« "Je te promets" procure des émotions hyperfortes et positives », se réjouit Guillaume Labbé

CARTON FRANCAIS (2/7) Chaque jour de cette semaine, « 20 Minutes » revient sur les grands succès français des séries françaises qui ont jalonné l’année 2020-2021

Propos recueillis par Anne Demoulin
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Guillaume Labbé parle de «Hartley coeurs à vif», «Ozark» et «Seinfeld» — 20 Minutes
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  • « La dernière décennie a vu l’évolution de la "nouvelle vague française" à la télévision », estime la BBC.
  • 20 Minutes revient chaque jour de la semaine sur les grands succès français qui ont jalonné l’année 2020-2021.

Un pari audacieux, mais gagné pour TF1. Alors que la série This is US n’a pas réussi à trouver son public sur M6, la première saison de son adaptation française Je te promets a réalisé de très bonnes audiences avec en moyenne 4,04 millions de téléspectateurs pour ses six soirées composées de deux épisodes, selon les chiffres de Médiamétrie relayés par PuremédiasGuillaume Labbé, l’interprète de Mickaël dans la famille Gallo, est revenu sur ce succès pour 20 Minutes au Festival de la télévision de Monte-Carlo.

Vous attendiez-vous à un tel succès avec « Je te promets » ?

Je n’ai tellement pas le pif, c’est un truc de fou. Parfois, je regarde un truc et je me dis : « Ça, ça va cartonner », et ça fait un flop et il y a des trucs où je me dis : « Ça ne peux pas marcher » et ça fait un carton mondial ! (rires) Je n’y pense même plus. Quand j’ai lu le scénario de Je te promets, je me suis posé tellement de questions… Est-ce une bonne idée de faire une adaptation ? Quand j’ai découvert les scénarios, je n’avais pas vu This is us et j’ai pleuré dans mon pieu. Et je me souviens avoir appelé mon agent en lui disant : « Putain, ce que je suis en train de lire ! » Et elle me dit : « C’est super bien adapté ». Oui, je me suis dit que cela allait marcher. Mais après, il y a tellement de facteurs qu’on ne peut pas maîtriser, sur le public, la façon dont la communication, la réalisation, le montage sont faits… C’est impossible de prédire, il y a trop de variables.

Comment analysez-vous le succès de la série ?

Je te promets procure des émotions hyperfortes et positives. Tout est guidé par l’amour fraternel, filiale, amical ou amoureux. Ce sont des émotions d’entraide et d’amour, et peut-être qu’il y a une envie de ne pas avoir de cynisme actuellement… Il y a beaucoup de choses cyniques ou de séries très dures. Là, c’est vraiment que du positif. Cette émotion-là, elle est belle, elle touche les gens.

Avez-vous vu « This is Us » depuis la lecture des scénarios ?

Non, jamais ! Vraiment, cela ne me taquine pas du tout. Je n’ai pas envie parce que je pense que j’ai tout à perdre à regarder le personnage et ce qu’ils ont fait. Les gens m’en parlent comme d’un monument, donc ça risque de me paralyser complètement. Je vais comparer lui et moi, la série à ce qu’on fait et donc, je n’ai pas du tout envie de la voir. Et puis, du coup, je suis assez curieux quand je reçois les scenarii des autres saisons, je suis excité.

Comment aimeriez vous voir évoluer votre personnage en saison 2 ?

On commence à tourner la semaine prochaine. J’ai reçu les scénarii de la saison 2. J’aime beaucoup la façon dont il évolue. En saison 1, il était sur des problématiques assez légères, c’était drôle, parce qu’il y avait des problématiques très lourdes à côté de lui, et lui prenait les siennes avec un premier degré et un égoïsme fou. Donc, c’était très drôle. Il entre vraiment dans le dur en saison 2. Il y a une sorte d’ancrage différent et de profondeur sur le personnage que je suis très content de vivre. Déjà, là, en travaillant le personnage, cela me fait plaisir de ressentir et de jouer ces choses-là.

Avez-vous eu l’impression de former une famille sur le tournage, est-ce particulier d’incarner une famille à l’écran ?

Cela crée des liens. Mais bizarrement, on n’a pas eu énormément de scènes tous les trois avec Narcisse Mame et Marilou Berry. On a nos trois trajectoires et évidemment, on se mélange à des moments, mais on n’est pas tous les trois sur le tournage. On a créé un lien, mais pas autant que si nos problématiques étaient communes. J’ai créé des liens avec les actrices qui jouent mes copines, mes ex. Dans la saison 2, on a des moments ensemble. Après, ces moments ensemble sont des moments forts. Avec Marylou, on a un truc plus charnel tous les deux ensemble, avec Narcisse, on se toise, on se regarde… Mais si, en fait, ça a créé des liens un peu fraternels en y réfléchissant !

