu’il n’a pas les codes physiques d’un Apollon. Pareil pour Paul Bellanger, joué par Pierre Deladonchamps, qui n’est pas dans les codes du sexe. Et ce n’est pas accepté. C’est super que cette série propose des personnages jamais vus auparavant.

En tant que comédienne, sentez-vous cet essor des séries françaises ?

Carrément ! J’ai 22 ans donc c’est dur pour moi de juger ce qui se passait il y a 10 ou 15 ans. Mais je travaille depuis toute petite donc j’essaie d’avoir un recul là-dessus mais je n’en ai pas trop. Forcément, ce que je peux dire ne va pas être réellement complet. Mais, à mon avis, c’est lié aux plateformes et au fait que les gens consomment différemment les séries. Consommer à la télévision, attendre chaque épisode et devoir être devant son poste tous les jours, ce n’est plus possible. Aujourd’hui, on n’a plus cette patience. Vu qu’on consomme énormément de séries parce qu’il y a le binge watching, il y a une vraie demande de personnages que l’on va suivre sur le long terme. Les jeunes ont envie de se retrouver dans des personnages, dans des histoires et d’être compris. Je pense que cela vient tout droit de cela.

Y a-t-il une série française qui vous a particulièrement marqué cette année ?

Non, mais plutôt de l’année dernière en fait. J’aime beaucoup la plateforme France TV Slash, j’aime beaucoup ce qu’ils proposent en série française. J’avais adoré Parlement sur France TV. On me demande souvent mes choix en matière de teen drama, parce qu’on considère que Mixte est un teen drama, mais je ne suis pas complètement d’accord. En fait, je ne suis pas vraiment cliente ce genre. J’ai participé à une teen drama française, alors j’en ai vu certaines par curiosité, Les Grands étaient vraiment très bien aussi. Je ne suis pas très bonne en séries françaises, en tout ce qui est français, c’est un peu une honte. Je suis sûre que dans cinq minutes, je me dirai : mais, j’aurai dû parler de cette série, là, je suis prise au dépourvu !

Si « Mixte » n’est pas une teen drama, comment la définiriez-vous ?

Il y a un faux gap générationnel entre les années 1960 et maintenant. En fait, les jeunes sont concernés par exactement les mêmes problèmes que dans les années 1960, ce qui a provoqué mai 1968. Donc, ceux qui ont fait Mai 68 peuvent le voir, ceux qui vont refaire un Mai 68 pour des questions de climat et de féminisme, parce qu’il faut y aller et qu’il y a encore beaucoup trop de choses à régler encore, sont concernés aussi. Donc, tout le monde est concerné.

Amazon Prime Video n’a pas encore annoncé le renouvellement de « Mixte », mais vous, à titre personnel, êtes-vous partante pour une saison 2 ?

C’est mon plus grand rêve ! Rien n’a été officialisé, donc on prie. Nous, si on pouvait les appeler tous les jours et les harceler pour que cela change quelque chose, on le ferait, chacun, je pense ! Nous, on est vraiment très heureux. On a adoré ce tournage, on a passé les meilleurs moments de notre vie dans le travail comme dans l’amitié, donc on veut repartir pour autant de temps quepossible. Mais ça, c’est entre les mains des gens qui vont voir la série.

Vos futurs projets ?

J’espère repartir sur la musique, mais c’était très compliqué après la période Covic. J’espère juste faire partie d’autres projets aussi chouettes et aussi entraînants que Mixte.