Comment voyez-vous le succès des séries françaises ?

Je suis nul pour analyser ces trucs-là, mais j’ai l’impression que tout en restant grand public, on se laisse plus de liberté dans le traitement de l’image, aussi des textes. On est moins didactiques que ce soit dans la manière de filmer, dans la lumière ou les dialogues, de faire plus confiance au spectateur. Je pense qu’on gagne en qualité. Les comédiens ont beaucoup moins peur d’aller dans les séries. Tout gagne en qualité. Mais c’est génial, c’est un moment incroyable pour la création. Quand j’étudiais aux Etats-Unis au début de Netflix, je me disais : « Ce truc-là, quand ça va arriver en France, cela va détruire la culture de chaque pays ». En fait, grâce aux plateformes, la culture de chaque pays est accessible à tous. Les gens regardent des séries israéliennes, espagnoles ou danoises en VO. Je me dis « C’est fou comme encore une fois, je n’ai pas eu le pif ! »

Qu’est-ce qui vous a marqué comme séries françaises ?

Je regarde plus de documentaires que de séries. J’ai regardé hyper à la bourre Engrenages, qu’on m’a dit 1.000 fois de regarder. J’ai beaucoup aimé. J’ai aussi regardé une partie de HPI que j’ai aimé aussi. J’ai regardé parce qu’il y a Bruno Sanchez dedans !

Qu’est-ce que vous souhaiteriez améliorer dans les séries françaises ?

Mortel, série française pour Netflix, Trauma, série française, qui j’espère va être achetée par la télévision française ou par des plateformes pour être plus vue, sont tellement différentes de HPI ou Je te promets. J’ai du mal à parler « des » séries françaises… Si on parle de la fiction télé dans les grandes chaînes, les problématiques varient selon leur cible. Canal+ n’a pas les mêmes que TF1… Améliorer, c’est dur. Je suis qui pour dire quoi améliorer ? Elles sont tellement différentes les unes des autres. Je souhaite que cela continue comme cela à s’ouvrir à la création, c’est génial. On peut aller vers plus de trucs de genres sur les plateformes et faire des trucs géniaux grand public comme Je te promets ou HPI, qui vont toucher plein de gens sur les grandes chaînes… Se dire qu’on peut faire une série horrifique comme Marianne, un film d’action comme Balle perdue qui cartonne ou une comédie romantique comme Plan cœur, c’est génial !

Un rôle dont vous rêvez ?

Il me manque tellement de choses ! J’ai une toute petite carrière, avec la chance d’avoir eu des personnages très différents. Merci aux réalisateurs de voir des choses en moi que je n’avais pas vu tout de suite ! Dans Trauma, Fred Grivois me met dans la peau d’un flic une peu vieilli alors qu’on m’avait plutôt vu dans des rôles de mecs un peu immatures. Dans Voyez comme on danse, Michel Blanc me met dans la peau du gendre idéal. J’ai eu de la chance de pouvoir vivre ces vies-là. Il y a un truc qui me plairait. J’ai bien le combat, le MMA qui commence à s’ouvrir enfin en France, je trouve ce sport magnifique, pas seulement en tant que comédien mais aussi en tant qu’auteur. J’ai rencontré un combattant qui s’appelle Norman Paraisy et parfois, il me permet de faire un peu de sol avec lui. Il a une idée de série qui me plairait bien.

En tant qu’auteur, acteur, producteur ?

Je ne sais pas. Je trouve cela fou d’aller combattre. Dans le rugby, on est en groupe. Je me souviens de cette peur dans les vestiaires, mais ce n’est pas du combat. Aller combattre contre quelqu’un… Ce sont des arts martiaux, il y a quelque chose de très beau, de philosophique. Et en même temps, ils se cassent la gueule dans un octogone face à face, il y a un truc de gladiateurs avec une philosophie derrière. Il y a quelque chose qui m’intéresse, qui m’interpelle. Je me suis toujours que j’irai combattre une fois dans un octogone face à quelqu’un. Je n’ai jamais osé le faire, j’ai peur, et même temps, ça me plairait. Il y a un truc que je ne saisis pas et que je trouve beau et qui me touche. Ce mélange de sensibilité et de violence me touche.